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ORGANISATION DES BACTÉRIES

Lorsque des Bactéries se développent dans un liquide et qu’elles s’y trouvent réunies en assez grande quantité, elles deviennent visibles à l’œil nu ; elles apparaissent ou comme un léger nuage, ou bien condensées en petits amas, dans le liquide, ou enfin formant une pellicule à sa surface, un dépôt sur les parois du vase et sur les objets qui baignent dans le liquide ambiant. Cependant prévenons de suite, avec M. Cohn (1), que le fait de l’absence de tout trouble dans un liquide n’exclue pas la possibilité de l’existence des Bactéries; leur présence peut ne pas se révéler à l’œil nu dans les liquides plus denses que l’eau (sérum, lymphe, etc.), lorsque le pouvoir réfringent de ces corpuscules est le même que celui du liquide. Ajoutons encore que quelquefois la coloration des Bactéries, coloration souvent très-faible et qui n’est aperçue que sous une certaine épaisseur d’organismes, sert à reconnaitre leur présence dans un milieu.

Si on examine ces nuages, ces amas, ces dépôts au

(1) Beitræge z. Biol. d. Pli., Il, p. 13"*

microscope, on les voit constitués par des myriades de petits corps, isolés ou groupés, arrondis ou linéaires, doués ou non de mouvement, quelquefois colorés. Ces variations constituent autant de caractères qui demandent à être étudiés avec quelques détails.

§ 1. — La Bactérie en général.

Forme. — Les Bactéries, entendues dans les limites admises aujourd’hui par la plupart des botanistes et considérées dans leur état d’isolement, se rapportent à deux formes principales : des corps globuleux ou Monades et des corps plus ou moins filiformes ou Bactéries proprement dites.

Les Bactéries globulaires comprennent des organismes ordinairement arrondis, ovoïdes, s’allongeant quelquefois en tubes (Warming, Danm. Bakt., pl. VII, fig. 1, c). Le Menas Crepusculum d’Ehrenberg (. In fus .. pl. I, fig. 1) peut être pris comme type. On y rapporte aussi les Micrococcus d’Hallier, les Microsporon de Klebs (non cf. M. Fur fur), les formes arrondies des Amylobacter de M. Trécul, et peut-être les Wicrozyma de M. Béchamp. On verra plus loin que ce sont très-probablement des phases de développement des spores de Bactéries proprement dites.

Les Bactéries non globulaires présentent une plus grande diversité de formes : elles peuvent être droites , ondulées ou contournées en spirale.

Les Bactéries rectilignes sont, les unes, exactement cylindriques dans toute leur étendue, et dans ce cas elles lorment ou des cylindres très-courts, comme dans les

Bacterium Cohn ( Bact . Lincula , Cohn, Beit ., II, pl. III, fig. il, 12), ou des cylindres dont la longueur dépasse plusieurs fois l’épaisseur, comme dans les Bactéridies (Bacillus Bina Cohn, id. , fig. 15); — d’autres sont renflées au milieu, avec leurs extrémités arrondies, telles que certaines formes du Vibrio Serpcns (Warming, loc. cits , fig. 4, E); — d’autres encore, fusiformes , renflées au milieu et atténuées aux deux extrémités : cf. Bacterium fusiforme (Warm., /. c., pl. VIII, fig. 8), les Amylobacter des fibres du liber du figuier et des laticifères de VAmsonia latifolia (Ch. Robin, Micr p. 934, fig. 291, f, h, m, n). — Des B. rectilignes renflées aux deux extrémités se rencontrent pendant la vie de certaines espèces, chez les Baet. IJneola , B. Termo , par exemple, surtout lorsqu’on les transporte dans un milieu plus favorable; cette modification précède, du reste, généralement, la segmentation de la Bactérie (Hoffmann, A. S. N. ., 1869, pl. 1, fig. 6. — Cohn, 1. c., fig. 8. — Warming, l. c., pl. VIII, fig. 18, 25). — Enfin, on rencontre parfois des Bactéries renflées à une de leurs extrémités seulement; la partie renflée présente souvent un petit point clair et quelquefois une spore évidente ; nous verrons plus tard la signification de cette particularité (Hoffm., I. c., fig. 4. — Cohn, /. c.,, fig. 13. — Warm., /. c., p. IX, fig. 1, F). A ces B. claviformos, on peut rapporter le Bacterium capitatum Dav., les Hélobactéries de Billroth et certains Amylobacter capités du Ficus Carica , etc. (Ch. Robin, /. c., fig. 291, a, c, d, 1).

