COMMISSAIRES, ETC
à Todeiir de la poudre, jiiscpi'au- jour où il recevra le bapléaie de feu, c'est un devoir dont le pays s'acquilte.
Que le lils du soldai suive les cours de lY'Cole réj^iuicnlaire cl qu'il ail sa place aux exert ie<'s de l'arl rjvuinasrupie, c'esl une avaiuc de soins qu'il reml>oursera pins Uird au régiment, en devenant instructeur ou en cscaladnnl une redoute.
Mais renfant de troupe des cliiourmcs, bon Dieu ! à quelle cducatioa le réservez-vous? A quelles mœurs riuitiez-vous? C'est Téducation d'un chien de comt>at qu'on lui accorde par priviK^c. L'élève jonen de bonne heure avec sa |Mn>ie, il s'habituera à ses instincis, à ses allures. Son père le mènera en plaine quand il y aura grande chasse, ou évasion ; il lui apprendra à déjouer les crochets que le fugitif fait dans sa course. Il Texercera au Aair, à Tarrèt, à la lutte, à la curée ! Quelle affreuse chose I
Le forçai joue avec Tenfiinl du garde-chiourme, il se laisse mor-
dre par lui, il partage avec lui son pain, et le lendemain peut^élra, dans un accès homicide, il tuera le père! Tout est contraste dans ce monde-la, tout est imprévu dans cette vie exceptionnelle !
La surveillance des condamnés grève le budg(>t de 500, OIK) fr. Les économistes de la marine ont trouvé dans cette dépense un ar-
gumont en faveur de la suppression des bagnes. Un homme de savoir et de pratique qui, avant 1830, était directeur des travaux hydrauliques à Rochelbrt, M. Pruss, a prouvé que sans compromettre la sécurité on pouvait diminuer les frais de surveillance de moitié, et même remplacer avec ]»ofit de dépense, les compagnies de gardeschiourmes.
Ces ohscn\ allons niiraienl sans doute trouvé accueil pris de M. Hydc de NeuYiWt', alors ministre de In fn.iiiiu', (jui tlt-jù avait songé aux fécondes et iuiclligentes moditicatiuu:^ du régime deâ hagnes.
Aujourd'hui, il n'est plus question d'améliorer; on demande à détruire.
Les réformes du ministre homme de bien, les travaux de Tingénieur modeste, resteront dans le souvenir de ceux qui tiennent compte dtt bien qii^on a voulu faire.
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(mAM)li FAÏlGLi:. — VŒ DU \iM^Mù,
Dans la formule des Ion pénales, les législateurs devraient éviter
ralliaiice des mots dont le sens n'esl jKis précis. A combien (IMn— lerpn''lati(»i!8 n\i pas donné lion Texprcssioii Jes Irarau.v foicts.
Par tiavail forcé on peut ciitcndn' le travail do <|ii('i(ni(' iiatiiro qu'il soit, obligatoire pour le condainiu', et c'est ainsi «pTon l'explique administrali veulent dans les maisons centrales où les femmes subissent leur peine. Elles s'occupent de coulure ou de filature.
Le mot change de sens quand la peine s'applique à Thomine coupable, et il se traduit ainsi : Obligation d*un travail pour lequel la force est nécessaire; quelquefois même on a étendu la signification do mot force, et le coupable « été livré à des labeurs qu*il n*é1ait pas de nature & supporter.
il arrive de cette diversité d^applicalion, que la loi frappe également les femmes quelle qu'ail été leur position sociale, et qu'elle semble avoir deux mesures poui 1 homme. Le forçai qui a vécu dans le iiiontle et que k'S stalistupies nonunenl lettré^ c'est-îi-dire le condamne clevt' hors de la classe manouvrièi^e, est plus cruellement traité dans les ports que Tiioiiune illettré ou l'homme de labeur habitué aux rudes travaux dont les bras sont les instruments.
Quelques chefs iradiiiinistration ont voulu a j)liisii'iirs ijhkjucs rclablir le niveau entre ces deux jiositions. Des ditlicultés s'étant présentées, Ions les condainnép arrivant au ba*?nc, quel qu'ail été leur rang dans la soeiété, leurs habitudes, quels que soient leur erime et la durée de leur peine, sont livrés, sans d'autres exceptions que les malades, aux travaux les plus pénibles, travaux nommés la grande fatigw»
La grande fatigue est la première étape de la vie du forçat. Tous se trouvent, se coudoient, s*entr*aident, ae heurtent sur ce champ de travail où disparaissent toutes les distinctions du monde, tous lesorgumls de naissance ou d^édncation.
