PRÊTRES ET PRÊTRESSES
le premier de ces vicaires portait sans cesse sur lui un sac d'encens.
Venaient ensuite, dans l'ordre hiérarchique, le Tlatquimilolteuctli ou économe du sanctuaire, puis le compositeur des hymnes chantés dans les fêtes, l'Omélochtli. Les prêtres ordinaires se désignaient par le nom de Téopixqui {ministre de dieu), qui sert aujourd'hui à qualifier les prêtres catholiques. Dans chaque quartier de Mexico, un prêtre principal dirigeait les fêtes et les actes religieux.
Parmi les prêtres, on distinguait encore les sacrificateurs, les devins, les chanteurs; de ces derniers, les uns étaient de service le jour et les autres la nuit. Puis venaient ceux qui s'occupaient de la propreté du temple, de l'ornement des autels, de l'instruction de la jeunesse, de l'ordonnance du calendrier et enfin des peintures mythologiques.
Quatre fois par jour, le matin, à midi, le soir et à minuit, les prêtres devaient encenser les autels. A cette dernière heure, les ministres les plus importants du temple venaient assister celui qui se trouvait de garde. On encensait le soleil quatre fois dans la journée et cinq fois durant la nuit. Les parfums employés étaient le styrax liquide {Liqiiidambar styraciflm) et la résine de copal {Rhus copall'ma). Dans certaines fêtes on se servait de chapopotli, sorte de bitume qui se recueille sur le rivage du golfe du Mexique et qui semble provenir de volcans sous-marins. Les encensoirs étaient en terre, parfois en or et, pourvus d'un manche, ils rappelaient la forme de nos poêlons. Chaque matin, les prêtres se peignaient le corps à l'aide de noir de fumée et, sur cette peinture, ils traçaient des dessins à l'aide d'ocre rouge ou jaune. Le soir venu, tous se baignaient dans les étangs renfermés dans l'enceinte des temples.
Le vêtement ordinaire des prêtres aztèques ressemblait à celui
des autres citoyens, sauf un bonnet en coton, teint de noir, dont ils se coifïiiient. Dans les cérémonies, ils portaient le largouti ou la mante. Ils laissaient croître leurs cheveux, qui parfois leur descendaient jusqu'aux pieds; ils les tressaient alors avec des rubans ou les laissaient ébouriffés et les enduisaient de couleurs, ce qui leur donnait un aspect hideux.
Outre les peintures à l'ocre, ils en préparaient d'autres pour les sacrifices qui avaient lieu sur la cime des monts ou dans les grottes ténébreuses. Prenant des scorpions, des araignées, des vers, de petites couleuvres et d'autres animaux répugnants ou venimeux, ils les brûlaient sur les foyers du temple, délayaient les cendres produites, puis les mélangaient de noir de fumée, de tabac et d'insectes vivants. Après avoir présenté ce mélange à leurs dieux, ils s'en barbouillaient le corps. Ainsi enduits, ils affrontaient tous les périls, persuadés qu'ils étaient devenus invulnérables, qu'ils pouvaient braver la dent des fauves et les morsures des serpents. Cette mixture se nommait Téopatli (^médecine divine), et passait pour curative de toutes les maladies. Les élèves des séminaires étaient chargés de récolter les animaux nécessaires à la confection de cetétrange liniment, encore en usage parmi les Indiens. Le téopatli servait aussi aux enchantements et, dans l'esprit populaire, il a, jusqu'à aujourd'hui, conservé ses vertus surnaturelles.
Les prêtres mexicains menaient une vie très dure et jeûnaient sans cesse. Ils buvaient rarement des boissons fermentées et ne se grisaient jamais. Les trois cent trois ministres de Tezcatzoncall, après avoir terminé le chant par lequel ils l'invoquaient, plaçaient dans l'immense jarre posée devant son image et maintenue pleine de vin d'agavé par des dévots, trois cent trois roseaux dont un seul était percé jusqu'à son extrémité. Le prêtre auquel ce roseau tombait en partage avait seul le droit de boire la liqueur fermentée, puisque seul il pouvait l'aspirer.
