SOUVENIR
Souvenir
Tous deux seuls dans le grand silence de la nuit Nous nous laissions aller à la langueur qui suii Le spasme violent et F ardeur sans parole. Ses yeux lassés étaient cernés d'une auréole, Halo nacré qui leur donnait un charme fou. Ses cheveux dénoués enveloppaient son cou, Sa chemise de soie était un peu défaite, Et f écoutais son cœur battre contre ma tête. . . Ou bien, moi, j'attirais sa tête sur mon cœur Four mieux voir ces beaux yeux et mieux cette langueur. Le bruit brutal, le bruit énervant de la vie. Si dur, ne tenait plus ma pensée asservie. Pour savourer comme en une immortalité L'instant heureux, j'avais, — ô folie, — arrêté L'horloge où bat le pouls du temps que rien n'arrête ; La rêverie ouvrait une source secrète Dans mon âme troublée, et soudain je f aimais
En songeant : « Cet instant ne reviendra jamais ! ».. Qui donc étais-je ? et toi qu étais-tu, pour méprendre Cette part de mon âme aimante, la plus tendre. Douce tête que plus jamais je nétreindrai ? Pour un instant, j'aimais ton visage altéré Par l'en-allé de ton sourire dans l'ivresse. L'arôme de ton corps m'était une caresse. C'était aussi, dans cette extase, un sentiment De pitié pour ce corps périssable et charmant. V image de ton être un jour à l'agonie M'engourdissait dans une amertume infinie. L'étrange isolement où nous plonge la mort, L'arrière-fonds où l'on rentre comme on en sort
Avec douleur — Et puis, la sueur mortuaire
Oui mouillerait ion front, le funèbre suaire
Oui cacherait ton sein fe disais : a Parle-moi. »
Et tu me répondais naïvement : « Pourquoi ? » Et puis tu m'embrassais, comme folle, étouffée, Sans t'en douter, ô pauvre enfant, par la bouffée De tristesse infinie et d'obscure rancœur Qu'un suprême plaisir nous fait jaillir du caur !