PEINES ET PRISONS
Mexicains ne forçaient les nations qu'ils réussissaient à vaincre ni à reconnaître leurs dieux^ ni à se soumettre à leurs lois, ni à parler leur langue.
La législation du royaume d'Âlcolhua ressemblait beaucoup à celle de ses alliés, mais elle était peut-être plus dure encore.
D'après les lois promulguées par le célèbre roi poète et philosophe Nézahualcoyotl, le voleur était traîné par les rues, puis étranglé, et l'homicide décapité. On attachait à un arbre et Ton brûlait vif quiconque fomentait une discorde entre deux États, Celui qui s'enivrait, s'il appartenait à la noblesse, était étranglé et son corps jeté dans un lac ou dans une rivière; s'il était plébéien, il perdait sa liberté, mais ce n'était qu'en cas de récidive qu'on le punissait de mort. Quelqu'un ayant demandé au législateur pourquoi il se montrait plus sévère pour le noble que pour le plébéien : « C'est, répondit-il, que le délit du premier est d'autant plus grave qu'il doit donner le bon exemple. » Le même roi ordonna que les historiens qui , dans Içurs peintures, consacreraient des faits faux seraient punis de mort. Il est heureux pour nos chroniqueurs, nos dramaturges, nos peintres et nos journalistes, qu'une pareille loi n'existe pas chez nous.
Les Tlaxcaltèques adoptèrent en grande partie ce code. Chez eux, le fils qui manquait de respect à son père était puni de mort ou exilé. En général, les crimes et les délits que les nations civilisées de l'Anahuac châtiaient avec le plus de sévérité étaient l'homicide, le vol, le mensonge et l'adultère.
Des peines infligées par les législateurs mexicains aux coupables, la plus déshonorante semble avoir été la potence. L'exil était aussi considéré comme infâme, car il supposait un vice contagieux chez celui qui en était frappé. Le fouet, en dépit des assertions de quelques historiens, ne servait qu'au châtiment des enfants.
II y avait, dans l'empire, deux sortes de prisons ; les unes nom-
mées téilpiloyany deslinées aux débiteurs qui refusaient de payer et aux gens coupables de délits n'entraînant pas la mort; les autres, cuauhcalliy plus étroites, construites en forme de cages, aux portes étroites, servaient aux prisonniers réservés pour les sacrifices et aux condamnés à mort. On donnait peu d'aliments à ces derniers dans le but de leur faire sentir à l'avance les amertumes du supplice. En revanche, les prisonniers de guerre étaient copieusement nourris afin qu'ils fussent robustes à l'heure des sacrifices. Si, par une négligence des gardiens, un prisonnier s'échappait, les habitants du quartier où s'élevait la prison payaient au maître du fugitif un certain nombre de vêtements de coton.
InstituiioDS militaires. — L'armée et ses chefs. — Armes offensives et défensives. Etendards. — Déclaration de guerre. — Entrée en campagne. — Fortifications,
Il n'y avait pas, dans Tcmpirc mexicain, essentiellement conquérant, de profession plus estimée que celle des armes. Nous avons vu que le plus vénéré des dieux aztèques était celui de la guerre, considéré comme le protecteur attitré de la nation. Nous avons vu encore qu'aucun prince ne parvenait au pouvoir suprême s'il n'avait préalablement donné des preuves de valeur ou de talent militaire et mérité le litre de général. En outre, une fois élu roi, il ne pouvait ceindre le diadème qu'après avoir capturé les prisonniers que l'on devait immoler à la fête de son couronnement.
Tous les rois aztèques, depuis Itzacoatl jusqu'à Cuauhtémotzin, passèrent du commandement de l'armée au trône. La grande estime professée par les Mexicains pour la carrière militaire les poussait à rendre leurs fils courageux, à les endurcir dès l'enfance aux fatigues de la guerre. Pour eux, les âmes les plus heureuses dans l'autre vie étaient celles des guerriers morts en défendant la patrie. Cette haute idée de la gloire des armes forma les héros qui illustrèrent la nation aztèque et la rendirent partout victorieuse. Aussi, des commencements les plus humbles s'élevat-elle rapidement au premier rang, et des bords du lac près duquel elle s'était établie, au sortir de la servitude, étendit-elle bientôt sa domination sur toutes les contrées situées entre les deux océans.
