F. COPPÉE
POUR calmer ma tristesse athée, fai, comme un ermite chrétien, Un tête de mort sculptée Dans un jaune ivoire ancien.
A Paris, du bord de nui table.
Paisiblement, le jour, la nuit, De son regard inévitable, Cette tête de mort me suit.
C'est mon amie et la plus sure, Car à chaque nouveau malheur, Si large que fût la blessure.
Elle a su calmer la douleur.
Quand je soufre du mal d'écrire, Mon désespoir d'ambitieux S'endort aux clartés du sourire Qui va de sa bouche à ses yeux.
Mieux que Montaigne et mieux qu'Horace
Ce large sourire clément
M endoctrine et me débarrasse
Du vain souci d'un bruit qui ment.
Et de mes chimères trompées Je fais d'inutiles faisceaux.
Comme avec leurs vieilles épées Les bretteurs fatigués d'assauts.
Oh ! les sensations aiguës
Et vibrantes que je te dois, -
Tête aux mâchoires exiguës
Que j'aime à rouler dans mes doigts !
Surtout dans l'éclat des soirées Où j'admire des fronts charmants, Qu'encadrent des boucles dorées, Et qu'éclairent des diamants.