Les Bactéries ondulées constituent les "Vibrions proprement dits (V. Bugula , Serpens , etc.).

Les Bactéries contournées en spirale, dont les tours

sont plus ou moins serrés, ont été nommées Spirillum , Spirochœte , etc.

Dimensions. — Les dimensions des Bactéries oscillent dans les limites les plus variables; mais d’une façon générale, on peut dire que ce sont les plus petits de tous les êtres microscopiques; quelques-uns d’entre eux sont situés à la limite du pouvoir grossissant des microscopes les plus parfaits et leurs proportions en longueur et en largeur sont comprises dans les limites des erreurs d’observation.

Les Bactériens les plus petits sont les Bactériens globulaires ; les dimensions de quelques espèces sont si exiguës qu’on ne peut les mesurer directement.

Les plus grands sont les Spirillum qui atteignent 2/10 de millimètre de longueur.

Entre ces deux extrêmes, il y a tous les intermédiaires possibles ; voici du reste la dimension de quelques Bactéries, en millièmes de millimètre.

Monas vinosa : 0,5 p. de diamètre à 1 de largeur, sur 3 à 4 p. de longueur.

Bacterium Termo : larg. 0,6 à 0,8 p. ;

Vibrio Lin cola : — 0,5 àl pt;

Bacillus Ulna : — 0,7 à 1 g ;

B. anthracis : — 1 à 2 jo. ;

Spirillum volutans : — 7 p.;

a, de 0,5 p. à 1 (x

long. 2 à 3 p..

Plusieurs auteurs se fondant exclusivement sur ce caractère de dimensions, ont divisé les Monades et les Bactéries suivant leur grosseur.

Ainsi Hoffmann ne reconnaît, en dehors des Monades

que des Microbactéries, des Mésobactéries et des Macrobactéries (1).

De même Billroth classe les Monades suivant leurs dimensions en Micro-méso-méga-coccos , et les Bactéries en Micro-méso-méga-bactéries.

Enfin Klebs sépare des Mieroeoccos les Microsporines, qui n'en diffèrent que par leurs dimensions bien plus petites, les uns et les autres pouvant passer à l’état de Bactéries.

Coloration. — Les phénomènes de coloration des Bactéries n’ont été signalés que depuis peu de temps. « On s’est peu occupé de la coloration des Bactéries tenues généralement pour incolores , » disait M. de Seynes, en 1874 (2); et récemment M. de Lanessan: « les Bactéries sont ordinairement tout à fait incolores » (3). Cependant M. F. Cohn avait déjà insisté sur les Bactéries glooulaires chromogènes ou de la fermentation pigmentaire (4), sur les colorations produites par diverses Monades étudiées du reste depuis longtemps par les micrographes.

Observons à ce sujet que les Bactéries qui sont susceptibles de coloration appartiennent à deux groupes bien différents: les unes sont des organismes colorés, toujours connus comme tels, mais qui n étaient pas rapportés aux Bactériens, comme les diverses Monades, qui sont devenues les Micrococcus prodigiosus , cyaneus ,

(1) Mém. sur les Bactéries. A. S. N ., 1869, Bol., t. XI, p. 7.

(2) De qq. phénom. de coloration chez les Bactéries, in Assoc. fr. pour l’avanc. des sc., Session de Lille, 1874, p. 414.

(3) Dictionn. de bot. de M. Bâillon, art. Bactéries, t. I, p. 342.

(4) Cohn in Beitrage... II. p. 150.— Voy. Rev. illustrée, 1875, n° 11, p. 129.

Magnin

aurantiacus Cohn, etc. ; le second groupe renferme des Bactéries proprement dites absorbant les matières colo rantes des végétaux sur lesquels elles sont fixées en parasites ou des milieux dans lesquels elles vivent; il en est ainsi des Bactéries observées par M. de Seynes sur le Penicillum glaucum (1, jet peut-être des Vibrio synxanthus et syncyanus Ehrerib., qui donnent au lait une coloration jaune ou bleue suivant l’espèce. Nous reviendrons sur ce sujet à propos de la nutrition des Bactéries (Bobin, Leçons sur les humeurs, etc., 1867, p. 415).

