FERS. — ACCOUPLEMENT, ETC U
Le garde-chiounne fit semblant de ne pas voir, content qu'il est
quand le forçat joue, au lieu de penser
I>a })artie coinnienea, la chaîne rapprocha ses deux pôles, ils se trouvèrenl en contact; les anneaux inlennédiaires s'entassanl les uns sur les autres, lirent masse, et cet enjeu de leiraille qui pour le gagnant représentait la liberté d'agir, donna à la partie un attrait qu'elle n'eût pas reçu d'une pièce d'or.
On joua Timpériale.
D^abord cinq chaînons furent risqués de part et d*autre, le dormeur l'emporta. Au second coup le promeneur reconquit sa perle, an tMiâème et quatrième coup il gagna la partie.
Le petdant s'nécuta de bonne grâce, il suivit le camarade, qui se pranena en conquérant, moins étonné de sa victoire que de la soumission du vaincu.
Au retour dans les salles, la revanc he fui j»rohal)lenu'nt donnée, et la fortune changea les destinées, car j)cndanl deux jours je revis dans le port le promeneur de la veille au re|>os forcé, dont il j>araissait peu apprécier la douceur; à sou tour radvei-saii-e jouissait de sa victoire à sa manière, il dormait profondément.
A Rochefort, devant le magasin des vivres, il y avait une pompe à la(qpi0m: <|ea condamnés étaient joumellenient occupés. Je vis une di^piiilïi^^^^gager entre deux Ibrçâto; ils en vinrent aux mains sur le '^'^ fossé Isigti profond et plein d'eau bourbeuse.
èofBlwItanta 4talt un /forçat ehauuêlUf nom que por- ^pârmi b» cèndamnés, il y a quelques années, ceux que par în délivrait de la chaîne, à laqudle on substituait un anneau à la jambe ; l'adversaire était en couple, et son camarade de chaîne, dominé par la natuœ féroce de son c(inij»;i^non, n'osait s'int<Mposer jKïur faire cesser la lutte; il restait inipassihle, assis sur le lieMi du combat, attendant «pie le sort décidât s'il s<'rait eulrainc dans la fosse, où il se serait infailliblement noyé, avec le vaincu.
Un garde-chiourme, qui s'était éloigné, parut; le calme fut rétabU.
' Un ancii'ii coiuniissairc th-s cliiourmes avait (lonné |K>ur consigne à ses agents d'empècber autant que possible, ies coïKlainués ûepeHur, persuadé que leur Idtellit ne peui ain> qu'ime lenuiive «tongereiiM OMire Konire ou contre la propriété.
146 m: S BAGiNKS.
Voici coiniiuMit s'opère cet accouplement. A peine descendu ofi plutôt transporté, de la voiture cellulaire dont je parlerai tout à l'heure, le condamné est placé à plat ventre sur la souche ' ; un lorçfll lui fait plier le genou en lui élevant la jam}>e jusqu'à la hauteur d'ime enclume fixe ; un anneau d'acier nommé la maniUe lui embrasse la jambe, et aussitôt est fermé et rivé par le marteau du clialoupler
La chaîne est prise dans la manille. A l'aide d'un anneau de jonction, on marie les deux chaînes et on opère Vnrrouplenwiil ou la mise en couple.
Le condamné revêt une ceinture en cuir à laipielle est attaché un crochet de fer qui supporte luie partie de sji chaîne, et la relève le long de la jambe jusqu'à la ceinture.
Le bruit des chaînes que porle le forçai a inspiré de belle» pages à la pilié des poètes, à riiumanilé des philanlbrofies; ils en ont
• Pièce de boi6 propre ;mi ferreiiirnl.
• h'oiçni qui ferre et defetre.
t^fiUS. — ACCOUPLEMENT, ETC. ihl
appelé au temps et aii progrès de ce qu'ils nomment une insulte à la dignité de Thomme.
Apres les philanthropes et les poêles mni venus les éeoii(niiis(es : ils on! calculé combien chaque niillipramme de métal qui charge le condamné, porte de dommage à la force vive du travailleur, et ils ont TU ^ns Tadoption des chaînes un désordre tinancier.
Cependant, je pense, et mon témoignage n*est ici que Técho de Popinion d'hommes éclairés qui ont étudié cette matière, que s'il faut choisir entre les chaînes et le cabanon, sous le rapport moral comme sous le rapport hygiénique et professionnel, la chaîne du hagne, qui permet à l'homme le travail en plein air, qui lui laisse l'exercice de son libre arbitre, espèce de thermomètre moral par lequel l'administrafeur priil n»anaître les degrés ascendants ou descendants de SI iiHii alité, est préférable, pour le résultat qu^on doit en attendre, à risolenieiit individuel qui tue le corps et TinteUigence, et place Tâme dans un étal léthargique qui neutralise la faculté d'agir suivant sa volonté.
Quand un condamné aux travaux forcés sera resté plusieurs an-^ nées au milieu des ouvriers et du matériel d'un port de guerre où naissent de nombreuses occasions de larcin, quand cet homme aura vécu près de l'ouvrier libre sans lui dérober sa montre on son Tètenicnl, qu'il aura regardé, sans succomber à la tentation, le fer, le cuivre, rétuiipe qu'il a incessamment sous la main et que seul il a le droit d'appeler des richesses, puisqu'il peut se procurer, par leur moven , une noiirriliire un peu plus abonflante que sa ration journalière; si cet homme, dont le sang fermente, a subi sans révolte les brutalités dont ne sont pas toujours exempts les agents secondaires de la surveilknce; s'il a résisté au désir de l'évasion que les circonstances souvent favorisent ; s'il a fait taire des haines qu'il pouvait assouvir et des instincts qu'il lui eût été possible de^tisfaire; si enfin cet homme a été, ce qu'on nomme en langage administratif un bon forçai^ on pourra croire à bon droit, que |>oiir ce condamné rendu an monde, le chAtiment aura porté fruit et i\iw cet homme (h'vieiulra un membre de la société, sinon honorable, <lii moins paisible. Knfcrmez an contraire, dans les cellules, un homme donuiie \m' l'habitude du vol, qu'il demeure quel-
Digitizea by <jOOgle
m t£8 BAGNES.
ques années aitre quatre murailles éiroites, aucun objet ne ponm tenter sa cupidité. Il n'aura en h lutter contre ancnne passion;
captif, il sera fnrcéinenl lionnèle. Oui dira qu'une fois n inhi a la socit'U', le pit'uiier acte de son libi <• arbitre ne sera jias un démenti en action à la contrainte quMl aura éprouvée? ijuelle preuve oiatérielle aurcz-vous de sa conversion?
