‹ Les AztèquesChapitre 43 sur 49 · ART DRAMATIQUE · texte numérisé non relu

ART DRAMATIQUE

suspendait des oiseaux, des lapins et des fruits, le tout très pittoresquement disposé. Dans ce lieu, le peuple accourait après son dîner. Les acteurs apparaissaient soudain et représentaient des scènes bouffonnes. Ils feignaient d'être sourds, boiteux, aveugles, enrhumés, et demandaient leur guérison aux idoles. Les sourds répondaient à ceux qui leur parlaient par des coq-à-Fâne, les boiteux en se contorsionnant, et tous ces acteurs, par l'exposition de leurs maux, excitaient les rires du public.

« A ces bouffons en succédaient d'autres chargés de représenter des animaux. L'un était travesti en scarabée, un autre en crapaud, un troisième en crocodile, etc., etc. Ces bétes discouraient entre elles, expliquaient leurs rôles sur la terre, et chacune d'elles s'attribuait le premier. On applaudissait beaucoup ces acteurs, très habiles à reproduire les allures des animaux qu'ils imitaient. Venaient ensuite des élèves des séminaires, pourvus d'ailes de papillons ou d'oiseaux aux couleurs variées. Ces enfants s'élançaient sur des arbres disposés à cet effet, et des prêtres les criblaient de boules de terre à l'aide de sarbacanes, en leur adressant des admonestations comiques. Un ballet, où figuraient tous les acteurs, terminait la représentation. » Voilà, en somme, tout ce que l'on sait du théâtre mexicain, et, il faut en convenir, la description du père Acostafait plutôt songer aux tréteaux de Thespis qu'à l'art d'Eschyle.

La musique, chez les Aztèques, était indigne d'un peuple déjà aussi cultivé. Ils ne connaissaient pas les instiniments à cordes, et ceux dont ils faisaient usage se réduisaient au huéhuétlé, au téponastlé, aux trompettes, aux conques marines et à des flûtes, assez ordinairement en terre cuite, qui produisaient des sons aigus. Le huéhuétlé était un cylindre en bois, haut de trois pieds, sculpté, orné de peintures et couvert, à sa partie supérieure, par une peau de cerf que l'on pouvait tendre ou relâcher à volonté,

selon que l'on voulait obtenir des sons plus graves ou plus sourds. On jouait de ce tambour en frottant les doigts sur la peau, ce qui demandait une certaine dextérité.

Le téponastlé, encore en usage dans quelques hameaux, est un cylindre creux, en bois, sans autres ouvertures que deux raies longitudinales, parallèles, et peu distantes l'une de l'autre. On frappe entre ces raies avec deux baguettes semblables à celles de nos tambours, mais recouvertes de caoutchouc, pour rendre le son plus doux. Les dimensions du téponastlé variaient beaucoup ; il y en avait de petits, que le musicien suspendait à son cou, et d'autres dont la longueur atteignait un mètre et demi. Pour en faire usage, on les posait sur un piédestal qui, assez souvent, représentait un homme accroupi, un tigre ou un singe. Le bruit produit par ce tambour, que nous avons plusieurs fois entendu résonner, a quelque chose de mélancolique et s'étend à plusieurs kilomètres.

Devons-nous, au nombre des instruments de musique aztèques, ranger les os de cerf, et même parfois humains, que l'on plaçait, le jour de leurs funérailles, entre les mains des morts de qualité ? Ces os, couverts d'entailles dans le sens de leur longueur, se frottaient soit l'un contre l'autre, soit contre un coquillage. On devine le son qu'ils produisaient, et qui certes manquait d'harmonie. Enfin, citons encore Vaxacaxtliy sorte de calebasse percée de trous que l'on remplissait de petites pierres. Ces énormes grelots, secoués de façon à suivre la mesure des autres instruments, faisaient office de castagnettes.

Les tambours, les flûtes, voire les conques, accompagnaient de leur bruit les hymnes chantés dans les temples, hymnes ps«ilmodiés sur un ton rude, monotone, fatigant pour des oreilles européennes. Mais les Aztèques y prenaient tant de plaisir, qu'ils chantaient parfois durant des journées entières. Malgré ce goul,

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