Quant aux Monades à coloration propre, elles ont été spécialement étudiées dès 1838 par Duna! (2), puis par Morren (3) et Ehrenberg, de nos jours par MM. Bay- Lankester (4), Cohn (5), Klein (6), et en dernier lieu par MM. Warming (7) et Giard (8) ; elles se rencontrent dans les milieux les plus divers, l’eau de mer, les sources thermales sulfureuses, l’eau douce contenant des matières animales ou végétales en putréfaction ; elles apparaissent quelquefoissurlepain, les mets,engénéralsurdes aliments cuits., placés dans l’air humide. Les colorations diverses qu’elles revêtent sont: le rouge, le jaune, l’orangé et le bleu. C’est probablement à des organismes analo-

(1) C. R. Acad, des sc., 11 déc. 1871.

(2) Ann. des sc. nat., 1838, t. IX, p. 17 2.

(3) Recherches sur la rubéfaction des eaux in Nouv. mém. de l’Acad. de Bruxelles, 1841, t. XIV.

(4) On a Peach-coloured Bacterium in Quat. Journ. of miscrosc. sc., 1873, vol. XIII, p. 66 ; 1876, vol. XVI, p. 27.

(o) The Peach-coloured Bacterium, ibid 1874, vol. XIV.

(6) Note on a Pink-coloured Spirillum, ibid., 1873, vol. XV.

(7) Observât, sur quelques Bactéries des côtes du Danemark, 1876.

(8) Elude sur une Bactérie chromogène des eaux de rouissage du lin dons Rev. des sc. nat. de Montpellier, mars 1877, t. V.

gués qu’il faut attribuer la coloration bleue présentée par le pus dans certaines circonstances, la coloration verte et bleue étudiée par M. Chalvet (1), et les colorations jaune-orangé, rouge-vif, bleue, que G. Eberth a observées dans la sueur (2).

En Norvège, les Bactéries rouges apparaissent en été en masses si considérables que le rivage de la mer se colore parfois d’un rouge intense (Warming).

Mouvement. — Les Bactéries se rencontrent sous deux états différents : elles sont agiles ou immobiles ; mais il est bien prouvé maintenant que, chez la plupart, la meme espèce peut se présenter tantôt à l’état de repos, tantôt à l’état de mouvement.

Les mouvements de la Bactérie sont de deux sortes : un mouvement du corpuscule sur lui-même et un mouvementde translation. Le premier n’est quelquefois qu’un simple mouvement moléculaire ou brownien, ce qui a lieu chez les plus petites formes ; mais d’autres fois, il est plus étendu et consiste ou en un mouvement de rotation autour de l'axe, ou en mouvement d’inflexion du corpuscule ; cette flexibilité s’observe surtout chez les longues formes des Bacillus , chez les Vibrions, etc. Quant au mouvement de translation, il est fort variable ; tantôt lent, tantôt rapide, il est en rapport avec la longueur et la forme de la Bactérie. M. Colin en a bien décrit toutes les modifications dans les lignes suivantes (3) :

(1) Recherches sur la coloration verte et bleue observée au voisinage des plaies et confondue avec la véritable suppuration bleue. Paris 1873.

(2) Untersuch. über die Bakterien : die B. im Schwciss in Arch. f. path. Anat. u. Phys., t. LXII, p. 504.

(3) Voy. Revue illustrée, 2° année, 1875, n° 10, p. 112.

« Presque toutes les Bactéries possèdent deux modes de vie différents caractérisés par le repos et le mouvement.

