‹ Les aveux; poésiesChapitre 45 sur 56 · DEBAUCHE I · texte numérisé non relu

DEBAUCHE I

Dcbauchi

Si ce n'est, pas un soir sans lune, deux à deux. D'endormir la douleur sur un lit hasardeux C. Baudelaire.

SOIS brutale, sois vile, ô femme, et mets a im Ta chair déshonorée et ton âme flétrie. Voilà ce qui survit de cet âge ingénu Où tu parais l'autel de la Vierge Marie.

Entre tes seins lassés roule mon pâle front ; Fais-moi sentir combien la débauche est amère. Tes stupides yeux noirs longtemps me fixeront Et je me souviendrai des yeux de ma chimère.

Toi, la fille du peuple et qui ne pourrais pas Signer ton nom du bout de ta main toujours rouge, Moi l'héritier de tant de livres d'ici-bas. Puisque l'affreux destin nous unit dans ce bouge,

Détruisons-nous l'un l'autre et qu'il ne reste plus En mon cœur de désir des idéales fêtes, Ni dans le tien d'appel vers les beaux jours perdus ! Peut-être la débauche et ses stupeurs muettes,

Peut-être le poison de ton morne baiser, Peut-être ces rancœurs, et ce dégoût suprême. Et cet abaissement, finiront d'épuiser Ce qui reste de Veau divine du baptême !

Spleen

J' M goûté, jeune encore et dans ma simple vie. D'acres sensations dont le dégoût est tel One je me sens passer un haut-le-cœur mortel Quand de les raconter il me vient quelque envie.

Ma jeunesse ne fut qu une longue agonie Tout entière passée en un ennui cruel, Comme un lion en cage, à regarder le ciel. Chaque jour use un peu ma force et mon génie..

Je me suis consolé dans de mornes amours, J'ai connu les réveils atroces des grands jours Éclairant les rideaux de quelque alcôve infime.

Vingt ans, peut-être moins... La terre me prendra,

Et sais-je seulement le gouffre où sombrera

Le frisson singulier qui pourtant est Mon Ame !

lyS LIVRE TROISIÈME

Spleen

J''ai regardé ma vie à F heure où le soir tombe. Penché sinistrement sur cet obscur passé, J'ai regardé ma vie et consulté la tombe Sur laquelle est écrit l'éternel « In pace... »

Je t'ai revue, ô toi que j'aimais, toi que j'aime, Dans un rêve insensé de joie et de douceur. Ton visage d'archange était encor le même, Et tu me souriais comme une bonne sœur.

Surnaturelle et telle enfin qu'aux mois d'ivresse. Ayant dans tes yeux noirs ce charme surhumain. Je te disais : « Reviens à moi, reviens et laisse Mes lèvres se poser seulement sur ta main I. . . »

Il fut des jours. Ah! si l'horloge de la vie Avait pu s'arrêter alors sur notre front!... Tu ne les diras plus à mon âme ravie Ces mots qui pour toujours en moi résonneront.

Ah ! si quelque pouvoir magique f avait prise Et ni avait pris , pour nous porter sous d'autres ciels, Toi seule et moi, bien loin de ce monde qui brise Tous nos songes avant qu ils fleurissent réels!...

Que fais-tu maintenant de ton rêve? — O misère! Que fais-tu de tes yeux adorés ? — 0 douleur ! Rien qu'à penser à toi comme mon cœur se serre. Comme mes yeux sont pleins des larmes de mon cœur !

l80 LIVRE TROISTÈMK

Spleen

Aujourd'hui que la fièvre étrange de la vie Allume moins de feux et d'éclairs irritants Dans ces yeux et ce cœur qui nont plus leurs vingt ans, Je songe à mes amis d'enfance avec envie.

A des labeurs obscurs leur jeunesse asservie N'a jamais dévoré l'espace ni le temps. Et loin du chevalet de l'art où je m'étends. Le métier, à dormir tranquilles, les convie.

y eusse vécu prudent comme eux, calme comme eux. Mais mon désir, à moi, fut comme un vin fumeux Dont la première goutte exaspéra mon être.

J'ai fait des vers, rêvé la gloire, adoré l'Art. Je sais de quel néant écœurant nous pénètre. Même étreint, le plus bel Idéal, — c'est trop tard !

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