Au bagne, de nombreux Cfxcmplcs prouvent que le faussaire peut tirer parti de son art criminel ; s'il s'abstient de son industrie, si la surveillance intelligente voit est homme prtférer sur son banc le jeâne et la privation à un gain illicite qui pourrait adoucir sa vie de condamné, radminisirateur pourra avec confiance signakr à la clémence royale, comme repentir sincère, Thomme qui avait lapo»sibilité de persévérer dans le crime. Dans la cellule, quel acte pourra prouver que le faussaire se soit amendé? 11 en sera de même de cette nombreuse rlass*? de meurtriers que le moindre excès alcoolique, ou que Texaltution naturelle arme du poij^nard ou du couteau. A» bagne, il a chaque jour motif à ses emportements; \h, les vives antipathies se dessinent, il y a des vengeances terribles accomplies malgré la vigilance. Kh bieul si ces natures si communes, que la sévérité du jury atteint fréquemment, peuvent se dompter elles-mêmes, alors qu'elles avaient sous la main et les instraments de vengeance et Pobjel de leur haine, on' pourra dire encore : le bagne a fait une cure, la peine a amendé Thomme. Dans la cellule, aucun argument ne viendra témoigner de la transformation d'un meurtrier; si riiomine a soif de sang, c'est au suicide qu'il devra avoir recours.
Au bagne, il y a des hommes qui courent au-devant du prêtre, qui cherchent la consolation dans sa parole; ces liommes sont en minorité, et souvent ils sont l'objet des sarcasmes de la masse cor^ rompue au milieu de laquelle ils vivent en victimes. On peut dire : cette foi-là est vive, celte contrition est sincère et désinféressée. Je le prouverai par des faits quand je parierai du respectable abbé Marin, aumônier du bagne de Toulon, cette providence que le ciel a envoyée dans ce lieu de misères.
Dans la cellnlo, rhv|KMTisie aura Uniu jeu. Le prisonnier Mjra en contact avec l'honnue de charité sans avoir à lutter contre les
FBRS.~A0COUPLKIIBNT. ETC. Îk9
vocifécaiMNU ou les adn de brutalité de ses compagnons de cupti- ▼lté. La dane des condunnés est, de sa nature, tissentidlemeot
hypocrite; elle a Tintelligence des hommes qui ont momentanémenl un jwuvoir sur sa liberté; elle devine d'un coup d'o'il les qualités et les défauts des surveillants; elle llatte leurs idées ou leurs manies.
Un lait entre mille.
Dans nne maison centrale des environs de Paris, le directeur avait coutume de se laver la léte et le visage avec de Teau glacée; plosieun détenus le surprirent un jour pendant cette ablution, et dàs Je landcmain , à rbenre à laquelle cet administrateur vint fiHMvadiif'inipeetion dans la cour, il aperçut plusieurs condamnés exbitaut ," ira moyen de paUle enflammée, le dégel de la pompe. Quand Teau vint à couler, il vit ces détenus se placer à tour de rôle la téte sous le conduit; le lendemain, le nombre des amateui'S d'eau froide doubla. Il y eu eut même qui poussèrent la manie imitative si loin, qu'ils exposèi*ent à l'action de l'air leiu's cheveux mouillés, qui bientôt se couvrirent de glaçons ; il fallut que le chef de la prison intervint pour mettre fin à ces actes de bisarre courlisanerie.
Là où il faudra être pîeiiK. pa«r être liln», |0 condamné ne se fera pas début de pieusea démonstral»— L'aggloaÉMibn des condamnés est souvent un préservatif contre
l'invasion de l'hypocrisie morale on religieuse. Enfermes l'homme vicieux, dites-lui que voir» but est de le ramener à la vertu, je ne sais si vous parviendrez jamais à en faire un honnête homme; mais je suis certain que vous aurez improvist? un hypocrite, et le déyeloppement de ce vice sera logique, puisqu'il sera un premier pas ve^ia liberté. Pour étm conséquent avec le principe pliilanthro^ue avoué, vous ne pourrez pas garder captif un criminel régiinéilii -^BC IwBS les efforts du criminel tendront à faire croire a sa convÉrsion. Nom sommes peut-être appdés à voir de tristes résultats de ces aqpéi'iénces bumanilaires. Déjà la classe vicieuse a fait son plan de cam[)ague. Rn allant de Nantes à Brest, au mois de mai dernier, j'ai rencontié sur les bateaux de la Loire une caravane de gardiens de la nuiison de l oule\rauil, emigraut de celle
prison dont ils venaient de l'émettre la surveillance subalterne à de pauvix's frères des écoles chrétiennes, aujourdUiui transformés en guichetiers. Un de ces gardiens me cita des chansons de circonstance faites par les beaux esprits de la maison centrale. couplets, écrits en mauvais français et en argot mélangés, sont une obscène et sacrilège préface à Thistoire de rétablissement du régime cellulaire en France. Un de ces couplets était conçu ainsi :
Au lien du larloii • qui s*us('.
Le liavre a il faul inorfiler Au radeau * de la cambuse ^ Le razo est le fricolier".
C'est une nouvelle voie criminelle ouverte au vice ; la piété feinte «leviendra une protection, un sauf-conduit, une lettre de grâce;
. Pain. — » Dieu. — 'Manger. — • Coniploir. — * Cantine. — ''• Prilrc. — • Cuisinier.
. Digitize
FBttS. — ACCOUPLKHBNT, ETC. t51
devant raimiAnier le prisonnier priera ; en arrière il aiira ie Ua»-
phrme aux It'vies.
