IMPOTS ET TRIBUTS
sines, pour défendre ce qui leur reste des terres que leur octroyèrent les rois d'Espagne, terres sans lesquelles ils cesseraient d'exister.
Toutes les provinces que conquéraient les rois aztèques étaient ordinairement partagées entre leurs favoris, et elles payaient à la couronne un tribut qui se composait d'une quantité de fruits, d'animaux et de minéraux déterminée par un tarif. En outre, les marchands, en guise d'impôt, devaient livrer une part de leurs marchandises, les artisans une part de leur travail. Dans la capitale de chaque province, existait un magasin destiné à recevoir les grains, les denrées, les vêtements, tous les objets recueillis par les percepteurs du district. Ces percepteurs, qui, comme insigne de leur charge, portaient une baguette d'une main et un éventail de l'autre, étaient détestés par le peuple, partout et toujours ennemi du fisc, dont il voit mieux les inconvénients que l'utilité.
Les plébéiens étaient soumis à des corvées et tenus de travailler aux embellissements delà capitale; toutefois, cette obligation cessait après leur mariage. Ils offraient alors un banquet aux préposés des travaux publics, leur présentaient leur femme, et recevaient, comme signe de libération, une hache de cuivre.
Les trésoriers de la couronne, en guise de registres, faisaient, ainsi que nous l'avons dit, usage de peintures où se trouvaient désignés non seulement les peuples tributaires, mais la nature, la quantité et la qualité des produits qu'ils étaient tenus de livrer. D'après ces statistiques, nombreuses dans la collection de Mendoza, Xocomocho, Huéhuétla et Mazatlan, unies à d'autres villes de la côte de l'océan Pacifique, devaient approvisionner annuellement le trésor royal de vêtements de coton, de quatre mille bottes de plumes de couleurs variées, de deux cents sacs de cacao, de quarante peaux de tigre et de cent soixante oiseaux d'espèces déterminées. Huaxyacac, Coyalpan et Atlacuéchahuaxan, villes zapo-
tèques, étaient imposées de quarante lingots d'or et de vingt sacs de cochenille. Tlachquiauhco, Axollan et Téolzapodan fournissaient vingt vases d'une dimension convenue, remplis de poudre d'or. Tochtépec, Otatitlan, Gozamaloapam, avec d'autres villes du littoral atlantique, outre des vêtements de coton, du cacao et de l'or, payaient un tribut de vingt mille bottes de plumes, de six colliers d'émeraudes, de quarante morceaux d'ambre et de cristal de roche montés en or de façon à servir de pendants d'oreilles, auquel il faut ajouter cent outres de résine de liquidambar et seize mille charges de gomme élastique.
Tépéyacac, Quécholac, Técamalchalco, Acatzinco, etc., etc., fournissaient quatre mille sacs de chaux, quatre mille charges de grands bambous pour la construction des édifices, autant de petits pour la tabri cation des flèches, plus une certaine quantité de matières aromatiques. Molinaltépec et ses voisines de la Terre- Chaude envoyaient six cents mesures de miel, quarante vases pleins d'ocre jaune, cent soixante haches de cuivre, quarante rondelles d'or et des turquoises. Les villes du pays des Tlahuicas versaient au trésor seize mille grandes feuilles de papyrus et quatre mille gourdes de tailles différentes. Les nattes, au nombre de huit mille, étaient fournies par Téhuiloxacan. Enfin, d'autres provinces envoyaient de la chaux, des poutres, des oiseaux et des quadrupèdes. Xilotépec, ville des Otomites, payait un tribut de quarante aigles vivants, et, toujours d'après les peintures de la collection de Mendoza, nous savons encore que les Matlatzincos, soumis par le roi Axayacatl, devaient, outre les tributs ordinaires, cultiver un vaste terrain dont les produits appartenaient à l'armée.
Ces énormes contributions, augmentées des produits de la guerre, des cadeaux des gouverneurs de provinces et de ceux des feudataires, rendaient les souverains si opulents que leur luxe