LOIS CIVILES
ne sanctionnait pas son divorce. Une fois séparé^ on lui défendait de ne jamais reprendre la femme qu'il avait répudiée.
L'inceste, au premier degré de consanguinité ou d'affmité, était puni de mort. Les mariages entre parents étaient sévèrement prohibés, excepté entre beau-frère et belle-sœur, ainsi que nous l'avons déjà noté. Chez les Aztèques, de même qu'entre les Hébreux, le frère épousait souvent la veuve de son frère, lorsqu'elle avait des enfants. Sur les confins de l'empire, les nobles se mariaient parfois avec leur belle-mère, si elle n'avait pas eu d'enfant. A Mexico, ces unions étaient considérées comme incestueuses et châtiées comme telles.
Le laïque convaincu de vices hoi^ nature était pendu; le coupable était brûlé vif s'il s'agissait d un prêtre. Du reste, chez toutes les nations de l'Anahuac, les lois se montraient impitoyables pour ces délils réputés abominables.
Le prêtre qui, loi'squ'il appartenait au temple, abusait d'une jeune fille, se voyait dégradé et avili.
On brûlait publiquement les cheveux des courtisanes avec des branches de pin enflammées, et on leur enduisait la tête de la résine du même arbre. Le châtiment de ces malheureuses était d'autant plus sévère que celles qui s'y livraient appartenaient à une classe plus élevée.
Une loi condamnait à mort la femme qui s'habillait en homme et l'homme qui s'habillait en femme.
Le voleur de menus objets devait simplement les restituer; c'est là un usage qui subsiste encore ; mais, s'il s'agissait d'un vol considérable, le coupable devenait l'esclave de celui qu'il avait dépouillé. Si l'objet dérobé n'existait plus et que le voleur n'eût aucun bien, on le lapidait. Si l'objet volé était en or, si c'était un joyau, le larron, après avoir été promené par les rues de la ville, était sacrifié lors de la fête que les orfèvres et les joailliers offraient
no LES AZTÈQUES.
au dieu Xipé. Celui qui s'appropriait un certain nombre d'épis de maïs ou qui enlevait dans les champs une plante utile, devenait l'esclave du propriétaire du champ. Toutefois, les voyageurs pauvres étaient autorisés à cueillir, au passage, la quantité de fruits ou de maïs dont ils avaient besoin pour satisfaire leur faim.
Celui qui volait dans un marché subissait sur Theure la peine de la bastonnade. Il reçoit aujourd'hui des coups de plat de sabre. Le vol d'enseignes militaires était puni de mort. Celui qui, rencontrant des enfants égarés, les vendait comme s'ils étaient les siens, perdait sa liberté et ses biens. Une moitié de son avoir revenait aux victimes, et l'autre servait à indemniser les acheteui-s du prix déboursé. S'il y avait plusieurs délinquants, tous souffraient la même peine. On traitait de la même façon celui qui aliénait les terres dont il était simple locataire.
On pendait les tuteurs qui rendaient des comptes inexacts et aussi les jeunes gens qui dépensaient l'héritage paternel à satisfaire leurs vices, attendu que gaspiller la fortune amassée par le travail de son père passait pour un crime.
On sacrifiait aux dieux celui qui faisait usage de maléfices, et l'ivresse chez les jeunes gens devenait un crime capital. Si le coupable était un jeune homme, il mourait sous le bâton; s'il s'agissait d'une jeune fille, on la lapidait. Chez les hommes faits, on châtiait sévèrement ce délit, mais non par la mort. Lorsque le coupable appartenait à la noblesse, on lui retirait son titre, et il restait infâme ; s'il était plébéien, on lui coupait les cheveux — peine redoutée — et Ton rasait son habitation, en déclarant indigne de vivre parmi les hommes celui qui se privait volontairement de sa raison. Cependant on permettait l'ivresse dans les repas de noces et autres fêles, à la condition, pour les buveurs, de ne pas se montrer en public. La loi n'atteignait pas non plus ceux qui avaient dépassé soixante ans, âge où l'on pouvait boire à son gré.