La plus haute dignité militaire était celle de général; mais, sous cette appellation, on comprenait quatre catégories de chefs possédant des insignes particuliers. Le plus important de ces chefs prenait le nom de Tlacochacatl [prince des (lèches). On ignore quels étaient ses rapports avec les autres généraux, car les historiens de la première heure, négligeant les questions hiérarchiques, ont confondu tous les grades. Après ces dignitaires venaient immédiatement les capitaines, dont chacun commandait deux à trois cents hommes.
Pour récompenser les officiers et exciter leur émulation, les Mexicains créèrent trois ordres militaires sous les dénominations d'Achcauhtin (princes) ; Cuauhtin [aigles); Océotl (tigres). Les plus distingués parmi les princes étaient ceux qui, en outre, conquéraient le titre de Guachictin (commandeur des aigles).l\s portaient alors les cheveux relevés sur le sommet de la tête à l'aide d'une corde teinte en rouge, de laquelle pendaient autant de glands qu'ils avaient accompli de faits glorieux. Après vingt actions d'éclat, ils avaient le droit de se raser la tête, puis de se peindre une moitié du visage en rouge et l'autre en jaune. Ces signes de distinction étaient si appréciés que non seulement les généraux, mais les rois, se montraient fiei^ de s'en parer. Moteuczoma II et Tizoc appartenaient à cet ordre, particularité que nous révèlent leurs portraits.
Les tigresj comme signe distinctif, endossaient une armure de coton peinte de façon à imiter la peau de l'animal dont ils portaient le nom. On ne se parait des insignes militaires qu'en campagne; à la cour, les vêtements étaient uniformes et ne variaient que par la couleur.
Les jeunes gens qui faisaient campagne pour la première fois ne revêtaient que de grossiers habits en toile d'agave. Cette règle était si rigoureusement observée, que les fils de roi eux-
FiG. 1\ — Armes offensives et défensives des soldats aztèques, d'après les spécimens du Musée d'ethnographie du Trocadéro.
BiBL. EUTN. ^ Les Àztèquei.
mêmes devaient donner des preuves de valeur avant d'être autorisés à troquer ce vêtement contre un autre.
Ceux qui possédaient un ordre militaire avaient le droit, lorsqu'ils étaient de garde, à un logement dans le palais du roi. Ils pouvaient faire usage d'ustensiles d'or, se vêtir des étoffes les plus fines et porter des ceintures plus légères que celles du peuple, ce qui n'était permis aux soldats qu'après qu'ils avaient mérité de l'avancement. Un vêtement de forme particulière {ilacatziuhque) récompensait les soldats qui, voyant l'armée faiblir, réussissaient à ranimer son courage par leurs paroles ou leur exemple.
En guerre, outre son armure, le roi se parait d'insignes particuliers. Il chaussait des demi-bottes garnies de plaques d'or et se chargeait les bras de bracelets ornés de pierres fines. Â sa lèvre inférieure et à ses oreilles il suspendait des émeraudes montées en or. Autour de son cou s'enroulait une chaîne d'or et de diamants, et il se coiffait d'un panache de plumes magnifiques (quiatchatli).
Les armes offensives et défensives dont se servaient les Mexicains, aussi bien que les autres nations de l'Anahuac, étaient très variées. Au nombre des défensives, il faut ranger les chimalli (fig. 16), boucliers communs aux officiers et aux soldats. On les fabriquait de différentes matières, et on leur donnait diverses formes, mais la forme ronde prévalait. D'ordinaire, ils se composaient de bambous flexibles, assujettis par de gros fils de coton, et, pour les nobles, on les recouvrait de plumes ou de feuilles d'or. D'autres consistaient en une simple écaille de tortue garnie de cuivre, d'argent ou d'or, selon le grade ou la fortune de son possesseur. Il y en avait d'assez grands pour couvrir le corps tout entier; ils pouvaient, au besoin, se replier et se porter sous le bras, grâce à un mécanisme assez semblable à celui de nos parapluies. Enfin, d'auti*es, de petite dimension, ornés de plumes et plus