« Dans certaines conditions elles sont excessivement mobiles, et lorsqu’elles fourmillent dans une goutte d’eau elles présentent un spectacle attrayant, semblable à celui d’un essaim de moucherons ou d'une fourmilière. Les Bactéries s’avancent en nageant, puis reculent sans se retourner, ou bien décrivent des lignes circulaires ; tantôt elles s’avancent vivement comme un trait, tantôt elles tournent sur elles-mêmes comme une toupie ; parfois elles se reposent longtemps, pour partir comme l’éclair. Les longues Bactéries en baguette tordent leur corps en nageant, tantôt avec lenteur, tantôt avec adresse et agilité, comme si elles essayaient de se frayer un passage à travers des obstacles. C’est ainsi que le poisson cherche un chemin à travers les plantes aquatiques. Elles restent quelque temps tranquilles comme pour se reposer un instant ; tout à coup la petite baguette se met à osciller et puis nage brusquement en arrière pour s’élancer de nouveau quelques instants après. Tous ces mouvements sont accompagnés d’un second mouvement analogue à celui d’une vis qui se meut dans un écrou. Lorsque les Vibrions en forme de vrille tournent rapidement autour de leur axe, ils produisent une singulière illusion, on croirait qu’ils serpentent comme l’anguille, bien qu’ils soient complètement rigides. »

Les causes du mouvement ont été cherchées d'abord dans la nature prétendue animale des Bactéries, et les mouvements assimilés par conséquent à des mouvements volontaires; mais cette opinion n’est plus soutenable. des mouvements analogues s’observant chez un grand nombre d'organismes végétaux, tels que les

Diatomées, les Oscillaires, les spores des Algues et des Champignons, etc.

On les a attribués aussi à l’existence d’appendices locomoteurs (Ehrenberg); mais bien que les cils, niés d’abord par la plupart des micrographes, aient été vus depuis chez presque toutes les Bactéries, les botanistes qui les ont le mieux étudiés, M. Warming , par exemple, reconnaissent qu’il n’est guère probable que ces organismes soient la cause de leurs mouvements, car « on rencontre des exemplaires dont le corps se tient immobile pendant que le cil s’agite violemmenr, et d’autres dont le corps se meut tandis que les cils restent inertes ou traînent par derrière (1). »

Les mouvements paraissent plutôt sous la dépendance de la nutrition ou de la respiration, et en particulier de la présence de l’oxygène (Cohn) ; en effet, lorsque ce gaz fait défaut, les Bactéries deviennent immobiles. Du reste l’immobilité ou la mort des Bactéries peut être déterminée par le défaut de nourriture, l’empoisonnement avec différentes substances toxiques : le chloroforme, l’iode, etc., la dessication, etc.

On a voulu se servir des caractères tirés de l’existence ou de l’absence des mouvements, de leurs formes, pour classer les Bactéries; mais ce que nous venons d’exposer montre bien qu’on ne peut prendre ces phénomènes transitoires pour des caractères génériques ou spécifiques.

Structure. — On a cru pendant longtemps que les Bactéries étaient constituées par des masses amorphes

(i) Observât, sur quelques Bactéries qui se rencontrent sur les côtes du Danemark, Copenhague. iSTa. p. 31.

de protoplasme ou par des bâtonnets solides. Les recherches de M. Hoffmann (1) ont montré qu’elles on une structure vraiment cellulaire. Nous allons donc décrire successivement leur membrane, le contenu et les diverses substances qui y ont été signalées, et les cils qu’on peut considérer comme une dépendance du protoplasme.

Membrane cellulaire. — L’excessive petitesse des Bactéries empêche le plus souvent la constatation directe de la membrane cellulaire, et l’existence de cette enveloppe n’est jusqu’à présent bien démontrée que par des preuves indirectes, des réactions chimiques, par exemple.

Ainsi M. Hoffmann (dans le mémoire cité plus haut, p. 7), constate l’existence de l’enveloppe cellulaire quand le « contenu, qui est un plasma transparent, se coagule en partie, comme il arrive parfois, ou disparaît; il est alors remplacé par de l’air qui dessine précisément la forme de la cellule bactérienne normale. » De même, M. Eug. Warming n’est parvenu à voir la membrane, « qui apparaît très -distinctement, que lorsqu’il s’est formé une vacuole tout contre la périphérie. »

D’un autre côté, la manière dont les Bactéries se comportent avec les agents chimiques prouvent qu’elles ont une carapace de nature cellulosique, se colorant par la teinture d’iode, ne se détruisant pas par la potasse, l’ammoniaque (Ch. Robin), les acides même, et résistant excessivement longtemps à la putréfaction ; elle se

(1) Botan. Zeit., 18G3, p. 304. — Ann. sc. nat., 18G9, sér. 5, t. XI,

rapproche par là de la membrane de cellulose des cellules végétales (Colin) (1).

