ÉLOQUENCE
plaisirs, dont le cœur sera toujours inquiet de ton bien, et auquel aucun mets ne paraîtra délicat, tant il sera occupé de ton bonheur. Pour toi, noble seigneur, prends confiance, et sois assuré que le Créateur du ciel, qui vient de t'élever à une si haute dignité, te donnera la force d'accomplir les devoirs qu'elle impose. »
La louange, on le voit, cache ici d'excellents conseils, et ce n'était certes pas un peuple de barbares que celui chez lequel on pensait et l'on s'exprimait ainsi.
Du reste, c'était parmi les hommes éloquents, sans tenir compte de leur origine, que les Aztèques choisirent pendant longtemps leurs pontifes, leurs généraux, leurs administrateurs, et ces dignitaires remplissaient leurs fonctions avec un zèle ardent. Cruels, implacables pour les ennemis de leur pays, ils se montraient, en revanche, justes et humains pour leurs compatriotes.
Les poètes, chez les Aztèques, étaient plus nombreux que les orateurs; leurs vers étaient mesurés et cadencés. La langue poétique aztèque était brillante, imagée, et empruntait ses comparaisons aux fleurs, aux arbres, aux ruisseaux, aux objets les plus riants de la nature. C'est dans la poésie que les Mexicains employaient de préférence les mots composés, et ces mots, par leur longueur, suffisaient souvent à remplir un vers.
Les sujets traités par les poètes étaient très variés ; le plus souvent, ils composaient des hymnes en l'honneur des dieux, hymnes que l'on chantait dans les temples et pendant les danses sacrées. Les poètes composaient également des poèmes dans lesquels ils racontaient les aventures de la nation ou les actions glorieuses des héros, compositions qui se déclamaient dans les fêtes profanes. Ils cultivaient aussi l'ode ; toutefois, chez eux, elle se terminait d'ordinaire par une leçon utile. Quant à leurs poésies descriptives, elles roulaient volontiers sur la chasse et la pêche. Si l'amour est rarement en jeu dans les vers des Aztèques, c'est
que, selon la juste remarque de Glavigéro, les poêles étaient presque toujours des prêtres.
UnroidesÂlcolhuaSyNézahualcoyotl, fut lui-même un grand poète, et son exemple mit la versification de mode à sa cour. On raconte qu'un poète, condamné à mort pour un délit, écrivit des vers dans lesquels il faisait ses adieux au monde d'une façon si touchante que les musiciens de la cour, qui étaient tous ses amis, résolurent de les chanter devant le roi. Celui-ci s'attendrit si bien en écoutant qu'il fît grâce de la vie au coupable, fait unique dans l'histoire des Àlcolhuas. D'après Torquémada, qui rapporte aussi cette légende, le coupable était le gendre, faussement accusé d'adultère, de Nézahualcoyotl lui-même. Conduit devant son beaupère qui avait reconnu son innocence, et croyant marcher à la mort, le poète récita ses vei^ ; ils lui valurent des félicitations et de nouveaux honneurs.
Les Aztèques goûtaient non seulement la poésie lyrique, mais aussi la poésie dramatique. Le théâtre sur lequel ils représentaient leurs drames était un simple terre-plein, établi à ciel découvert sur la place des marchés ou sur l'assise inférieure des temples. Le théâtre de Mexico, construit en pierre, au dire de Gortez, avait six pieds de haut et mesurait trente pas en long et en large.
Il est peu probable que, dans leurs compositions dramatiques, les Aztèques aient observé les règles en honneur dans le vieux monde. Du reste, nous possédons un aperçu de leur talent dans ce genre par une description du père Acosla, qui raconte une représentation donnée à Cholula à l'occasion de la fête du dieu Quétzacoalt.
<( Il y avait près de l'assise inférieure du temple de ce dieu, dit le savant jésuite, un petit théâtre blanchi avec soin, que l'on ornait de rameaux, de guirlandes de fleurs et de plumes, auxquelles on