Je 1»' icdh, les chaînes dti haj^iic, même la double chaîne, me paraissent préférables aux moyens de répreeeion du régime solitaire.
La double chaîne est une longue et lourde entrave qui .attache à son banc d^indocile, le récidiviste ou Tevadé quand il subit un jugement à perpétuité. Cette attadie laisse au condamné la Êiculfc de faire quelques pas dans la salle où il vit tout le jour parmi ceux qui subissent la même peine, et oii il a surtout abondance d*air vital. Un maillon triangulaire, qu'on nomme marlhif-t^ réunit pendant la promenade dans le port, qu'on accord»; ijiielfpielois , plusieurs chaînes (les condamnés de cette catégorie; et la nuit il est iixé au ramas, anneau où aboutissent toutes les chaînes.
Il y a des hommes qui passent à la double chaîne des années entières; ce sont de ces natures indomptables ou incorrigibles qui ne voulant taire aucune concession à Tobéissance ou à l'esclavage, partagent leur vie entre la révolte et Tévasion.
Voilà le degré qui, après Téchafaud, est le dernier sur Téchelle des chRliments du bagne; mais cette captivité prolongée qui n'est cf 11 ( \i r jttionnelle et qui ne s'a|t|>li(|iie qu'à un petit nombre d'indi\i(liis, esl encore moins cruelle dans sc^s uclës que la repiessioii cellulaire avec sa pendaison ses nnneaux sou piton '\ et tout ce
■ La pendaison. — I-e condamné îi la pendaison a les hras fixés derrière le <U>-i, h Taide U'uœ barre de fer littui U » deux avant-bras, il e&t placé sur ua {«lit inarcbepietl élevé de tem de quelques centfmlttres et placé conlie an mar auquel cet scellé un anoeau très-fort, [^e patient, îk l'aide du Ter qui lie ses bras, est accroché k l'auneau Mellé dasa le mur, puis on relève le narcbepled sur lequel il lepoeaii,
■ LtMûnneaux. — Les bras mis en croix, sont fixés au moyen d'anneaux Kcellés; lr<> Jambes sont rortemenl liées près du rour, et la disposition des anneaux est telle que toujours le corps du condamné doit reposer sur la pointe des pieds. Cette peine a pour le patient un effet lerriMe,
* 10 pttm, — > Queue clons eu pltow sont Usés duna un mur, deux an peu plus haut
que lesbancbes, à la bauienrde la saignée des bras du patient, placéddNMK contre lo mur. pi les deux autres un peti ati-dessas des Jarrets. Ces clous servent k maintenir une forte corde qui comprime le paUent par chaque bras, l'ettoiiiac et les jambes, et le nnlntiennenl dans une tmnoblHlé complète. La durée de oe genre de torture est d^ dcui eu quatre heures. Quelques nomeuts suffisent pour arrêter la circulation du »ang,; et II est rare que révanouIsMoent ne s'ensuive pas...
m LBS BAGNBS.
qu^elle a déjà iUégaleinenl enfanté sous la protection de un isolement.
Au chapilrc (les évasions, nous avons vu que la double chaîne n'élail pas loiijotirs lui obstacle insurmontable quaiul il s'agissail de gafiiUT la lild ! Il 1! t-sl vrai (ju'il faut une adresse ot un esprit de rust' pou ix)inuiims pour tniiiijHT la surveillance des «gardes, qui tieiHU'til \v l'orrai indocile rlroitcnieut resserré , mais une lois qu'il e&i parvenu a couper ses liens avec le boitrinifue ou U Lime, il a moins à redouter Tinspection des fers, que le condamné qui chaque jour la subit en allant aux travaux et en en revenant.
S*il est facile au forçat de se débarrasser de -sa chaîne, il n'en est pas de même de la mamtU, Aussi, il arriw souvent qu'un évadé est repris après une longue course sans qu'il ait pu se dégager encore de Panneau fatal; quelques-uns, tirant parti d^une conturuialiun ])hysi(|ue exceptionnelle, ou se livrant ii des expériences orthopédiques sur i'u\-nièmes, jiarviennent, par de longs efforts, et après des souffrances cruelles, à passer le pied par Tauiieau qui embrasse la jambe
Un condamné, pris en flagrant délit et redoutant la bastonnade, révéla à un administrateur du bagne douze moyens de rompre les chaînes, ou de cacher les morsures que la lime ou le ciseau ont déjà feites ; pour compléter sa confidence', il détacha de son bonnet la plaque, d'ordinaire en fer-blanc, sur laquelle est inscrit le numéro de chaque condamné ; il la présenta à une chaîne, qui î»i sciée à rinstant. On comprend qu'a la phujue primitive avait été suLslituée tjne plu^no dentelée en a<'ier foruin et trçnipé. Le mémo fonrtionnaire eoutis<|ua un jour un panier en paille, dont chaque chalumeau écrasé rarhail une scie presque imperceptible.
Fichon, forçat à vie, subissant trois années de double chaîne, est roncontré, se promenant un jour dans le port de Toulon, regardant Gomplaisamment travailler les autres <i&ndamnés. Repris et ramené à son banc, qu'il venait de déserter, étroitement surveillé, et attaché à des liens plus forts, il recommence le lendemain sa promenade de la veille, et vient se replacer en observa* leur tranquille près du lieu oiVle jour précédent il avait été saisi. Pour cette seconde fugue, M. Renault, qui alors était commissaire
du bagne, iit metlre t ichoii au cachot. Quelques jours i^e passcul; M. Renault était venu inspecter les travaux avec M. le commissaire général; il s'informe, d'un adjudant, si Ficfaon est tranquille; Tadjudant lut apprend qu'on vient de saisir, il n'y a qu'un moment, dans son cacbot, une fausse clef cachée dans un pain, et une lime au fond d'une cruche d*eau. Ces instruments lui ayant été enlevés, et UntiM ehfilM le retenant, il est à croire que ce prisonnier ne leatew-lrts HAeVaôuvelle évasion.
