PAYSAGE SENTIMENTAL
Paysage sentimental
LE ciel d'hiver, si doux, si triste, si donnant, On le soleil errait parmi des vapeurs blanches, Était pareil au doux, au profond sentiment Qui nous rendait heureux mélancoliquement. Par cette après-midi de baisers sous les branches.
Branches mortes qu'aucun souffle ne remuait. Branches noires avec quelque feuille fanée. Ah ! que ta bouche s'est à ma bouche donnée Plus tendrement encor dans ce grand bois muet. Et dans cette langueur de la mort de l'année !
La mort de Tout, sinon de Toi que faime tant. Et sinon du bonheur dont mon Ame est comblée. Bonheur qui dort au fond de cette Ame isolée, Mystérieux, paisible et frais comme l'étang Que nous vîmes au fond de la pâle vallée. . .
Romance
SEUL dans la nuit et trop loin de tes yeux, Je ne sais phis si tu m'aimes, je doute. Et ma pauvre Ame en pdne somhre toute En un gouffre silencieux.
Oh non ! C'était un trop sublime songe. Tant de bonhmr ne fut jamais réel...
Pourtant j'ai bu sur ta bouche ce miel. Tes yeux n'étaient pas un mensonge.
Ils se levaient vers moi, fous de langueur; Ton âme errait dans leurs prunelles sombres. Pourquoi trouvé-je, entre eux et moi, ces ombres. Entre leur caresse et mon cœur?
Lettre
Vous vous dites qu'il en usera quelque jour, Pour vous faire souffrir, de ces aveux d'amour One vous jete^ avec cet abandon sublime Du cœur noble pour qui tout mensonge est un crimz,
Et voici qu'un éclair de détresse a relui Dans vos yeux noirs qui sont encore pleins de Lui, De Lui qui n'est pas là pour calmer vos pensées. Pour baiser longuement vos paupières baissées, De Lui que vous craigne:^ quand II rcve de vous!
— Et cependant le ciel d'hiver est morne et doux, Les sentiers des Jardins invitent à les suivre. Ah ! Pourquoi donc faut-il quon ne puisse pas vivre, Quand on s'aime, toujours tous deux, cœur contre cxur ? El souci d'avenir, défiance, rancœur.
Comme ce noir essaim des tristes songeries S'enfuirait au seul bruit des paroles chéries : « Maimes-tu ? — Si je t'aime !. .. » Et puis, lorsqu'on s'est tii Une minute à peine, on reprend : « M'aimes-tu? »