LANGUE
tranchaient la terminaison. Ainsi, oquimizlli veut dire le lion, et cihtiamiztliy la lionne.
La langue aztèque n'a ni superlatifs ni comparatifs et, de même que la nôtre, elle y supplée par des parlicules. En revanche, elle est plus abondante encore que la langue italienne en diminutifs et en augmentatifs, et le chiffre de ses substantifs et de ses verbes dépasse celui de toutes les autres langues. Chaque verbe, du reste, par l'adjonction de quelques lettres, peut en engendrer une multitude d'autres.
Les Aztèques, par la réunion de mots simples, peuvent former des mots composés, et ces nouveaux mots sont souvent une véritable définition de l'objet qu'ils désignent. Presque tous les noms d'animaux, de plantes, de villes, rentrent dans cette catégorie.
La langue aztèque est riche, savante et très expressive. On trouve une preuve de sa richesse dans VHistoire naturelle du docteur Hernandez, qui, ayant décrit douze cents plantes, deux cents oiseaux, nombre de quadrupèdes, de reptiles, d'insectes et de métaux recueillis au Mexique, a pu citer chacun d'eux par un nom propre que lui donnaient les Indiens. Une autre preuve de sa richesse, c'est que les premiers missionnaires n'eurent aucune peine à lui faire exprimer les idées abstraites de la religion dont ils voulaient instruire ceux qui la parlaient.
Chez une nation en possession d'une langue riche, harmonieuse, savante, les orateurs et les poètes ne devaient pas être rares. Les Aztèques cultivaient, en effet, la poésie et l'éloquence, mais sans on connaître tous les avantages. Ceux qui se destinaient à l'art oratoire s'accoutumaient dès leur jeunesse à parler avec élégance; ils apprenaient par cœur les harangues prononcées par leurs aïeux et conservées par la tradition.
C'était surtout dans les ambassades, dans les conseils, ou dans les discours de félicitation adressés au roi, que les orateurs aztèques
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avaient occasion de briller. Certes, on ne peut les comparer à ceux du vieux monde ; néanmoins, ils savaient trouver de bons arguments, émouvoir et convaincre, comme nous en pouvons juger par les fragments de discours qui sont parvenus jusqu'à nous et par les nombreuses allocutions que nous a conservées Sahagun.
Gomme exemple de cette éloquence, que nous avons pu juger déjà dans les ce conseils d'un père à son fils et d'une mère à sa fille », nous allons traduire le discours que le roi des Alcolhuas adressa à Moteuczoma II le jour où ce prince fut élu empereur. (( Le bonheur qui préside à la destinée de la nation mexicaine, dit le souverain, s'est manifesté doublement dans l'élection d'aujourd'hui : d'abord par l'unanimité des votes, puis par la joie générale avec laquelle leur résultat a été accueilli. Cette allégresse est juste, car l'empire d'Ânahuac en est arrivé à un tel degré de grandeur qu'il ne faut pas moins pour le soutenir, seigneur, que la force de votre cœur invincible, ni une sagesse moindre que celle que nous admirons en vous. Je vois clairement avec quel amour le Dieu suprême considère cette nation, puisqu'il nous a éclairés de façon à nous faire choisir celui qui peut le mieux la gouverner. Qui oserait douter, en effet, que l'homme qui tant de fois a montré la force de son âme et lu dans les astres, alors qu'il était un simple particulier, ne fera pas mieux encore, maintenant qu'il a besoin de ce savoir ? Qui pourrait douter que là où existe tant de courage et de sagesse ne se trouvera pas l'appui de la veuve et de l'orphelin? L'empire aztèque vient certainement d'atteindre le faîte de sa puissance, puisque son roi inspire le respect à tous ceux qui le voient. Réjouis-toi, heureuse nation, d'avoir pour maître un souverain qui sera l'appui de ta félicité, dans lequel tous tes fils trouveront un père et un frère. Un souverain qui n'abusera pas de son pouvoir pour se livrer à la mollesse ou aux