L'adjndaot avait ù peine parlé, tpie le commissaire aperçut Fiction, qui se promenait tranquillement les mains derrière le dos.
« Qtîé faites-votis là, Fichon? lui dit M. Itenaull.
— Mais comme vous le voyez, mon coumiissaire, je prends un peu' d'air. Que m'ordonnez-vous? Je vais vous obéir. Faut-il retourner d'où je viens?
—^GmÉOb vous voudrea, lui dit le commissaire d'un air ironique ; piiisqn*il paraît que c'est un parti pris ches vous de ne plus obéir, agines à votre fantaisie. »
A cette réponse, (jni contrastait avec la sévérité si conuue du commisMlîre, Pichon fîit stupéiié ^ il ne put que balbutier : « Je vais aller > reprendre mes fers. »
En effet, une heure après, Tadjudanl vint aimoiu or que la porte du cachot, bun ieriiiée, avait été ouverte par Fichon, qui avait trouvé moyen de la reùoucier\ et qu'à la grande surprise de Tagenl, le condamné s'était referré de lui-même, sans qu'on trouviU auprî^s de lui aiMBun iostnmient de chaloupier.
Cette aventure fit sourire le commissaire. Quelques joiira après, il nnvaaya Fichon à sa salle, le soumettant à une surveillance par- . liculière.
Un des moyens les plus îngénienx mis en praticpie ]M)ur lu bris «les l'ei-s, fut dans un temps la suhsiiliitiori (Tuu ImmiIou cieux el d'une clavette mobile, au txniion pleni et a la cla\elle fixe que h' règlement a adoptés; mais si d'un côté le condamné est habile à- . trouver le secret de rompre ses entraves, l'administration est intelligente dans les recherches métallurgiques qu'elle fait pour conserver son personnel. C'est ainsi que M. le commisMin! Acnaull
• Refenuer.
154 • LES BAGNIiS.
élail parvenu, après un iKiiiveaii mode ffnviiicnl, à neutraliser tous les eflbrts des serruriei*s et mécaniciens du bagne. Le forçai se vengea en faisanl des caricatures contre le commissaire; car le bagne a aussi ses artistes satiriques.
11 y a quelques années, la philanthropie s'est beaucoup émue, au nom de la morale publique, du transport au bagne des condamnés par grandes cbaincs et chaînes volantes; eu effet, c'était un triste spectacle à voir, que cett(î mise en scène qui conmienç«it dans une coui- de Bicéire, et s'étendait sur toute la route de Paris à Brest et de Paris a Toulon.
Les premiers apprêts du ferrement se faisaient dans la cour de Bicéire, qui était alors une maison de force et un hospice. Quelques hommes à ligure sinistre se promenaient de long en large. Iles condamnés à la détention, remplissant, dans celle maison, l'office de valcls, apportaient bientôt des charges de chaînes pr'sanles et une quantité de ferrements, (l'était le prélude de la cérémonie qui allait avoir lieu. A un coup de sifflet, une bande de vingt à trente con-
FERS. - ACCOUPLEMENT, STC 155
«laiiméi aorUiil de la petite porte ou guichet qui conduisait à la seconde oour^ on les dépouillait du vêtement de la maiflon^ un eiamen rigoureux se faimît dans toutes les parties de leurs eorps ; on leur
jelml après celle visite une espèce de saii.iii en loile grisj'itre pour couvrir leur nudiU:. Pendant cette opération, un dos geôliers avait rangé à terre une ligne de pesants collici"S. Un second hrnil <ie siftlet se faisait entendre, et cliaque forçai était piaa'i derrière uu ferrement; une main liabiluée à Tœuvre élevait jusqu^an cou du condamné cette sorte de carcan fait en triangle. Quand toutes les têtes avaient reçu ce collier, un porte-clefs ouvrier, armé d*un lourd marteau, passait derrière chaque condamné, et d*un énorme coup porté adroitement, il rivait le houlon qui fermait le triangle. Au moment du coup, le forçat inclinait la tête en avant par un mouvement de crainte.
La chaîne qui rclenail les forçats unis ensemble, passait du collier à la ceinture, et remontait de la ceinlure an collier do celui qui suivait, jusqu'à la lin du peloton; puis une longue chaîne longitudinale reliait toulc la colonne, qui se composait quelquefois de plus de deux cents condamnés.
Le représentant de l'entrepreneur du transport, auquel on donnait le titre de capitaine de la chaîne, prenait le commandement de ce bataillon d'esclaves, et avait pour auxiliaire une compagnie de salariés, soldais volonlaireîi recrutés sur le^ places publiques, qui s'enrôlaient pour luie campagne, stHinils par une \oi\c paie.
Après une messe dite a la chapelle l't (pielqnes paroles d'irspoîr et d'encouragement prononcées par un aumônier, un dernier signal se faisait entendre ; Tcnorme porte de la prison ouvrait ses deux battants; les forçats, placés sur des charrettes longues, sortaient de Bicêtre, et derrière eux suivaient les fourgons de cuisine et un cabriolel-palache, dans lequel montaient le capitaine de la chaîne, le chirurgien prépoié aux soins à donner aux forçats malades, et un employé du ministère de Tintérieur, (pii prenait le nom de commissaire, et était revêtu d'un mandat d'inspection sur l'exécution des articles imposés à rcntrepreneur du lrans|K)rt par le cahier des charges, et nue lorle escorte de gendarmerie se plaçait sur les lianes du convoi.
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U6 LES PAGNËS.
A quelques kîlomèlres de la ville, les forçats descetiUaîent de letira chariots, la chaîne se dirigeait vers un lieu écarté ; là» chacun se dépouillait de ses yélements. A un coup de sifflet, ils battaient des mains pour montrer qu'ils n'avaient rien de caché entre les doigts ; quelques gardes procédaient pour la seconde fois a l'investigation la plus minutieuse de loutes les parties du corps.