Cependant nous devons ajouter que M. Cohn assure être arrivé, avec de puissants grossissements, à voir directement la membrane cellulaire (loc. cit ., p. 138) ; par contre, M. Eug. Warming dit n’y avoir jamais réussi. Ce dernier observateur fait de plus remarquer que la résistance de la Bactérie aux acides, aux alcalis, etc., ne semble pas prouver l’existence d’une membrane, « attendu que ce peut être le résultat d’une manière d’être particulière du plasma, qui, chez toutes les Bactéries, est d’une nature plus consistante que chez les autres plantes. »

Enfin la membrane peut être chez quelques Bactéries tendre, flexible et susceptible de mouvements de torsion; dans d’autres elle est rigide et incapable de se fléchir. M. Cohn pense aussi qu’elle peut se gonfler et se résoudre en mucilage, ce qui expliquerait l’origine de cette substance dans les Zooglœn.

Protoplasme. — Le contenu de la cellule est une substance azotée, en général incolore, réfractant la lumière plus que l’eau.

Dans les espèces les plus ténues, ce protoplasme paraît homogène; mais dans les Bactéries moyennes et surtout dans les grandes espèces, le contenu de la cellule renferme des parties plus réfringentes, des vacuoles, des granulations spéciales et quelquefois des matières colorantes diverses.

M. Cohn a signalé le premier les mouvements du protoplasme, dont les courants auraient lieu surtout dans la

(1) Beitræge, op. cit., p. 138.

partie centrale, la partie périphérique restant homogène et immobile. Les vacuoles se trouvent aussi dans la partie centrale ; cependant M. Warmingqui les a observées chez les Monas Okenii , Vibrio Rugula , V. Serpens , et Spirillum Undula var. littoreum, les a vues tantôt dans le milieu du plasma, tantôt près de la paroi extérieure.

Les granulations qu’on observe dans le protoplasme ont été considérées par Ehrenberg comme des vésicules stomacales ou des ovules. Elles sont de deux sortes : les unes très-réfringentes , non bordées d’un cercle foncé, ne sont pour M. Warming que des parcelles plus compactes du protoplasme; les secondes, très-réfringentes aussi, mais entourées d’un cercle noir, puis brun, ressemblent à des gouttes d’huile et ont été prises pour des granulations graisseuses ; mais les recherches récentes de MM. Cramer, Cohn et Warming ont prouvé que, quelques-unes d’entre elles du moins, sont formées par du soufre crislallin.

En effet elles ne sont solubles ni dans l’acide chlorhydrique, ni dans l’eau bouillante ; mais elles se dissolvent dans l’alcool absolu, dans la potasse et le sulfite de soude à chaud, dans l’acide azotique et le chlorure de potassium à la température ordinaire, ainsi que dans le sulfure de carbone , lorsque la membrane difficilement perméable a été détruite préalablement par l’acide sulfurique; bien que leurs petites dimensions et leur grand pouvoir réfringent empêchent de distinguer avec certitude si ce sont des cristaux de soufre, comme elles sont bi-réfringentes à la lumière polarisée, on ne saurait douter de leur nature cristalline (IL

(1) Cohn. Beitræge... 1875, 3e Hft., p. 177-179.

Ces globules sulfureux ont été observés dans les Monas Okemi , Bacteriumsulfura/vm, Ophidomonas, et les diverses espèces de Beggiatoa , soit de l’eau douce ou de mer corrompue, soit des eaux thermales sulfureuses. On verra, lorsque nous parlerons de la physiologie de ces organismes, quel est leur rôle dans l’élimination du soufre et la formation de l’hydrogène sulfuré.

Nous avons dit, à propos des Bactéries colorées , que les unes empruntent leur coloration aux milieux ambiants, que d’autres, au contraire, ont une coloration propre. Le protoplasme de ces dernières contient une matière colorante granuleuse, qui est ordinairement jaune, bleue ou rouge. Les matières colorantes rouges sont les plus fréquentes ; ce sont aussi celles qui ont été les mieux étudiées et qui paraissent les mieux connues,

L’une d’entre elles qui colore en rose fleur de pêcheries Bacterium rubescens Ray-Lank. ( Clathrocystis roseopersicina Cohn), Monas vinosa Ehrb., M. Okenii Colin, il/, gracilis Warming, Rhabdomonas rosea Colin, Monas Warmingii Cohn, Ophidomonas sangumea Elirb., Merismopedia littoralis Rabenh., etc., a été étudiée par M. Ray- Lankester qui lui a donné le nom de Bactèno-purpurine ; c’est une substance insoluble dans l’eau, soluble dans l’alcool, l’éther, l’acide carboiique, la glycérine, les huiles grasses; ce qui la rapproche de la chlorophylle. Elle a, du reste, un spectre caractéristique (1).

