FERS. — AGGOUPLËMËNT. - DOUBLE CHAINE. — TRANSPORT 0ES CONDAMNÉS
Pour l'homme, la peine des travaux forcés c'est le lra\ail avec la chaîne. Puisque dans sa foi religieuse le chrétien reconnaît l'ange tombé, il faut qu'il reconnaisse l'homme déchu ; et alors même que cette chute ne serait que temporaire et que le repentir pourrait en relever, Phomme déchu doit avoir un signe distinclif qui marque son bannisaemënt de la grande famille humaine. N'esM^ pas une oiganiBation sociale 4|ui en vaille une autre, que odle où Pbonune de bien reste le mettre et dit à Phonune qui forfoit au pacte de famille ; Tu es neUm! une chaîne sera forgée pour toi et par toi; tu la perleras dans tes tniTaux, non pas eaaaae attache, car tu brises Vacier comme le fer, non comme torture physique, car je la rendrai aussi légère que possible, mais comme peine morale, comme un de ces signaux visibles à tous, placés sur les demeures atteintes de la contagion ; In la porU ras comme un symbole... et le repentir seul pourra la faire; tomber maillon par maillon. Voilà la théorie pénale de la chaîne du forçat.
Sous ce point de Tue et à ces conditions bien comprises, la chaîne est utile et efficace, mais il faut que l'homme déchu la porte comme la loi la lui a imposée et non comme Pinterprèie le règlement qui a ajouté Paccouplement, c'est-à-dire qui a substitué à la diatne pour un seul; la chaîne dont chaque extrémité est un homme.
C'est le hasard, le caprice, qui décident du compagnon de misère qu'on traînera avec soi ou qui vous traînera avec lui. L'espèce humaine, quel que soit le lieu qu'elle habite, a des instincts de domi-
m LES BAGNES.
nation ; et là où Jl y a deux êtres, il faut toujours quHl y ait maître et esclave. L'esclaTage dans Tesclavage est le loi de la moitié des accouplés. Alors, que de petites tyrannies subies pai* le martyr, que
de liitles sourdes e\ inaperçues dans l'association !
SouM'ut l.i [*uiil«Mue .tiimiiiisli.ilive accoii jilc une nature pleine de sc'vo et uiK' individualité iutnte qui n'a de Thomme qu(' Tciivelopix*. Alors l'idiot fait les fonctions de machine à enrayer; il arrête Télan de Tautre, il paralyse sa force; car, au bagne, Ténergie reçoit sa puissance électrique du frottement : si le corps dont eHe attend le fluide ne l'a pas, elle tourne à l'atonie.
(Test un supplice ajouté à un supplice, que cette vie à deux que le vocabulaire du bagne nomme accouplement. Cette communauté de chaîne est une servitude imposée au plus faible au profit du plus fort ou du plus vicieux; c*est souvent une exhortation aux pins honteux penchants : unions impures que certains administrateurs n'ont pas craint, dit-ou, de faire luurner aux intérêts de leur siirveillanco.
Tous les condamnés mis en couple ne lerminenl pas les différends qui s'élèvent entre eux comme les deux forçats dont je vais parler.
A l'heure du repos, en plein air, |)our les brigades qui ne rentrent pas^au bagne, un condamné s'était étendu sur une pièce de bois et se préparait à faire sa méridienne. Son camarade de chaîne voulait au contraire user de sa liberté et se promener dans un rayon de quelques mètres.
La chaîne du forçai est composée de dix-huit maillons : chaque maillon a 33 centimètres.
« Je joue les maillons, n dit le condamné qui se préparait h dormir, ol il tira de son honncl un jeu de caries dont la nuance ' alteslail <pie 1 article du règlement (|ni défend de jouer sous peine de la bastonnade, n'est pas plus en ligueur que celui qui défend de linncr.
Celui qui proposait la partie élail d'une nature à imposer sa volonté, plutôt qu'à recevoir le joug d'un caprice étranger. Il eût pu commander à l'autre le repos, el l'autre eAt obéi. 11 ne le fit pas, aussi le promeneur accepta-t-il la })roposition comme une faveur.