Sur |>lusi('ms points de la rouU:, des détaclienients plus ou nioiiiï* nombreux d liuiunies condamnés pur les coui*s d'assises des départements du centre étaient amenés par la maréchaussée ; ces groupée ou chaînes volantes qui portaient le nom du chef-lieu , et qui s'ap^ pelaient, sur la route de Brest : cordon d'Angers, cordon de Nantes, etc., et sur la roule de Toulon : cordon d'Auxerrè, cordon de Moulins, cordon de Clermont, etc., venaient se fondre dans la masse et la grossir.
Les Imites pour le repas et \wur le sonmieil se faisaient dans les étables ou dans les écuries d'aiiluiges» ; la chaîne marchait par étapes, et celle de Toulon, parcourait le plus long trajet, arrivait à sa destination après trente-cinq jours.
Le départ de Bicétre avait pour témoins une nombreuse popula-* (ion d'oisifs qui se ruaient au-devant du spectacle des misères el de rabaissement de l'homme; quelques-uns des spectateurs avaient le sarcasme ou l'injure à la boudie, et le condamné, objet d'une avide curiosité, on point de mire da mépris qui s'exhalait en paroles ou-* trageanles, se redressait dans son ignominie, et tirait à vanité de se montrer en révolté incorrigible ; il s'enorgueillissait de livrer un dernier combat à Tordre moral el a la société, en jotaui a eet te foule empressée des paroles obscènes et des nieiiaees |)oiu Taveiiir.
La surveillance se composait, comme je l'ai dit, de quelques hommes miliciens de contrebande, sans organisation, sans intelli' gence de leurs fonctions, et qui semblaient le plus souvent ne se préoccuper pendant le trajet que d'une seule chose, c'était de veiller à la marmite en plein vent, dans laquelle se préparait leur ordinaire ; la garde du condamné semblait pour eux un objet d'un intérêt secondaire, aussi de nombreuses évasions s'efTectuaient-elles. Thierry, qui fut longtemps capitaine de la chaîne, reconnaissant l'insiiftisuuce des moyens «pi il awiil à su disposition [MUir retenir les
FEUS — ÀOCOUI'LHiVlliNi. ETC. 157 condamnés, eol recourt a un etpédient qui rarement manque ton effet près de cet hommet dont la nature morale temUe qiielqnelbit inexplicable. Le capitaine Thierry, quoique sévère, était très bon avec les pritonniert; quand une fois il les avait amenés à leur der> niàre destination, il se chargeait volontiers d*élre l'intermédiaire (les coupables avec les parents qu'ils avaient laisst's dans le monde. Quelquefois il se faisait le messager d^inc pauvre mère, qui envoyait à son tils condamné le fruit de ses économies.
C'est au capitaine Thierry que venaient s'adresier, à Paris, les rares amis qu'un malheureux, souvmt frappé rigoureusement, conserve quand il est mort au monde; Thierry, à chaque voyage, a]^ portail au b^gne des lettres, de l'argent, des paroles de consolation. Plus d'une fois li se fit lui-même l'avocat d'une victime ou d'un converti, et sa franchise brusque gagna des patrons et des prolec^ leurs à un repentir.
Le nom de Thierry était en vénération |)armi les condamnés, et il n'est pa^ > tnimaut qu'il ait obtenu de cette classe indocile une sounussion que d'autres agents n'auraient pas trouvée.
Quand un homme connu par son audace et sa ruse était à la chaîne, Thierry s'approchait et lui demandait de s'engager sur pande d'honneur à ne point tenter une évasion pendant la route. Le forçat, glorieux de cet hommage que le capitaine de la chaîne rendait à sa renommée, et cédant aussi à une sympathie qu'inspiraient la franchise et la bonté du commandant, refusait rarement de donner la parole qu'on lui demandait, et quand il l'avait accordée, il la tenait religieusement. Le fameux Petit, que j'ai montré vendant an marché d'AblMiville les l'ers dont il s ( lui ili luii iassé la veille dans sa prison, et qu'aucun lien ne pouvait rclciiir, lit avec résignation et à la grande chaîne , le long voyage de Paris à Toulon sans tenter d'évasion. Jamais, au dire de ce forçat, il n'avait porté si longtemps les fers sans s'en débarrasser. Petit avait promis so^ lennellement à Thierry de rester dans les rangs.
«U ne faut pas faire de la peine à Thierry, » disaient les prisonniers qui avaient déjà feit le voyage, aux nouveaux qui se sentaient aiguillonner }>ar le désir de briser le joug; et souvent celle seule parole a sulli pour faire avorter le projet de fuite.
i5H LJ£i» BAGME2i.
Quelquefois aussi oe sentimenl que le capitaine avait su inspirér transformait les condamnés en gardiens officieux, prêts à réprimer une tentative de la part de leurs camarades.
J'avais eritendii répéter tontes les doléances (^îlanthropiqiies sur
le transport des forçats au )uoven de la chaîne, el j'axoiie que, |»arlageant ropiiiiott do ceux qui ^t^tilenl avant tout (|iriiii i-liàliincnt j'ffraie par rt'Xiuuple et j»ar sa solennité, sachant combien le criminel redoute d'habitude Texposition dont la chaîne me semblait une imitation sur nne grande échelle, j'a?oue, dis-je, que je ne com* prenais pas la répulsion énergique qui se manifestait contre ce mode de transport; je voulus me rendre compte par moi-même de Tapplication de cette disposition pénale.
En Tannée 1835, M. Tournemine, homme de lettres et employé au ministère de Pintérietir, reçut mandat temporaire de surveiller, en qualité de commissaire, In chaîne qui aliail de Paris à Toulon. J(> connaissais M. Tourneuiinc, jo lui lis pari de 1 intcnlion qiu' j'avais de faire quelques observations sur le |HMS(uiueI qu'on avait l onlic; à son contrôle; lui-même espérait tirer des enseignements utiles de la missirui (|ue le gouvernement lui contiait» il me donna rendesvous à Bicètre.
Le capitaine Thierry avait résigné ses fonctions; depuis quelques mois il était remplacé. M. Lebert, chirurgien, chargé du servioe spécial de la chaîne, avait déjà fait plusieurs voyagias en cette qualité, et avait sacrifié une ncmibrense clientèle civile à des fondions pénibles qui cependant rattachaient par les fréquentes occasions qu'elles lui fournissaient de se livrer à ses nobles instincts de bienfaisance.