D’autres matières colorantes rouges, mais qui paraissent différentes, ont été signalées dans les Monas prodigiosa Ehrb. . Bucillus ruber Cohn, Micrococcus fulvus Cohn.

(1) Rav-Lankester. On a Peach-coloured Bacterium (B. rubescens) in Quat. Journ. of micrcsc Sciences, 1873, vol. XIII, p. 66.

Il ne faut pas les confondre avec la matière colorante pourpre d’autres Algues, comme celle du Porphyridium cruentum (1), qui provient d'un mélange de chlorophylle et de phycoérythrine. Les Bactéries ne renferment jamais de chlorophylle.

Ace sujet, il est intéressant de rappeler la constitution protoplasmique des Amylobacter de M. Trécul ; ces organismes sont pour M. Van Tieghem des Bactéries auxquelles il a donné le nom de Bacillus Amylobacter , et qui ne diffère du B. subtilis , que par « un caractère spécifique, essentiellement transitoire, la présence A amidon amorphe, formé et mis en réserve pendant la période de grossissement pour être réemployé plus tard et consommé pendant la phase reproductrice » (2).

Cils. Ces appendices qui avaient été déjà signalés par Ehrenberg chez le Bacterium triloculare , n’avaient pas été revus depuis. Aujourd’hui des recherches récentes permettent d’affirmer que les cils existent sans aucun doute chez toutes les vraies Bactéries, Bacillus , Bacterium , Spirillum. Ils ont été aperçus chez un grand nombre de formes : Spirillum volutans , Sp. Undula , T7 ibrio Bur/ula, Spiromonas Cohnii, Vibrio Serpens , plusieurs espèces de Bacillus. Ce n’est que chez les plus petites Bactéries qu’il a été jusqu’à présent impossible de constater leur présence. Cependant MM. Ballinger et Drysdale en ont vu récemment chez le Bacterium

(1) Cf .Ant Magnin : Sur le développement du Porph. cruentum. (Ann. Soc. bot., Lyon, 1873.)

(2) Trécul. Corupt. Rend. Acad, sc., lSoli, t. LXI, p. 156 et 436. — Nylander. Bull. Soc. bot. Fr.. 1865, t. XTJ, p. 393. — Ch. Robin. Du Microscope. 1877. dd. 933-936. — P. Van Ti&giiwn. Bull. Soc. bot. Fr., 1877, t. XXIV, p. loi.

Termo (Cohn, Warming, loc. cit.). M. Warming en a aperçu jusqu’à deux ou trois, sur un seul pôle, chez l’ Ophidomonas sanguine a, le Spirillum vàlutans var. robustum, et le Vibrio Rugula.

§ 2. Des divers modes de groupement des Bactéries.

Les Bactéries se rencontrent dans les divers milieux sous deux états : libres, isolées (Bactéries unicellulaires), ou réunies plusieurs ensemble, soit en chaînettes, en filaments, soit en masses plus ou moins étendues, quelquefois à l’aide d’une substance muqueuse qui les englobe.

Les Bactéries unicellulaires, libres, se trouvent chez les Spirillum , les Bacillus , les Monas, etc.

Lorsqu’elles sont réunies, elles se groupent d’après les modes suivants :

1° Forme de chaînette : Torula , Leptothrix. — Le mode de multiplication le plus ordinaire des Bactéries est la scissiparité ; chaque corpuscule se sectionne, transversalement et donne naissance à deux individus nouveaux, qui tantôt se séparent complètement l'un de l’autre, pour former des Bactéries unicellulaires, tantôt restent unis et, se segmentant à leur tour, forment ainsi une chaîne à articles plus ou moins nombreux.