Un homme qui était lienrcnv ilans h; nioiido est tout à coui) frappé dans sa fortune, dans sou état, dans son honneur, dans sa liberté, par suite de désordres de conduite, ou par rentrainenieiil de ses pussions, ou par les crimes ({ue la haine, la jalousie, la vengeance lui ont fait commettre : il devient le sujet d'une accusation impérieuse, grave, capitale ; il est traîné au pied de la justice ; après toutes les tortures des débats, il succombe et il est condamné aux travaux forcés à perpétuité. La vie du monde, la vie des autres hommes est 6nie pour lui : plus de bonheur ! une infortune sans terme est pour jamais son lot, ses biens lui sont ravis et passent, de son vivant, à «es héritiers naturels ; il ne lui reste plus rien ; i*af<fcclion et la tendresse que des êtres jadis aimés lui i)rodiguaieiil s'ailailiiissent et s'éloignent sous l'iidluence d'autres aHéelions el d'autres intérêts; il est seul, déshonoré, dénué de tout secours, abandonné souvcul même par les personnes pour lesquelles il s'esl perdu.
Une voiture cellulaire le reçoit, triste, démoralisé, encore tout brisé du jugement qui vient de le frapper ; après une longue roule pendant laquelle il n'a vu ni le soleil ni un visage d'homme, il arrive au bs^ne. La porte de la voiture s'ouvre, des soldats Taîdenl à descendre, on le conduit ou plutôt on le porte dans une salle où Ton s'assure de son identité, où il est dépouillé de ses vêtements, lavé et habillé en forçat, c'esl-^ire avec une robe de mouy rouge, un pantalon de mouy jaune, une chemise de grosse toile écrue, de gros souliers ferrés el la tète rasée, el reçoit pmr unique
CnANDE PATIGCE. — VIE DU BAGNE. 93 coiffure un honiict de laiiie rouge ou de laine verle, suivant la caté- ■ goric qu^indique sa condamnation.
Le médecin du bagne Texamine ; s^il est trouvé valide, il est immédiatement accouplé avec un autre condamné, et on lui accorde trois jours de repos dans la salle où le chef du service a ordonné de le placer. .Le quatrième jour, il est mené au coup de canon de Diane, à six heures du malin dans l'hiver, à cinq heures dans Pété, aux travaux du port, travaux pénibles dont il n'a pas Tidée.
Pour l'accoupler, on rive au bas d'une des jambes une forte manille en fer à laquelle est atl;ichée une chaîne en fer com^rosée de
m ' LliS ir\(. NES.
(li\-liuil maillions, posant cnsemblii, avec la manille, prùs de sept kilogrammes, presque toujours avec un compagnon inconnu, qui <ltfière avec lui de caractère, de condition, de goût et de langage.
Ne sachant pas se mouvoir avec cette longue chaîne, dont il trainc la moitié, marchant avec difficulté et embarras, il fait ainsi son apprentissage.
Le soir, après uiio jonriu'c de falignes physiques cl morales, il est ramené en salle avec les antres, et il prend sa plate sur son banc, d*on il ne doit pins sortir jiis<|iran lendemain malin, on il est enchaîné au Hamas à huit heures du soir, sans en pouvoir descendre que pour aller aux latrines banales qui avoisinent son banc.
A huit heures (heure du silence général), il s'étend sur son banc, n*ayant pour se garantir du froid * qu'un mince matelas de dix-huit pouces de largeur et une couverture d'herbage qui enveloppe son corps recouvert de ses vêlements de forçat.
Aller aux excavations et aux mines, aux pompages des bassins, soit la nuit, soit le jour, selon les marées, à tous les ouvrages d*armements et de désarmements, au transport incessant de bois, de pierres, de fer, de plomb, de diverses matières, à des corvées innombrables, t'bafpïe joiif dans un pavs evirèmenieiil humide, où il pleut près «le MH) jours par au, être mouille (onte la jonniée, rentrer le soir dans cet état, se coucher sans avoir de vèliîuients de rechange, et ne retrouver en rentrant au bagne qu'une nourriture fi'uguUy tout cela est une vie bien triste, bien dure, malheureuse même pour les criminels, et assurément pour ceux qui y sont soumis ( ils sont en très grand nombre), on peut dire que la loi est exécutée dans toute sa rigueur.
Nous qui connaissons les secrets des familles, combien il y a d'honunes à plaindre dans cette agglomération de crimes, de faiblesses et de calamités!
Nous nous disons : Les forçats sont bien malheureux, quds que soient les crimes di>nt ils se sont rendus coupables !
Cette esquisse si expiessive de la vie du bagne, ce uVsl pas moi
> D'ordinaire il n'y a que les forçai» ée la faite iT^MCiive qnl ont un matdas. (V4rir aui livraisons snivanles.)
