PAYSAGE DE PROVENCE
Paysage de Provence
LE grand cirque des monts plantés de pins, étage Ses rochers gris trouant le vert et noir feuillage . La vallée a ses verts et pâles oliviers. Le vert sombre contraste avec le vert si tendre, Et l'implacable ciel du Midi s'en vient tendre Son dais bleu, si brûlant qu'il sèche les viviers.
Au fond du val, tout contre un mince monticule. Le vieux village, aux murs roux de soleil, accule Ses petites maisons sans fenêtres , autour D'un château fort, gardien silencieux, qui dresse Sur les toits, rapprochés comme un peuple en détresse. L'ombre hautaine et la carrure de sa tour.
Tout cela fut !... Mais dans notre âge monotone, Plus de bandits errants dont le mousquet détone A l'heure où la nuit fraîche enveloppe le val,
Plus de danger de voir en plein jour apparaître Le profil dur, le casque aventureux du reîtrc, Qui pour patrie a son épée et son cheval.
Le village est en proie aux luttes politiques, Et sur la tour carrée et les maisons gothiques, Des affiches sans nombre et de toutes couleurs Étalent hardiment la lèpre de leurs phrases. Qui font s'ouvrir avec d'enfantines extases Les yeux vagues et fins des pauvres laboureurs.
Paysage
Au bois, le vert rideau des premières feuillées Tamisait un soleil d'Avril sur les allées, Et je me souvenais des anciens tableaux Oh l'on voit, à travers les fûts blancs des bouleaux, La Vierge avec son fils passer, surnaturelle. En robe de princesse, et menant derrière elle Deux chevreuils familiers qui, le long du chemin. Bondissent doucement et mangent dans sa main.
Premier Mai
Au lointain un convoi passe et siffle aigrement. Ce premier mai ressemble à la gaîté moderne. Les nias sont en fleur, mais leur parfum consterne : On dirait d'un joli sourire qui vous ment.
La jeune femme, assise auprès de son amant. De ses yeux fatigués regarde le ciel terne. De ses beaux yeux, profonds et nuancés, que cerne Le récent souvenir de leur réveil charmant.
Elle rit, elle chante, et sur la nappe blanche Accoude son bras nu hors de sa large manche. Et boit à la santé du joli mois de Mai,
Cependant que l'Amant compare d'un air grave,
A travers les vapeurs d'un cigare embaumé.
L'or desjifîs cheveux blonds à l'or du vin de Grave.
Romance
LES feuilles s'ouvraient sur le bord des branches Délicatement.
Les cloches tintaient, légères et franches, Dans le ciel clément.
Rythmique et fervent comme une antienne.
Ce lointain appel Me remémorait la blancheur chrétienne
Des fleurs de l'Autel.
Ces cloches parlaient d'heureuses années,
Et dans le grand bois Semblaient reverdir les feuilles fanées
Des jours d'autrefois.
8o LIVRE SECOND
Zante, fior di levante
QUAND le vaisseau, bercé par la mer caressante, S'arrête aux bords heureux de la terre de Zante, Que les Italiens nomment ((fleur du Levant », Le voyageur vers lui voit voler cent nacelles, Toutes pleines de fleurs humides et nouvelles Dont l'âme errante flotte et parfume le vent.
On dirait des jardins balancés sur les laines.
Et ce sont des œillets plus rouges que des flammes ;
D'autres blancs, délicats comme un beau teint d'enflint.
Et des roses de pourpre et des roses pâlies.
Et de grands lis royaux dont les mélancolies
Gardent je ne sais quoi d'âpre et de triotnphant.
Et lorsque le vaisseau, parti pour d'autres mondes.
Escalade les plis démesurés des otides
Qui l'emportent au ciel brumeux de l'occident,