‹ Les Avocats du Parlement de Franche-ComtéChapitre 101 sur 117 · Recueil, n° 4564, B. B. Ibidem · texte numérisé non relu

Recueil, n° 4564, B. B. Ibidem

blée bailliagère de Besançon », qui, pour défendre si ardemment le parlement, devait y toucher de près, ne se privait pas de faire remarquer tout l'avantage que les avocats relireraient de la transformation des juridictions, el il doutait fort que le public y gagnât beaucoup. « Les avocats sont des gens instruits, mais rusés, dit-il ; nous sommes simples el ignorants. S'occupent-ils de leurs intérêts ou des nôtres ?.... Animés contre le parlement, ils nous engagent à demander la suppression de la vénalité des charges. Quand nous obtiendrions cette demande, quel avantage nous en reviendrait-il? Il faudrait établir un nouvel impôt pour le remboursement des offices supprimés, et nous en supporterions la plus grande partie.

« Quand MM.les avocats auraient obtenu ces places gratuitement, c’est-à-dire à nos dépens, en serions-nous mieux jugés? Obtiendrions-nous les arrêts pour rien ? Des hommes riches comme nos présidents et nos conseillers d'aujourd'hui ne sont-ils pas généralement plus désintéressés, plus à l’abri de tout soupçon que des avocats habitués à vivre de leurs cabinets? Ceux-ci ne négligeraient point les épices. »

Les avocats réclamaient aussi l'abolition de la mainmorte et des droits seigneuriaux, et l’auteur du libelle se demande si, à cause des réclamations que feraient valoir les seigneurs, ce ne serail point « pour exciter des discussions, des procès qui feront mieux vivre l’avocat à nos dépens. »

L'auteur se plaint encore de ce que les avocats, tout en proposant la suppression de la portion colonique et de tous les privilèges pécuniaires des fiefs et des biens

d'église, négligent de proposer la suppression des privilèges de la ville de Besançon et de son territoire, ainsi que de toutes les villes de la province. La raison en est, à l'en croire, que les avocats ne tiennent point à laisser grever les immeubles qu'ils possèdent en ville ; toutes les propositions qu'ils ont faites et qu’ils peuvent faire ne pourront causer que du détriment aux campagnes au profit des villes ‘.

Les avocats avaient rompu les attaches qui les retenaient au passé, rien ne les liait plus au parlement, dont ils avaient si longtemps partagé jusqu'aux vicissitudes. [ls se lancèrent à corps perdu dans le mouvement qui emportait les esprits. Leur science, leur talent, leur honorabilité en font les conseillers écoutés du tiers élal.

C'est l'avocat Lapoule qui rédige les cahiers du tiers pour le bailliage de Besançon. On y sent la rédaction de l'avocat, notamment en ce qui concerne la nomination des officiers des cours de justice. Les cahiers demandent que ces officiers ne soient nommés qu'après cinq ans d'office de judicature dans un tribunal inférieur ou dix ans d’exercice de la profession d'avocat, constaté par des certificats de l'ordre des avocats réunis en assemblée *. Les avocats auraient repris, en quelque sorte, par l'octroi de ces certificats, la maitrise de leur tableau, puisqu'ils auraient décidé eux-mêmes, en les donnant ou en les refusant, qui avait le droit de se prétendre avocat.

1. Recueil, n° 4564, B. B. Réflexions d’un député de la campagne à l’assemblée baïlliagère de Besançon.

2. Ricklin, Les revendications du bailliage de Besançon en 1789, p. 166.

Aux Elals généraux, les avocats de Besançon eurent leur place marquée : les avocats Martin, Blanc et Lapoule y furent les représentants du tiers. Marlin se rangea parmi les modérés et les sages. Blanc n’eut point le temps de donner sa mesure ; il mourut, en effet, le 15 juillet. Son corps fut ramené à Besançon; on lui fit des obsèques d’une pompe et d'une solennité exceptionnelles î.

Quant à Lapoule, déclamateur au langage emphatique, il prit une part aclive aux discussions de l'Assemblée. Il se rendit célèbre par le discours qu'il fit dans la nuit du # août, pour demander l'abolition des droits féodaux.

Aux assemblées municipales et aux assemblées départementales, les avocats connurent Ia faveur de leurs concitoyens.

Depuis 1789, l'administration de la commune étail confiée à un maire, assisté d’un procureur et de quatorze officiers municipaux, nommés par leurs concitoyens. Le maire et le procureur furent choisis parmi les avocals, el huit officiers, sur les quatorze, furent aussi des avocals.

Dans le conseil général figurèrent encore trois avocats. Dans l'administration départementale, qui fut organisée en mai 1790, les avocats formeérent encore à peu près l’unanimiñé ?. C’est dire de quel renom, de quelle considération jouissaient les avocats auprès de leurs

1. Poignand, Étude sur le parlement de Besançon. Annales franc-comtoises, XII. — Recueil, n° 4005, B. B. Éloge funèbre de M. Blanc, par dom Grappin.

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