AQUEDUCS
écrit-il, possède à Mexico des maisons si vastes et si merveilleuses que je ne puis en mieux faire comprendre la beauté qu'en déclarant qu'il n'y en a pas de pareilles en Espagne. »> Le Conquérant anonyme manifeste la même admiration dans son intéressant opuscule, aussi bien que Bernai Diaz del Castillo dans son Histoire. Devons-nous croire que tant de témoins oculaires aient mal vu?
Les Mexicains, pour le bien-être des habitants de leurs villes, construisirent de nombreux aqueducs. Ceux qui amenaient à la capitale les eaux de Chapultépec, distantes de deux milles, étaient en pierre et mesuraient cinq pieds de haut et deux pas de large. L'eau arrivait jusqu'aux portes de la ville et se divisait pour aller alimenter les fontaines et les bassins. Deux aqueducs existaient, mais un seul fonctionnait à la fois, car on les nettoyait sans cesse, afin que l'eau arrivât toujours limpide. A Técutzinco, lieu de plaisance des rois de Texcoco, on voit encore l'aqueduc qui amenait l'eau dans le palais.
Le double aqueduc de Chapultépec suivait une route qui, de même que les chaussées construites sur le lac, sont d'irrécusables témoins de l'industrie des Mexicains. Mais c'est à Mexico même que brille le plus l'intelligence et le savoir de leurs architectes, car ils eurent à former, à consolider le terrain sur lequel ils devaient bâtir, en réunissant plusieurs îles. Outre cette lâche, il leur fallut édifier des digues et des murailles sur diflférents points de la vallée, afin de mettre la ville à l'abri des inondations qui, chaque année, menaçaient de l'anéantir.
On a prétendu que les Aztèques ne connaissaient pas la chaux ; celle assertion est démentie par leurs peintures, par les matricules encore existantes des tributs que les provinces devaient payer, et, mieux encore, par un simple regard jeté sur les édifices qu'ils ont construits et dont on peut admirer les ruines.
Mg voici au bout de ma lâche. Ce que je viens de rapporter sur riiisloire, la religion, le gouvernement, l'induslrie et les mœurs des Aztèques, est, à ma connaissance, tout ce que Ton sait pertinemment sur ce peuple que Cortez vint réduire à une servitude qui, moralement, dure encore. Fils d'Espagnols et d'Aztèques, les créoles, bien à tort, font fi de la race autrefois si orgueilleuse dont ils sont issus en partie. Ils lui ont pris son nom de Mexicains, lui laissant celui d'Indiens, dont ils se servent comme d'une qualification injurieuse. Et cependant, sur les dix millions d'hommes qui peuplent aujourd'hui le Mexique, deux tiers environ appartiennent à ces Nahoas que j'ai voulu faire revivre et qui semblent enfin se réveiller.
Loin de partager l'injuste dédain qui, hier encore, faisait de lui un paria, j'ai pendant vingt ans vécu côte à côte avec l'Indien, vers lequel m'attirait, à la grande surprise des créoles, une vive sympathie. Dès la première heure, je rêvai d'écrire l'histoire de son passé, qu'il ne sait plus lui-même. En somme, l'édifice existait, à demi écroulé il est vrai, couvert de lierre et de mousses, voilé, comme toutes les choses oubliées. Les matériaux étaient là, il s'agissait plus encore de déblayer et de réunir que de construire : c'est fait.