INDIFFÉRENCE
Indifférence
LE calme a:(tir où luit le soleil immortel Enveloppe la terre où frémissent les pousses, Et des exhalaisons magnétiques et douces S'échappent de la terre et descendent du ciel.
Homme, laisse-toi vivre en paix, et sens réel Le lien qui t'attache à ce monde où tu pousses. Le grand arbre des bois porte et nourrit les mousses. Tel l'Univers soutient l'Etre Spirituel.
Cet Univers si grand qu'il écrase le rêve,
Ne le redoute pas, c'est en toi qu'il s'achève;
Tout ton cœur naît en lui, vit en lui, meurt en lui.
Fais cet acte de foi dans l'Éternel Génie
De vouloir aujourd'hui ce qu'il veut aujourd'hui,
Et laisse-toi porter par la Force Infinie.
Indifférence
SANS souci de savoir si le temps qui s'écoule T'apporte ou non des biens auxquels tu ne crois pas, Écoute, indifférent aux luttes d'ici-bas, Autour de toi frémir et trépigner la foule.
Chaque fois qu'au lointain une voiture roule. Redis-toi quelle emporte en son pesant fracas Quelque voluptueux qui court à ses sabbats, Ou quelque âpre marchand que l'odeur du gaifi saoule.
Et te représentant l'existence de ceux
Que tu vis s'abîmer dans ces plaisirs chanceux.
Répète-toi les vers célèbres de Lucrèce :
Il est doux, quand les vents troublent les flots puissants, D'être à terre, et de voir les marins en détresse Lutter contre les maux dont nous sommes exempts.
Romance
VOICI que le printemps, ce fils léger d'Avril, Beau page en pourpoint vert brodé de roses blanches, Paraît, leste, fringant et les poings sur les hanches. Comme un prince acclamé revient d'un long exil.
Les branches des buissons verdis rendent étroite La route qu'il poursuit en dansant comme un fol. Sur son épaule gauche il porte un rossignol, Un merle s'est posé sur son épaule droite.
Et les fleurs qui dormaient sous les mousses des bois Ouvrent leurs yeux où flotte une ombre vague et tendre, Et sur leurs petits pieds se dressent pour entendre Les deux oiseaux siffler et chanter à la fois.
Car le merle sifflote et le rossignol chante. Le merle siffle ceux qui ne sont pas aimés, Et pour les amoureux languissants et charmés, Le rossignol prolonge une chanson touchante.
Révolte
LA campagne était fraîche et tout ensoleillée, Un souffle de printemps courait sur les blés verts. Et je marchais dans l'herbe odorante et mouillée En récitant des vers.
J'étais gai, bien portant, et libre au fond de l'âme; f avais enfin dompté le maladif amour.
Et nul amer regret, nul souvenir de femme Ne troublait ce beau jour.
J'ouvrais à pleins poumons ma poitrine profonde Au vent qui se roulait sur les arbres en fleur, Et je sentais aussi la jcuïwsse du monde Refeurir dans mon cœur.
O toi, qui veux, lassé de ton âme ulcérée. Reprendre un peu de force après de longs combats,
Et boire un coup de vhi à la coupe sacrée, N'aime pas, n aime pas !
Brise ta chaîne, esclave, et seul, avec courage, Sans attendrissements, sans remords et sans fiel, Viens courir par les prés comme un cheval sauvage Sous la beauté du ciel.