Lorsque ces chaînes sont constituées par des Bactéries globulaires, elles ont été nommées des Tonda; si elles sont formées par des Bactéries filiformes, elles correspondent aux Leptothrix Ch. Robin et ait. auct. La différence morphologique des Torula et des Leptothrix réside en ceci que, dans les premiers, les articles sont séparés par des étranglements, ce qui n’a pas lieu chez

les seconds. Il est aussi à remarquer que jamais les Microbactéries ne prennent une de ces deux formes, d’après M. Cohn ; M. Warming assure cependant avoir rencontré la forme Torula chez les Bacterium Lineola , B. Catenula et B. Termo ?

M. Billroth a appelé ces deux formes de Bactéries, Streptococcos et Streptobacteria\ il a même cru devoir créer les mots de Diplococcos et de Diplobactérie pour les organismes constitués seulement par deux articles.

2° Forme de Zooglœa. — Généralement, quand les Bactéries sont en voie de multiplication active, elles restent groupées en masses, essaims, ou Zooglœa ; dans ces derniers, les Bactéries sont pressées les unes contre les autres, au milieu d’une substance visqueuse, hyaline, homogène, incolore, et constituent des amas plus ou moins diffus ou définis, en globes irréguliers, en grappes ou en tubes, nageant dans l’eau ou près de sa surface. Lorsque les Bactéries se multiplient abondamment, les cellules finissent par s’éloigner les unes des autres, et laissent entre elles des intervalles plus considérables; les flocons grossissent et atteignent parfois plusieurs centimètres.

La substance gélatineuse qui englobe les Bactéries, parait provenir d’une transformation, avec épaississement et gélification, de la membrane cellulaire de ces petits êtres, ou bien d’une sécrétion de leur protoplasme ; mais cette dernière manière de voir paraît moins plausible que la première (De Lanessan, loc. cil.)

Ce sont ordinairement les Bactéries globulaires (Micrococcus) et les Microbactéries ( Bacterium ) qui se présentent dans cet état; les Bactéries filiformes et les Spirillum ne se trouvent jamais dans les masses gélati-

neuses (Cohn). Cependant M. Ray-Lankester affirme avoir rencontré la forme Zooglœa du Spirillum tenue , et M. Klein celle des Spirillum Unclula et rosaceum. (Warming. op. cit , p. 35).

Notons aussi ce fait intéressant que M. Warming n’a jamais observé la forme de Zoogloea proprement dite, gélatineuseet épaisse, dans les infusions d’eau de mer.

Dans la terminologie de M. Billroth, les Zooglœa sont appelées Gliacoccos et Gliabacteria (de yXia, substance muqueuse).

3° Forme de Mycoderme. — Dans certains cas, les Bactéries se réunissent à la surface de l’eau ou des liquides dans lesquels elles se développent, pour y former une couche épaisse, une sorte de membrane. Cette production appelée Mycoderme par M. Pasteur, est une sorte de Zooglœa , mais elle en diffère par l’absence de matière intermédiaire muqueuse : les Bactéries y sont du reste immobiles, bien qu’elles soient vivantes, puisqu’elles viennent à la surface se mettre en contact avec l’oxygène qui leur est nécessaire.

On peut rapprocher des Mycodermes les Pétalococcos et les Pétalobactéries de M. Billroth.

4° Essaims. — Nous avons vu que les Bactéries filiformes et spiralées ne constituent pas ordinairement des Zooglœa : ces microphytes sont ou disséminés et libres, ou réunis en essaims. Cette formation peut s observer du reste avec toutes les Bactéries, lorsque, grâce à une nourriture abondante, elles se multiplient rapidement et se réunissent en masses considérables; elles y sont très-mobiles , tandis que dans les Zooglœa les corpuscules sont immobilisés par la substance glaireuse intermédiaire.

5° Précipité 'pulvérulent. — Lorsque, dans un liquide, les éléments nutritifs sont épuisés, les Bactéries cessent de se multiplier, tombent au fond du récipient, et le liquide s’éclaircit de plus en plus. Le dépôt formé de la sorte peut acquérir une épaisseur très-appréciable à l’œil nu.

Les Bactéries qui forment le précipité ne sont pas mortes, mais dans un état de repos temporaire : si l’on ajoute, en effet, de nouvelles quantités de matières alimentaires, on les voit se multiplier de nouveau, jusqu’à ce qu’elles les aient épuisées (Cohn).

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