‹ Les aveux; poésiesChapitre 48 sur 56 · A UNE JEUNE RUSSE · texte numérisé non relu

A UNE JEUNE RUSSE

A une jeune Russe

DANS VOS yeux qu'obscurcit V ombre de vos pensées, Si je cherchais à lire un jour, je trouverais — Ai- je bien deviné! — les désespoirs secrets Des heures dans le doute et le chagrin passées.

Vous n êtes pas semblable aux jeunes fiamées Dont le cœur est plus clair que leurs yeux ne sont frais, Car la science est belle et ses puissants attraits Vous ont encouragée aux folles odyssées.

Donc aujourd'hui, pareille à nous, ne croyant pas. Sachant qu'il nest nul dieu qui nous guide ici-bas. Morose, et du néant final persuadée.

Dans le luxe et r ennui vous vive:(^, ignorant. S'il ne valait pas mieux dans quelque fausse idée Endormir votre cœur que vous sente:(^ trop grand.

A une Jeune Fille costumée en Minerve

CELLE qui, toute jeune et belle, s'est choisi Ce fier déguisement de V antique sagesse, Est digne de porter ta lance de déesse, O Minerve, et ton casque et ton égide aussi,

Elle n'a pas vécu, comme toutes ici.

Pour des colifichets d'élégante paresse; Sur les livres elle a consumé sa jeunesse. Et pour elle savoir fut V unique souci.

Sur son cœur virginal elle porte une égide : Ce désir de science, et sur son front sans ride La sereine pensée a mis son casque d'or.

Et nul n'a dit les mois qu'il faudrait faire entendre

Pour réveiller un jour la passion qui dort

Dans ces grafids yeux que noie une ombre triste et tendre.

Page 1