SUR UN PORTRAIT
Sur un Portrait
Qu I la voit dans un bal, si finement jolie. Fleur exquise de luxe et de félicité, Peut lire sur son front tout endiamanté La paix de la chimère à loisir accomplie.
Pourquoi donc l'amertume et la mélancolie
De ce portrait si vrai qu'on reste épouvanté
A retrouver tragique et presque révolté
Ce visage où l'on sent qu'une âme en deuil s oublie ?
0 femme, qui dit vrai, du portrait soucieux,
Ou de la lueur gaie et calme de vos yeux
Qui font croire à chacun qne vous êtes heureuse ?
Et qui saura le mot de votre étrange cœur. Mondaine au front candide et qu aucun pli ne creuse, Sphinx au front dur, chargé d'une morne langueur ?
ï86 LIVRE TROISIÈME
A Renée
O suave Renée, aimable et gaie enfant, Lorsque vous me disie^ d'espérer et de croire, De croire en îuon génie et d'espérer la gloire, Moi je vous écoutais me parler, en rêvant.
Quand fêtais plus naïf et plus jeune, souvent fai désiré F éclat d'un nom grand dans V histoire; Mais je sais aujourd'hui combien est illusoire L'amour de l'art qui fait perdre V amour vivant.
J'avais l'air de céder pourtant, mais pour entendre Votre voix insister, émue et presque tendre. Sur les premiers labeurs des poètes fameux ;
Et je me répétais qu'envers la destinée ,
Moi, j'aurais du courage et de l'orgueil comme eux,
— Mais si je vous aimais, ô suave Renée !