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GRANDE FATIGÏJE. — vu: DU BAGNE. 95
qui Tai tracée ; co disant rimprcsnon profonde que cause rexislence tlu condamne, prise dans son ensemble, j'aurais craint d'être accusé de faire du sentiment sur une matière qui demande à être appréciée arec san^froid. J'ai emprunté les premiers traits du tableau à une plume qui a une bien plus grande puissance persuasive que k mienne. L*auteur est un homme d^expéricnce et d'étude, un adminislralenr qui a des faits à Pappui des phmses : c'est un moraliste qui ne code aux élans de son cœur, dans une question sociale, que Ionique l;i ()itié s'associe u la raison. J'ai nommé M. Glcize, cojinmssaire du liagiie de liresl.
11 est à regretter que ce soif au moment où le bagne va peut-être exporter sa population dans les cabanons , qu'un homme se présente avec les preuves irrécusables qu'en améliorant au lieu de détruire la société, les mœurs et l'humanité peuvent trouver dans une loi existante des garanties qu'un enthousiasme irréfléchi va demander à des doctrines paradoxales.
A l'époque où l'on édifia le bagne de Brest, l'archîteelnrc n'épuisait pas les veilles à chercher le pr^hli nic de riuliiii dans la division des diverses parties d'un édilice; \m' un principo tout à lait opposé h cehii do la uiaçonnerie cellulaii i' , dans un ( spue donné, il s'agissait de placer le moins possible de couq>artiments. Ainsi, quand M. Choquet Lindu eut élevé les trois étages de son palais de pierre, qu'il eut ménagé avec art les voies de circulation et donné de grands passages à l'air vital, sans lequel une prison est un sépulcre, il se contenta de couper chaque étage en deux salles immenses, et le bagne de Brest existe et montre ce front imposant qui se développe sur un espace de 80 mètres au dessus des corderies, qui, à leur tour, servent de piédestal aux casernes de la marine ; ces trois édifices complètent un sévère amphithéâtre dont le premier degré est à l'industrie, le second à l'esclavage, le troisième à la survcillani'c.
Au milieu de chai^ue salle et contre la colonnade i|ui repose dans toute la longueur, se dresse sur un plan incliné un lit de camp en planches, nommé Tollard. A la partie suiiérieure est placée comme un porte-manteau la légère couverture en herbage dans laquelle le forçat se roule pendant la nuit sans jamais quitter
9« IKS BAGNKS.
st's vt'U'inents; an sommet tUi tollard est aussi lo iiiiiiu ro i\e matricule du coiulaïuué. 11 désigne la place qu'il occupe et qu'il doit pi*cndre chaque soir.
Chacune de ces salles contient cinq cents condamnés, tous camarades du même Ht, qui est coupé cependant dans sa longueur, de cinq mètres en cinq mètres, par un passage où se trouve» en forme de niche, une latrine et un robinet donnant de Feau abondamment.
La desserte de ces latrines appartenait, il y a quelques années, au ^condamné blanchisseur qui lavait le linge des forçats dans Furine.
Ces détails repoussent à dire, niaig il faut bien montrer rincuric longiii' ijtii a régné sur ces lieux qui commencent à peine à sortir de leur fange.
Une série d'anneaux destinés à recevoir la chnîno di^ clia(|U(' iiidividu se prolonge au bord intérieur sur toute l'étendue du lit de camp.
La nourriture frugale dont parle M. Gleize est réglée ainsi par jour : 91 7 grammes de pain ou 700 grammes de Inscuit, 1 20 grammes de légumes secs (des l^ves), et pour l'assaisonnenient desquels on concède 4 grammes 9 centigrammes de beurre, ou 33 centigrammes d*huile et 10 grammes de sel; 48 centilitres de vin ou 96 centilitres de cidre sont ajoutés à la pitance quand le forçat est an travail.
tlhaqiu^ condanuié abandonne une portion de ses vivres pour alimenter la marmite banale où se lait la soupe.
Jamais le Torçat, à moins de cas de maladie, ne reçoit de viande, souvent les vivres sont des résidus avariés provenant des désarmements. A Rocheforl j'ai souvenir d*avoir vu distribuer du biscuit humide, presque moisi, ce qui fit dire à un condamné : Ce n^est pas là du biscuit, le biscuit boit le vin, mais celui-là boit de l'eau; c*est de l'épong^e.
M. Tupinicr, dont j'ai déjà signalé les opinions peu favorables au maiulit ii des Ivagnes, se rét rie sur le régime aliiiiciilairc , qu'il trouve trop confortable; stl(ni lui, le repas des condamnés est préférable aux moff {grossiers dont se conlenleni la plujjarl des paysans de la France cl les classes malaisées des grandes villes.
Diyilizeo by GoOglc