Le cahier des charges acccudait au iiuMltMii de la chaîne un cheval d(> selle pour faire le voya^ ; le coouuissaire du gouvernement devait se pourvoir d'un moyen de transport, mais il fut convenu, pour ce voyage, que le cheval du médecin serait attelé à une petite carriole. M. Touruemine m'y pnqMMa une place; le capitaine devait aussi y monter : il était fort gros; il y avait à peine place i>our trois, mais ce voyage n'était pas une partie de plaisir. «Nous nous gênerons un peu, dit M. Tournemine, et nous tiendrons quatre. »
F8IIS. — ACCOUPLEMENT. RTC. 15)
La chaîne était MoinlynMisc, un y reinartjiiait un grand nombre dp ivs Ijpes parisiens i llractionnain s «u voleurs récidivistet; ; la plupart reçurent le eollier do fer nvee Vinfoneiance irtine mule qui teod le sabot au maréchal; et a ce moment, s'il n'échappa pas un laiâ au forçat pendant l'opération, c'est que »on attention était entièrement saisie par Tétrangelé du- spectacle qui était nouveau fMMir lui ; et quand le ferreur noua sur l'enclunie le col de fer du forçat, aoean m me parut préoccupé de la possibilité d*une maladresse; et r<|gi|yiliiiiÉli» ancwi» ttte da ceadamné nV encore été brnée par le ^lBËrteaii, j'en ai ébtielii qtiNm malade qti^on saigne est an moins tout aussi expose à une section de l'arlère que le Ibryal Télait alors à un Kris( rjK lit de crâne; la garantie de la vie était dans Tbabileté éprouvée du praticien. < .
Quand la chaîne vint à franchir le seuil de Hicètre, quoique protégée par la gendarmerie qui refoulait les flots de spectateurf ÙMoncelés au dehetVt 'eUe eut peine à entanler la masse oompaete qui foniHttt eoittM une muraille, et il s^éleva but à coup une affreuse tem|iéle de buées vibrantes, de cria sauf a^, de voix glapissantes, de lifDele algns^} des imprécations, des jnrons se mêlèrent à des chanls dms line langue inconntie, et les acCéiirs de ce concert étaient à peu près en nombre égal dans les rangs de ceux qui portaient tm collier de fer, et parmi les gens libres venus à eellf solennité pour renforcer d'une noie stridente cette gamme inlei iiale. Kl quand la foule perdit de vue les galériens, elle regagna tranquille^ ment la grande ville.
Mais la colonne des condamnés, qui suivait une direction opposée, continua ses clameurs; ce long cordon de fer semblait une longue chaîne électrique qui transmettait à tous le fluide dont quelques léles étaient chargées ; et on entendit des mots obscènes, on vît des télés se dresser vers le ciel avec Fécnme et le blasphème à la bouche ; puis après nu moment de silence, nii rarisieu eonvia ses compaj^nons (le >ova«îe i\ raudilion d'une elianson de i iiT<Mislance de sa conijHKil M il ; il dit seul les paroles en idiome tl«' pt isiiu, et a un temps mai([ué par un geste du chel (rruelieslre, eha([ue exécutant secouait fortement sa chahu», ce tpii formait un accompagnement d'un nouveau genre et d'u*^ lugubre effet.
160 LES BAGNKS.
L'exallatiuii se prolongoa au delà de la halle, a Kssonne, jusqu'à l'élapc du village de Ponihierry; la haude des condamnés, descendue des chariots et marchant en colonne serrée, après avoir effravé, de paroles impudicpics, la population villageoise qui accourut au-<levanl d'elle, vint tonil)er épuist'e sur la paille d'une écurie où le repas du soir lui fut servi.
Les écrivains qui réclament, au mépris droits de l'humanité, la plus grauile sonune de cruauté jwssihie pour les hommes que la loi criminelle a frap|N''S, et qui veulent continuer au dix-neuvième siècle les tortures physiqu(»s des temps (rif^norance, auraient eu sujet de jeter le hlàme sur les actes de pitié de Tadministration «l'alors, car eUe pensait que le forçat, pendant un voyage de plus <le deux cents lieues, devait être traité alimentairement avec une ahondance et un soin que rarement il eût trouvés dans sa vie d'homme lihre.
La ration journalière du forçat mis à la chain<> de voyage, s»» composait de :
Lue livre et d(?mie de |)ain ;
Deux onces et demie <le pain à soupe;
'^ini'i-' p'-f h\/ Cl
FERS. — AGCOUPLEMEKT. ETC. 161
Un litre de bouillon ;
Une demi-livre de viande; Deiix ODces de fromages ; Un lilre de vin ;
Cinq livres de paille fraîche pour coïicher.
J'avais suivi à pied, depuis Bicéire, cette alTrouf^e caravane.
J^àssistai à la distribution des vivres ol au rnuchor de cette bande enchalaée, dont le nombre des individus s'élevait à cent vingt, et qBÙMrûi'glf&ÊÙk le long de la roule de pliu de deux œnls nouvelles
iii^ je Yk 4ue M; lé oonuinfoMiire Tournemine et le jeune et liabâé chihirgien monsieur Leberl prenaient à cœur et au sérieux leur mission ; l'un , par son active surveillance des aliments , que la cupidiu- des agents de l'entreprise s'efforçail de diinniuer; rantrp, par le pansement des nombreux individus alleinis de maladies résultant de la débauche ou de leur long séjour dans les prisons.
Au départ de Bicétre , im grand nombre d^hommes destinés à la chaîne avaient feint des maladies ou des indispositions graves pour ficher d*^nmer leur départ; un d^eux, entre aiitres, paitissait saisi d'un crachemâit de sang'; il avait intéressé à son sort Tau* nii6nier de la prison, et M. Appert, qui se trouvait présent au ferrement, et tous deux' insistaient pour qu*on diflîérftt son départ. Qnand cet honmie vit les soins que lui prodiguait le dm leur , il renonça subitenieul à sa comédie, et ?c mit à f>laisan(er les hommes charitables et crédules qu'il avait convaiiuns de son inlirmilé fictive.
