LECTURE INTERROMPUE
Lecture interrompue
INCLINÉ SOUS ma lampe et fcidlklanl un livre, Voilà que fai laissé mon nostalgique esprit S'envoler vers des soirs pareils et qu attendrit,
— Ahl moins que celui-ci, — Pâpre désir de vivre.
Les têtes s'inclinaient sous les lampes de cuivre. Les livres feuilletés vibraient à petit bruit. C'était dans le collège où mon rêve fleurit,
— Folle fleur dont l'arôme après dou^e ans m'enivre! -
Que ces soirs m'étaient longs! Ah ! moins que celui-ci ! Que fen sentais le vide, et comme en mon souci Je fouillais l'avenir pour y chercher mon heure!
O destin, horloger cruellement moqueur, Dois-je l'attendre encore? Ou faut-il que je meure Sans avoir une fois vécu selon Mon Cœur?
Spleen
LES cloches qui tintaient sous ra:(ur clair du ciel, Jusqu'à la chambre close éparpillant leur âme. Vainement, d'une voix d'amour qui plaint et blâme, Ont répété : « Les fleurs se fanent sur l'autel... »
Un portrait qui riait d'un rire sensuel Sur une cheminée où tremblait une flamme, A fait étinceler ses yeux comme une lame, Vaineme?ît, et redit : « Mes baisers sont de miel. . . »
Les cloches ont cessé. L'ombre crépusculaire Du portrait sensuel a voilé la colère.
La nuit mystérieuse erre dans la maison.
Et l'homme, dont le cœur répugne à toute envie. Savoure longuement, comme un divin poison, La taciturne mort du Jour et de la Vie.