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LES MAYAS

Mais sortons des ténèbres, des fables dont les allégories, devenues incompréhensibles, cachent à l'homme moderne, avide de précision, sa véritable origine. Le peuple le plus ancien dont on trouve la trace sur un des points du Mexique moderne est le peuple maya, qui habitait le Yucatan.

Les Mayas, que plusieurs historiens ont voulu rattacher aux Toltèques, en sont complètement séparés par leur idiome. Néanmoins, comme l'influence de leur civilisation s'est fait sentir, tant au point de vue politique qu'au point de vue religieux, sur le continent dont ils occupaient la grande presqu'île, nous croyons ne pouvoir les passer sous silence. D'après les traditions, leur patrie d'origine se nommait Tulapam, et c'est vei's l'an 793, avant l'ère chrétienne, qu'ils apparurent dans le Yucatan. Ils durent arriver par mer, car la ressemblance de leur langue avec celle que parlaient les aborigènes de Cuba, d'Haïti et de la Jamaïque, révèle entre ces peuples une parenté certaine. Cette émigration, en outre, prouve qu'à cette époque reculée les peuples des Antilles étaient déjà très avancés en civilisation, puisqu'ils pouvaient traverser en nombre les eaux du golfe Mexicain.

Les émigrants au Yucatan, conduits par un chef nommé Iztamna, à la fois prêtre, souverain, médecin et prophète, fondèrent la ville d'Iztamal {rosée du ciel). Parmi les successeurs d'Iztamna, on trouve le nom de Votan, civilisateur de la province de Chiapas. Iztamna venait de l'Atlantique, et tout fait présumer que Votan, à son tour souverain, prêtre et législateur, venait des côtes de l'océan Pacifique. Il joua, dans le centre de l'Amérique, le rôle d'un Boudha.

Au résumé, les raines magnifiques qui couvrent aujourd'hui les pays autrefois occupés par les Mayas, si elles présentent un même caractère architectural, si elles ont de commun les inscriptions hiéroglyphiques, n'appartiennent certainement pas à la

même époque et ne sont pas l'œuvre d'une même génération. Les ruines d'Iztamal avec leurs pyramides, celles d'Uxmal, que le licencié Orozco présente comme un produit de Tâge d'or de l'art maya, et dont nous donnons un motif de décoration (fig. 2), puis enfin les monuments de décadence de Mayapan, marquent trois époques bien distinctes (fig. 3). Dans cette division, le

Fia. i. — Fragiueut de dùcorutiou pris u L'xuiul.

gioupe des Mayas de Chiapas est représenté par les ruines de Palenqué, d'Ococingo, de Cliichen-Itza et de Lorillard-City, cette ville morte du pays des Lacandons, récemment retrouvée par M. Désiré Charnay.

Pour ma part, j'ai maintes fois étudié les ruines que je viens d'énumérer, avec l'espoir d'en saisir le caractère distinctif, ou, à son défaut, un trait saillant qui permît de les classer avec certitude. Vain effort; ce caractèi^e, ce trait n'existent pas. Les hommes compétents que j'ai interrogés, loin de pouvoir me fixer, m'ont avoué qu'ils partageaient mon embarras. Ce n'est donc que

MONUMEiNTS MAYAS. (7

par la nature de certains ornements, que par la qualité des matériaux employés, et non par de grandes lignes de démarcation, que Ton peut distinguer les différents âges de l'architecture des nations qui peuplèrent d'abord les provinces de Chiapas. Néanmoins, il semble hors de doute que ces monuments sont bien l'œuvre d'une même race prise à des âges différents, et obéissant à des traditions identiques d'art et de civilisation. Que de fois, poursuivant un oiseau ou un insecte à travers les

FiG. 3. — Pyramide de Mayapau.

forêts qui couvrent aujourd'hui les champs qu'ensemençaient les Mayas, le hasard m'a mis à l'improviste en présence d'un des édifices élevés par ce peuple mystérieux ! Que d'heures mélancoliques passées à errer à travers ces ruines, à contempler ces murailles croulantes, ces œuvres magnifiques d'hommes dont le monde moderne sait à peine le nom et l'histoire! Et pourtant, ces pierres ouvragées, couvertes de dessins bizarres, fantastiques, capricieux en apparence, où des plantes, des fleurs, des objets matériels s'enroulent autour de guerriers à la pose orgueilleuse ou humblement agenouillés en vaincus, racontent les faits des

B.BL. ETUN. — Les Azièqu€;t, S

siècles écoulés. Ces bas-reliefs sont une écriture, ces palais sont des livides de granit. vanité! celui qui a donné Tordre d'élever ces murailles, d'inscrire sur chaque pierre son nom et ses hauts faits, a dû se croire immortel. Et voilà qu'aujourd'hui des voyageurs égarés, appartenant à des races d'hommes dont il n'a pas même soupçonné l'existence, contemplent indécis son œuvre gigantesque qui parlait jadis, et qui est devenue muette.