Les condamnés, qui, presque tous, savaient que le maiTlié fait par le gouvernement avec l'entreprise du transport tolérait le pesage do la viande avec les os, furent tout à coup surpris quand le commissaire annonça hautement au capitaine de la chaîne, agent de Padjudicalaiie, qu'il ne permettrait pas que cette tolérance passât certaines limites, et qn'il voulait que la btmne qualité fût reconnue avant d*dtre livrée à là. cuisson. Les hommes de U chaîne, qui savaient encore par tradition, que d'habitude, pendant la route, les corrections étaient fréquentes et motivées par des infractions légères, se trouvèrent à l'abri de la brutalité et de l'arbitraire, quand
m LES BAC M ES.
le mandataire du pouvoir défendit qu*aucun eoup fût porté à un condamné, ou qu'on administrftt une punition, lanB qu'il lui en eût été préalablement féféié.
Le eommimire mesura la longueur de la paille fraîche tons les
jeux (k's honinies dont elle devait conipost'r le lil, vi il ilit ;i liante voix qu'il ue pcrjut-itrait pas, lorï.»ju un Ikhim unt en route de la litière dans une élable on tVurie, que le lenuiot du transport des condamnés protilàl de cette circonstance pour l)éncficier de la fourniture qu'il ne ferait pas; mais qu'il fallait au contraire que la. ^ quantité non employée dans une localité fut distribuée en plus dans les lieux de passage , pendant les jours de pluie ou de finoid qui pourraient survenir.
Le lendemain, vers la pointe du jour, la chaîne partait du village de Ponthierry sous la surveillance de l'escorte; le commissaire, le c.ijjtUim* ol le major no devaient la rejoindre ijue (pudcpio temps ajjrès : je pris le devant el je mareliai près des eondauines. Un était aloi*s dans les premiers jours d'avril, et le temps, (Tindinaire brumeux et froid à celte époque, promettait une magaiûque journée. Les habitants du village n'avaient pas encore ouvert leurs demeures; la route était déserte, et, à travers champs, on voyait à pdne quelques cultivateurs qui se rendaient à leurs travaux. Ces premiers feux du soleil, tombant du haut des vieux ormes qui bordent la route de Fontaineblean , rayonnaient sur ces hommes, dont les membres étaient encore engourdis par Tombre humide des prisons. (> pnmd calme des premières heures du jour semblait s'être eom nniniqne a ces natures, la vrille si effervescentes; ce n\t;iil plus nnc chaîne de toreats qui cheminait, ou eut dit de pnisildes jM'lenns enchaînés par un de ces vœux bizarres en usage dans les temps reculés. La route n'était plus bordée par cette haie vivante de spectateurs, dont la présence est un reproche on une moquerie; sur ce grand chemin, encadré par un cordon de gardes, le oondamné pouvait se croire dans les étroites limites d*un monde nouveau où régnait Fégalité de IWlavage; il n*avait ni ohtrage à recevoir, ni représailles à exercer» et il se laissait aller à ses instincts natifs, (pie la fausse voie de l'éducation , la contagion de l'exemple, la tyrannie des passions, relâchent trop souvent, mais qui se retrempent
F KKS. ACCOUPLEMENT. I£TC. t63
par inlervaUes quand rhomme peut oublier que la ilétrissure pèse mr loi.
Comme au village de Ponthierry, des chants se firent entendre; mais combien ils différaient de veux de la veille'. Ou sail ce qu'ils ayaient été le soir, ni.u^ c i du m itni elaieul lautôt d'une poésie tonte harmonieuse, tautot un échu de leudres éitintimis du eœur, ou quelquefois uu reflet de l'amour du toil paternel. Lu des coiidamnéSy Deg...', avait une remarquable organisation vocale; il eut été uo exeeUent ténor d'opéra; un autre se distinguait par une voix dont les basses cordes avaient un charme mélancolique; et le hasard réomasait à la même chaîne plusieurs de ces hommes, membres dsils de ces associations ouvrières dont tout le travail cooiiste à apprendre pendant la semaine un répertoire d*airs popolures qnHls font entendre le dimanche , eu se promenant sur la voie publique.
Ce fut d'alxjiil la vieille et naïve romauce de V Amandier, qui fut dite a deux voix, et dont l'écho porta au loin les senlimentales paroles. Puis Deg... broda d'inflexions gutturales une tyrolienne, tableau tant soit peu imaginaire de ces villages, asile des amours sans fin, lieux inaccessibles à la mauvaise foi, où la fortune de chacun est sous la garde de tous , où Tcvgueil et Tambition n'ont pas le droit de cité, où le sang n*est jamais versé que pour la patrie.
Et à ce tableau , 'qni devait paraître Timage d'ancvie exceptionnelle à ceux dont foute l'enslence avait été donnée au vol et au
meurtre, les comlanmés battaient des uiauis; et je me detuaudais s'il ne serait juis jiossihle d'amener l'homme déchu à rinii talion des douces vertus et de la vie tranquille qu'il se seul enlraioé à ap-* plaudir.
L'infatigable Deg... (it aussi entendre le chœur des chevaliers d*Avenel de la Dame Blanche, et de nombreuses voix, qni devaient avoir étudié précédemment ce morceau, complétèrent an ensemble qa*eût envié plus d*une troupe d'artistes libres*
• Je ne dois désigner que par des tnitialcs l»»s coTMlamnés (nii firent partie île cetlo chalru- l:i |>lui>art n'avaienl que cinq année» Uc peine à ^ubir, cl uni, depuis ce temps, recouvré leur liberlé.
i6U I BS BAGNES.
Une fois, la marche de la colonoe s'arrêta tout à coup, oomme si le bruit des pas ou le mouvemeat eût pu nuire à Teflbt musical. L'escorte eUe-mênie fit halte sans qu'il y eût eu commandement.