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Durant les jours où leur service les retenait au temple, les prêtres évitaient de se rencontrer avec une autre femme que la leur; si le hasard amenait une étrangère sur leur chemin, ils passaient en baissant les yeux pour ne pas la voir. Du reste, toute incontinence de leur part était sévèrement punie. A Téotihuacan, le prêtre convaincu d'avoir enfreint les lois de la chasteté était livré au peuple et tué la nuit à coups de bâton. A Ichcatlan, le grand prêtre devait vivre dans le temple et s'abstenir de toute communication avec les femmes. Si, par malheur, il manquait à ce devoir, il était massacré, et l'on présentait ses membres à son successeur, comme exemple.
On perforait les oreilles et les lèvres des prêtres qui, cédant à la paresse, ne se levaient pas pour assister aux dévotions nocturnes, ou bien on leur arrosait la tête d'eau bouillante. A la seconde infraction, on les expulsait du temple, puis on les noyait dans un lac à l'époque de la fête du dieu des eaux. Les prêtres, d'ordinaire, vivaient en communauté sous la surveillance d'un supérieur.
Le sacerdoce, chez les Aztèques, ne durait souvent qu'un temps déterminé, à l'expiration duquel les prêtres prenaient leur retraite ou rentraient dans la vie civile pour y occuper des emplois importants. Toutefois, certains d'entre eux se vouaient aux autels pour toute leur vie. Les femmes étaient admises à la prêtrise, mais leurs fonctions se réduisaient à encenser les idoles, à entretenir le feu sacré, à balayer le temple, à préparer les comestibles des oblations, à les présenter à l'autel ; elles ne pouvaient ni sacrifier aux dieux ni aspirer aux dignités supérieures, quelle que fût leur capacité.
Parmi ces prêtresses, les unes étaient vouées dès leur enfance à la vie religieuse par leurs parents, tandis que d'autres se liaient volontairement par des vœux d'un ou deux ans, soit à la suite
d'une maladie, soit pour obtenir un bon mariage, ou encore afin d'intéresser les dieux au bien-être de leur famille. La consécration des premières se pratiquait de la manière suivante. A la naissance de l'enfant, les parents l'offraient à la divinité qu'ils vénéraient, et avisaient de cet acte le prêtre de leur quartier, qui le communiquait au Tépantéohuatzin ou supérieur général des séminaires. Deux mois plus tard, on portait l'enfant au temple, on lui plaçait dans la main une fleur de grenadille (passiflora), un petit encensoir et un peu d'encens, comme symboles de ses occupations futures. Chaque mois on renouvelait cette cérémonie, où figuraient des écorces d'arbres destinées au feu sacré. A l'âge de cinq ans, la petite fille était remise au Tépantéohuatzin, qui la plaçait dans un séminaire. Là, on l'instruisait des règles de la religion, on lui apprenait à se bien conduire, à s'occuper des travaux propres à son sexe. Quant aux jeunes filles qui entraient dans un séminaire par suite d'un vœu, elles devaient d'abord faire le sacrifice de leur chevelure. Toutes ces religieuses vivaient très renfermées, dans le silence et le recueillement, sous la garde de supérieures. Les unes se levaient avant minuit, d'autres après, puis d'autres avant l'apparition du jour, pour attiser le feu et encenser les idoles. Bien que des prêtres assistassent à cette cérémonie, ils ne pouvaient communiquer avec les prêtresses.
Chaque matin, ces dernières s'occupaient des comestibles destinés aux oblations, et balayaient les bas côtés du temple. Les moments que leurs occupations leur laissaient libres, elles les employaient à filer ou à tisser de riches étoffes pour vêtir les idoles et orner les autels. La chasteté de ces vestales était l'objet constant de la surveillance de leurs supérieures, et la moindre faute restait sans pardon.
Lorsque la jeune fille consacrée au culte des dieux depuis son enfance atteignait sa dix-septième année, ses parents lui cher-