FIN DE LEUR EMPIRE
caltèques, apportèrent aux envahisseurs l'appui de leur courage et de leur nombre. La gloire de Cortez, si habile à profiter de ces haines et de ces rancunes, n'est en rien amoindrie par la constatation de cette vérité ; elle le montre, au contraire, aussi fin politique que vaillant soldat.
Ici se termine la partie la plus aride de la tâche que nous avons entreprise, et dont nous avons, peut-être en vain, essayé d'atténuer la sécheresse. Par leur nature, les documents qui racontent l'histoire des Aztèques, c'est-à-dire les peintures idéographiques, ne fournissent pas et ne sauraient fournir de ces légendes aimables, de ces mots spirituels, héroïques ou profonds qui nous permettent de voir, sous tant d'aspects divers, le séduisant génie des Grecs. En outre, les femmes apparaissent rarement dans ces annales. Est-ce à dire que, chez les Aztèques, la gravité du caractère, la sévérité des mœurs et surtout la condition subalterne des femmes se soient opposées à toute immixtion de leur part dans la vie publique? Nous ne le croyons pas. Chez les Mexicains, de même que chez toutes les nations de l'ancien monde, l'élément féminin avec sa grâce, sa beauté, sa finesse, son cœur passionné, a dû jouer son rôle ordinaire de corruption et de civilisation. Mais l'imperfection de l'écriture idéographique obligeait à ne consigner dans les annales que les grands faits relatifs à la guerre, à la politique ou à la religion; puis, c'étaient des prêtres qui dictaient ou écrivaient ces annales, et l'esprit sanguinaire de ces ascètes s'inquiétait peu des faiblesses amoureuses. De leurs mains, le burin de l'histoire des peuples de l'Anahuac passa dans celles des missionnaires catholiques, et ceux-ci, dans les légendes qui leur furent racontées, supprimèrent naturellement celles dont les femmes étaient les héroïnes; aussi, les filles d'Eve n'ont-elles pour ainsi dire pas d'histoire dans le passé du nouveau monde.
Nous allons, désormais, nous occuper de la religion, du gouveniement, des arts cultivés par le peuple que nous essayons de faire revivre. Dans ces nouvelles études, Taridité du sujet sera peut-être rachetée par la curiosité que ne peuvent manquer d'éveiller des façons d'agir bizarres, souvent contradictoires avec les nôtres, très distinctes, en tous cas, de celles des peuples anciens dont nous nous occupons d'ordinaire. Du reste, c'est dans l'exposé de ses mœurs politiques et privées, dans celui de ses coutumes et de ses lois, que l'on verra surtout se manifester l'intelligence, la dignité, la sagesse et aussi les aberrations sanguinaires de la race aztèque. On la connaît déjà suffisamment pour avoir compris que, trop souvent confondue avec celle des héros de Fenimore Cooper, elle a su faire autre chose que suivre une piste, chasser le bison (animal inconnu dans les pays qu'elle subjugua) ou fumer le calumet, dentelle ignore le nom et l'usage.
Cosmogonie. — Les quatre âges de PuniTers. — Mythologie aztèque. — Téotl. L*àme. — Déluge. — Les dieux.
Avant d'aborder la mythologie particulière des Aztèques, il nous semble nécessaire de jeter un rapide coup d'oeil sur les croyances générales des Nahuatlacas touchant la création de l'univers et celle de l'homme. Nous allons cheminer en pleine fable, voir se dérouler parfois des contes enfantins; mais ces premières idées des peuples primitifs sur leur origine et celle des choses ne sont jamais sans enseignement ; échos lointains, affaiblis, dénaturés de ce qui a pu être, elles éclairent pourtant l'esprit de lueui^ inattendues et laissent entrevoir un coin de vérité.
D'après les Nahuatlacas, il existait, avantlacréation de l'univers, un ciel où vivaient Tonacalécuhtli et sa femme Tonacacihuatl^ qui, à la longue, procréèrent quatre fils. L'aîné, Tlatlauhquitezcatlipoca, avait la peau rouge ; le deuxième, Yayauhqui, naquit avec une peau noire et de mauvais instincts ; le troisième, Quétzacoatl, possédait une peau blanche; enfin le cadet, Huitzilipochtli, fut un simple squelette couvert d'une peau jaune.
Après six cents ans d'inactivité, ces dieux résolurent d'agir. Ils nommèrent exécuteurs de leurs volontés Quétzacoatl et Huitzilipochtli, qui créèrent aussitôt le feu, puis un demi-soleil. Ils créèrent ensuite un homme, Oxomoco, et une femme, Cipactonatl, auxquels ils ordonnèrent de cultiver avec soin la terie. Cipactonatl, qui devait, en outre, filer et tisser, fut encore dotée
du don de prophétie. Elle recevait, comme récompense de ses oracles, des grains de maïs destinés à l'alimentation de ses descendants. Les dieux formèrent alors Mictlanteuctli et sa compagne, Mictlancihuatl, qu'ils nommèrenl souverains des enfers. Cela fait, ils divisèrent le temps en jours, en mois et en années.
Se remettant bientôt à l'œuvre, ils créèrent un premier ciel qu'habitèrent deux 'étoiles, l'une mâle et l'autre femelle, puis un second qu'ils peuplèrent de Tétzahaucihuatl {femmes squelettes) destinées à dévorer les humains lorsque la fin du monde arriverait. Dans le troisième ciel, ils placèrent quatre cents hommes jaunes, noirs, blancs, bleus et rouges. Le quatrième ciel servit de résidence aux oiseaux, qui de là descendaient sur la terre ; dans le cinquième, peuplé de serpents de feu, naissaient les comètes et les étoiles filantes. Le sixième devint l'empire du vent, le septième celui de la poussière, et les dieux se logèrent dans le huitième. Au delà, on ignorait ce qui existait jusqu'au treizième ciel, résidence de l'immuable Tonacatécuhtli.
Dans cette création, l'eau reçut une organisation particulière, car les dieux se réunirent pour former Tlalocaltécuhtli et sa femme Chalchiutlicué, qui devinrent maîtres de l'élément liquide. Dans la demeure habitée par les deux époux, se trouvaient quatre étangs pleins d'eaux diverses. Celle du premier étang facilitait la germination, celle du deuxième flétrissait les semences, l'eau du troisième les gelait, et celle du quatrième les desséchait. Tlaloc, à son tour, créa une multitude de petits ministres chargés d'exécuter ses ordres. Munis d'une amphore et armés d'un bâton, ces pygmées portaient l'eau où le dieu le leur commandait, et la répandaient en pluie. Le tonnerre se faisait entendre lorsque l'un d'eux brisait son amphore, et la foudre qui frappait les hommes n'était qu'un fragment du vase rompu. Dans le mélange des eaux,