‹ Les Aztèques; histoire, moeurs, coutumesChapitre 55 sur 61 · PAGE CINQUIÈME DU CODEX ÉENDOZA · texte numérisé non relu

PAGE CINQUIÈME DU CODEX ÉENDOZA

(d'après kingsborougii).

Peintures idéographiques. — Le papier. — Les couleurs. — Les signes. — La numération. — Sculpture. — Orfèvrerie. — Mosaïques de plumes. — Architecture. — Conclusion.

Les Aztèques, à peu près comme les Égyptiens, avaient des peintres, des dessinateurs et des sculpteurs pour historiens, car ils ne connaissaient d'autre écriture que les caractères idéographiques. Ce sont les Mayas qui, dans le nouveau monde, songèrent les premiers à conserver le souvenir des faits passés en les retraçant par des images. Cet art, peu à peu perfectionné, devint d'un usage général chez toutes les nations de i'Anahuac.

Les plus anciennes peintures mexicaines ne sont guère que des portraits de dieux, de rois, d'hommes célèbres, ou des reproductions d'animaux et de plantes. Par la suite, ces peintures représentèrent des scènes mémorables ou des événements.

Parmi ces peintures, il y en avait de mythologiques, c'est-à-dire consacrées aux mystères de la religion ; puis d'historiques, c'està-dire retraçant les faits passés. D'autres étaient des codes où se trouvaient consignés les lois civiles ou les rites du culte. Enfin, il y en avait de chronologiques, d'astronomiques et d'astrologiques, reproduisant la position des astres, les phases de la lune et les éclipses. Le père Acosta rapporte que, dans la province de Yucatan, existaient des collections de peintures à l'aide desquelles les Indiens apprenaient à connaître les planètes, la di-

vision du temps, la forme des animaux et des plantes, voire les antiquités de leur pays. Ces précieux documents, de même que des milliers d'autres, lurent brûlés par un prêtre trop zélé, qui ne voyait là que des sources d'erreurs et de superstitions.

D'autres peintures étaient topographiques, et servaient non seulement, ainsi que nous l'avons établi, à déterminer les limites des propriétés, mais à faire connaître la position des villes, la direction des côtes et le cours des rivières. Dans sa première lettre à Charles-Quint, Cortez raconte que, désireux de savoir s'il y avait dans le golfe du Mexique un abri sûr pour ses vaisseaux, Moleuczoma lui présenta une carte où toute la côte était reproduite, depuis le port de Chalchiuhuécan, aujourd'hui Veracruz, jusqu'au rio Goatzacoalco. Bernai Diaz, de son côté, rapporte que Cortez, durant son long et pénible voyage dans la province de Honduras, se servit d'une carte que lui présentèrent les seigneurs du Goatzacoalco, carte sur laquelle étaient signalés tous les villages et toutes les rivières du littoral.

Le nombre des peintres était considérable dans l'empire mexicain, et celui des peintures innombrable. Si ces documents eussent été recueillis et conservés, nous connaîtrions, dans ses détails, l'histoire des peuples de l'Anahuac. Par malheur, les premiers missionnaires, animés du même zèle que le prêtre du Yucatan, recherchèrent avec soin ces manuscrits pour les détruire. Tous ceux dont ils purent s'emparer à Texcoco, où se trouvait la principale école de peinture, furent amoncelés sur la place du marché et impitoyablement brûlés. Les annales aztèques furent ainsi réduites en cendres, et avec elles périt le souvenir de faits importants.

Mieux instruits par la suite de l'importance de ces documents, les missionnaires déplorèrent ce qu'ils avaient fait, et ils essayèrent de réparer le mal en s'occupant de recueillir les peintures

CÉRÉMONIES NUPTIALES. m

qui avaient échappé à leur vigilance ; mais, bien qu'ils aient pu s'en procurer un certain nombre, les Indiens, rendus méfiants, les cachaient avec soin. 11 en existe cependant encore^ toutefois, elles sont d'un accès très difficile aux savants qui les recherchent. MM. Aubin et Pinart ont pu en réunir un assez grand nombre; c'est une bonne fortune pour la science.

En général, les peintures s'exécutaient sur des papiers, des peaux de cerf parcheminées, ou sur de fins tissus. Les papiers avaient différentes provenances, mais le plus apprécié se fabriquait avec des feuilles d'agavé, feuilles que l'on faisait longtemps macérer pour les laver ensuite à grande eau et les polir. On en labriquait également, mais de qualité inférieure, soit avec des feuilles de palmier, soit avec de fines écorces que l'on enduisait de gomme, soit enfin avec du coton. Celui que l'on désignait sous le nom de mauhamacall (papier de bois) provenait de Vanacahuité, arbre de la famille des borraginées. Par malheur, on ignore aujourd'hui à quels procédés les Aztèques avaient recours ; bien que cette industrie fût encore en pleine activité de longues années après la conquête, puisque le célèbre Hernandez parle des fabriques de la ville de Tépexllan. Au résumé, le bon papier aztèque était assez semblable à notre carton, mais beaucoiqD plus souple et beaucoup plus lisse; d'un blanc grisâtre, parfois brun, il ne buvait pas l'encre. On le divisait en feuilles larges d'un mètre et longues de cinq à six. On gardait ces feuilles en les roulant comme les anciens papyrus, ou repliées comme les feuilles des paravents, ce qui leur vaut aujourd'hui le nom de mappes.

Les belles couleurs dont se servaient les peintres aztèques étaient le plus souvent empruntées au bois, aux feuilles et aux fleurs des végétaux, parfois au règne minéral. Pour le blanc, ils employaient soit la pierre nommée chimaltizatl, qui, une fois cal-

cinée, donne un produit semblable au plâtre fin, soit une terre assez semblable au blanc d'Espagne. Ce noir leur était fourni par une terre fétide et aussi par la fumée d'un pin aromatique. Ils retiraient le bleu de ciel de Vliidigofera anil; mais leur mode de se procurer cette couleur différait beaucoup de celui en usage de nos jours. Ils jetaient une à une les feuilles de la plante dans un vase rempli d'eau tiède, puis, après avoir longtemps remué le liquide, ils le laissaient reposer. Ils vidaient ensuite l'eau du vase avec soin, faisaient sécher au soleil le dépôt obtenu, puis le chauffaient afin de le durcir.

Pour le rouge, il leur suffisait de faire bouillir des semences de rocoiiyer, Bixia orcllana, et la cochenille leur donnait la couleur pourpre. Ils obtenaient le jaune des tiges d'une cuscute ou en se servant d'ocre. Pour fixer leurs couleurs, ils employaient l'alun; et, pour leur donner plus de consistance, ils les délayaient dans le suc visqueux d'une espèce d'absinthe nommée xochipalli, ou de l'huile tirée des semences mucilagineuses d'une sauge : Salvia chia.

Les reproductions de montagnes, d'édifices, de rivières, de plantes, d'animaux et surtout d'hommes qui se voient dans les peintures aztèques manquent le plus souvent de proportions. Les contours sont anguleux, raides, et les yeux toujours dessinés comme si l'homme ou l'animai représentés étaient vus de face, alors même qu'ils sont placés de profil. Ces défauts ne doivent pas être uniquement imputés à l'ignorance ou à la maladresse des artistes, mais aussi à la rapidité avec laquelle ils peignaient, rapidité qui surprit beaucoup les Espagnols. Les peintres mexicains songeaient d'abord à représenter les objets, et se contentaient même d'en tracer la silhouette, sans se mettre en peine de la perfection des lignes. Certes, ils ignoraient les lois du clairobscur; toutefois, quelques-unes de leurs œuvres sont aussi re-

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