Muette, non; les arbres séculaires qui cachent sous leur ombre ces palais autrefois baignés par le soleil portent des nids sur leurs branches. Là, des passereaux à la voix harmonieuse chantent soir et matin l'hymne que leurs ancêtres savaient déjà au temps d'Iztamna. La nuit, c'est un chat sauvage, un jaguar qui sort de ces décombres et félit, tandis que d'une aile silencieuse les hiboux, qui croient ces palais bâtis pour eux, viennent voltiger au-dessus du foyer allumé par le voyageur. Les lueurs vacillantes de la flamme semblent animer les guerriers rangés en file et font revivre un instant ces héros qui, après avoir longtemps entendu les rumeurs bruyantes d'une grande cité, se sont vus enveloppés par l'oubli. Maintenant, les yeux toujours ouverts, appuyés sur un sceptre ou brandissant une épée, ils écoutent le silence de la solitude qui s'est faite autour d'eux et regardent, après vingt siècles, passer de nouveau à leurs pieds l'être chétif dont ils sont à la fois l'œuvre et l'image.

Mais laissons les Mayas, et citons, parmi les premiers colonisateurs de l'Anahuac, les habitants du royaume de Méchoacan : les Tarasques. Ce peuple n'appartenait que par sa civilisation aux fameuses tribus des Nahoas dont nous parlerons bientôt, et sa langue n'avait aucun rapport avec celles de ses voisins, les Colhuas et les Aztèques. En réalité, la nation toltèque est la première sur laquelle les traditions des peuples qui occupaient l'Anahuac lors de l'arrivée des Espagnols nous donnent quelques

LES TOLTÊQUES. (9

renseignements positifs. Exilés, à leur dire, de leur patrie, le royaume de Tollan qui semble avoir été vpisin du lac Tularé, les Toltèques se dirigèrent vers le midi. Leur caprice, ou la nécessité, les fit stationner sur plusieurs points qui gardent encore les traces de leur passage; car partout où ils séjournaient ils constraisaient. Ils employèrent cent vingt-quatre ans pour atteindre le lieu qu'ils nommèrent ToUantzinco, où ils songèrent à s'établir définitivement. Une vingtaine d'années plus tard, ils se remirent en marche pour s'arrêter près d'une rivière sur le bord de laquelle, vers l'an 667 de notre ère, ils fondèrent une ville qu'ils nommèrent Tollan ou Tula, en souvenir de leur patrie. Tollan, la plus ancienne cité de l'Anahuac, s'élevait à 4fO kilomètres de Mexico, et elle est souvent mentionnée dans les annales aztèques.

Les Toltèques, dès cette époque, vivaient sous un gouvernement de forme monarchique. Très avancés en civilisation, ils s'occupaient non seulement d'agriculture et de commerce, mais de science, d'art, d'industrie, et leur nom, parmi les peuples qui leur succédèrent, devint le synonyme « d'ouvrier habile ». C'est à eux que l'Anahuac est redevable de la culture du maïs, découvert par un grand homme divinisé après sa mort ou sa disparition mystérieuse, Quétzacoatl. Le coton, le piment, la chia et autres plantes utiles, passent aussi pour avoir été découverts par les Toltèques. Mais leur principal titre de gloire, môme aux yeux des Européens, a longtemps été leur calendrier.

En réalité, ce calendrier est l'œuvre des Mayas, auxquels Quétzacoatl l'emprunta lors de son excursion dans le Yucatan. Il a donné lieu à de longues et savantes dissertations dans lesquelles nous nous garderons de nous perdre. D'abord lunaire, il présente à la fois les principes du calendrier égyptien et ceux des calendriers asiatiques. En faut-il conclure, ainsi que le font plusieurs historiens, que le Yucatan et la province de Chiapas furent, à une

époque reculée, en contact accidentel avec les peuples d'Asie et d'Europe? Le fait est possible, quoique bien improbable. Ne serait-il pas étrange, en effet, que ce contact n'eut eu d'autre résultat palpable que celui de la connaissance exacte de la division du temps? Laissant de côté pour l'heure toute discussion, contentons-nous de rappeler que le calendrier maya, qu'adoptèrent tous les peuples de l'Ânahuac en modifiant, selon leur langue, le nom des mois et des jours, fut perfectionné par les Toltëques, puis par les Aztèques. Il composait le siècle de cinquante-deux ans, et divisait Tannée, laquelle commençait le 2 février, en dixhuit mois de vingt jours. Â ces mois, pour compléter le chiffre de trois cent soixante-cinq jours, s'en ajoutaient cinq destinés au repos.

Établis* sous un climat tempéré et sur un terrain fertile, le peuple toltèque prospéra rapidement, fonda de nombreuses villes et civilisa quelques-unes des tribus barbares qui l'entouraient. Sous le règne de son huitième roi, Topiltzin, plusieurs années d'une sécheresse absolue et une invasion de sauterelles détruisirent les récoltes. A la famine qui résulta de ces calamités vint bientôt s'ajouter une guerre avec les Xalixenses. Topiltzin, vaincu, se réfugia dans une grotte el passa pour mort. Ruinés, décimés, ses sujets émigrèrent en partie. Les uns se dirigèrent vers le Yucatan, d'autres vers le Guatemala, où leurs descendants parlent encore leur langue. Les monuments attribués à ce peuple, mais à tort, sont les sanctuaires fameux de Téotihuacan et de Gholula, puis la ville forte de Guauhnahuac.

Le départ des Toltèques laissa, pendant plusieurs années^ l'Anahuac à peu près désert. Gependant il faut mentionner comme occupant alors quelques-uns de ses districts, les 01mèques et les Xicalanques, contre lesquels ils avaient eu à lutter lors de leur arrivée, et que l'on croit n'avoir été qu'une

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