ESCLAVAGE. ili
En dépit de la sévérité de ces dernières lois, les Aztèques ne se considéraient pas comme responsables des mauvaises actions qu'ils commettaient alors qu'ils étaient ivres, et Sahagun affirme qu'ils s'enivraient ou feignaient l'ivresse pour se justifier des crimes auxquels ils se laissaient entraîner. Ils devançaient en cela nos médecins légistes, lesquels demandent aujourd'hui la grâce des plus grands criminels au nom de l'alcoolisme, comme si l'homme n'était pas libre de ne pas s'enivrer. En somme, les lois mexicaines nous montrent un peuple moral, juste, protégeant la famille, la propriété, les mœurs, la liberté de conscience, et exigeant ce respect de l'autorité sans lequel tout gouvernement devient impossible. N'y a-t-il pas là, au fond, les germes féconds de toute civilisation?
L'esclavage, sous des formes assez douces, existait chez les Aztèques, qui comptaient trois sortes d'esclares : les prisonnier de guerre, les citoyens qui se vendaient et les malfaiteurs privés, comme châtiment, de leur liberté.
La vente d'un esclave devait être faite devant quatre témoins majeurs, et ce contrat se célébrait avec solennité. L'esclave pouvait posséder des biens, acquérir des terres et acheter lui-môme des esclaves pour le servir, sans que son maître pût Tempêcher de les employer. L'esclavage n'était pas héréditaire dans l'Anahuac, tout homme y naissait libre, même les enfants d'esclaves. Si un homme libre avait un commerce illicite avec une esclave et que celle-ci vint à mourir durant sa grossesse, le coupable devenait la propriété de celui auquel il avait causé ce dommage.
Les pauvres, afin d'alléger leur misère, vendaient un ou plusieurs de leurs enfants, et tout homme libre avait le droit d'aliéner sa liberté pour la même cause. Quant aux maîtres, ils ne pouvaient vendre un esclave sans son consentement. Les esclaves fugitifs, réfractaires ou vicieux, étaient sermonnés deux ou trois
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fois par leurs maîtres, qui, pour leur justification future, prenaient des témoins de leurs bons conseils. Lorsque Tesclave ne se corrigeait pas, on lui entourait le cou d'un collier de bois, et son propriétaire le vendait au marché. Si, après avoir changé trois fois de maître, l'esclave restait indocile, on le vendait pour les sacrifices, cas du reste fort rare. L'esclave « de collier » qui s'enfuyait de chez son maître et parvenait à se réfugier dans le palais du roi devenait libre. Ceux qui l'empêchaient d'atteindre cet asile, à l'exception de son maître et de ses fils, perdaient leur liberté.
Ceux qui se vendaient étaient assez ordinairement des joueurs qui, avec le prix de leur indépendance, satisfaisaient leur passion; . des paresseux qui voulaient vivre avec indolence, ou des courtisanes avides de parures. L'esclavage ne répugnait pas aux Aztèques, car la condition des esclaves n'avait rien de rude ni d'infamant Ils étaient bien traités, travaillaient modérément, et leur maître, à l'heure de sa mort, leur rendait souvent la liberté. Le prix d'un esclave équivalait à peu près à celui d'une charge d'étoffes, valeur assez difficile à estimer.
D'après Sahagun, lorsque approchait la fin d'un siècle, le peuple et les nobles, par suite d'une idée superstitieuse, étaient poursuivis par la crainte de la famine. Si ces craintes se réalisaient, on voyait souvent un chef de famille, en échange de vivres, s'engager à fournir perpétuellement un ou plusieurs esclaves à un grand feudatairc. Il lui donnait alors un de ses enfants, et, à une époque déterminée, le retirait pour le remplacer par un de ses frères. Nombre de familles pauvres contractèrent de ces servitudes dans la stérile année de 1505; MoteuczomaII,parun sentiment de justice, libéra tous les esclaves d'origine noble.
Les lois aztèques n'avaient pas été si bien acceptées par les peuples conquis, qu'il n'y eût, sur plusieurs points de l'empire, de grandes variations. Du reste, aussi habiles que les Romains, les