Dans les villes méridionales, dans nos Alpes et nos Pyrénées,
aux frontières d\\llemagne, j'avais entendu souvent de ces chants nationaux que les monta^naids ot les patres jettent le soir aux échos (les vallées; mais jamais je n'ai n^ssenti l'impression produite eu moi par le chant matinal des conilainn»'s.
i^t depuis, je n'ai pas écouté un chant de théâtre ou d'atelier, sans reporter mon souvenir sur cet épisode de mes eicursions. J'en conserve une impression durable , elle m'inspire le regret de ne pas voir soumise à rexpérimentation la théorie de ceoi qui regardent la musique comme un auxiliaire puissant dans le tiaitement d*on grand nombre de maladies morales.
Nous marchions depuis plusieurs heures; le commissaire, le chirurgien et le capitaine avaient rejoint la chaîne depuis longtemps ; je pris place dans le cabriolet, cl je retraçai le tableau dont j'avais été témoin. Nous approchions de Fontainebleau, et la voiture sui« vait la chaîne d'assez près pour me permettre d'observer la transition graduée qui s'opéra.
A chaque pas vers la ville, les clianis se ralentirent ou devinrent d*une autre nature; les habitants des localités environnantes affluaient, et semblaioit remettre en mouvement dans l'âme du oon» damné le levain que la solitude avait comprimé. Et quand arriva de la ville un piquet assez fort de gendarmerie pour fiiire Tescorle d'entrée, le forçat releva la tête, il s'agita dans ses fers, et, jetant, comme la veille, le défi à bi civilisation et aux lois, à un signal invisible, on plutôt par un élan spontané, il sortit de toutes les poitrines un chant de guerre, terrible lainiatum que l'association (!(;» malfaiteurs a prononcé dans sa langue expressive ; et toutes les bouches répétèrent avec un enthousiasme fébrile ce refrain populaire des bagnes et des prisons :
La pèftt as péftrs pts. i Un incident survenu au commencement de la route avait attiré
Les voleur:» ne périrons (»as. En argot, }>èyie, familie des vokur:..
PERS^ — ACCOUPLEMENT, BT€. 1«S
1 atk'utiou des coiulamués sur les j)ench;uil8 à la bienveillance du commissaire de la chaîne. Un des hommes de 1 escorte s'étant enivré, l'administrateur refusa de le laisser continuer la route : il tut dépouillé de son uniforme et de ses armes et renvoyé à Paris. A ce moment passait un soldat de la ligne qui rejoignait son régiment en garnison à Toulon; il avait rencontré la ebatne à Villejuif et marchait près d'elle. Cet hooune souffrait d'une ancienne blessure à U jambe, et il gagnait diffibilement b solde de cbaque étape.
Le commissaire pensa qu'il pouTait être utile à ce siddat; il lui proposa de mettre son sac sur les fourgons et de se joindre à l'escorte, avec une pave (jui s'élevait à peu près à eiiuj francs par jour, avec la nounture eu sus. Le soldat héslla un moment : il répugnait à cet homme de se trouver dans i escorte des condainnt s, le respect dû à l'uniforme Tarrètait; mais le commissaire leva cette difticulté en proposant le vêtement de l'homme congédié. Dès que le soldat put voyager incognito sous la capote des volontaires, il accepta avec joie ta proposition, et arriva i destination avec un pécule de près de cent cinquante francs.
A cette halte, pendant une de ses visites, le docteur Lebert fut à même d'apprécier la dextérité manuelle de quelques hommes de la cbatne , et l'habileté des voleurs à la âél&urnef qui étaient en assez grand nombre dans cette caravane.
Lu matin, uvaul de commencer le pansement, il avait tiré de sa pm-he une tabatière eu mêlai hriilaut, comnu; s'il eut voulu offrir aux condamnés un objet de tentation, et tous les regards de la bande s^étaieot portés en même tempe sur ce bijou Bientôt le chirurgien passa dans les rangs, donna des aoins aux malades, s'arrêta, se baissa ou mit un genou en terre devant quelques uns pour soigner leurs plaies; après le pans^ent il revint sur le font de la colonne, il tira de nouveau sa tabatière, et la fit miroiter avec complaisance comme s'il eût été surpris de la retrouver encore dans sà pocbe; à ce moment , un riiie général éclata, et une voix cria :
Poitou d'on'enl, c'tH du rougttl *
* C€u*tu pêiàttêrt cVfKlH cNfnv/ Temes d'aifot. MI«n , «ipreMioii négative; «rtair, or; rMfvf, cuivre.
166 LKS BAGNIS&
Celui qui élevait la voix parlait en GonnaisHuice de cause, ei était rîaterprëte d'une expertise. La tabatière n'élail pas restée dam la
jMJche du docleur, une main agile l'avait enlevée légèrement pendant qu'il était occupé à butnlcr une plaie, et TaNail remise entre celles d'un tiers qui reconnut (juc le l)ijon était en cuivre, et pour que k oonvietlon lut acquise par tous, Tobjet avait couni rapidemeaide maio en main; il avait passé par toute la chaîne, était revenu à son point de départ, ei avait été remis dans la poche du chi* ruigien.
Le docteur, ne redoutant plus une seconde tentative, sobstilua à sa botte de cuivre une très jolie tabatière en or, dont il se servit pendant le voyage.
A Fontainebleau , M. Toiimemine vonlnt connattre quelle puis- . sance morale pouvait avoir sur les prisonniers le soin qu'il avait de leur hien-étre ; il pensa que peut-être il jwurrail obtenir d eux, par un sentiment de gratitude, ce que la force ou la brutalité n'aurait sans doute pu gagner, il leur lit une courte allocution, leur promit d'avoir égard, autant que ses fonctions le lui permettraient , / à leur position; mais, en retour de sa bienveillance, il exigeait d'eux une promesse unanime de garder le plus profond silence dans les localités habitées qu'ils auraient à tzavener. Tous le promirent, et tous tinrent parole; et quand, après la troinème journée de marche, la chaîne entra dans la ville de Sens , en se trouvant en contact avec une population avide de jouir de ce spectacle , le plus grand calme régna ; on n'entendit que le pas des condamnés et le bruit de la chaîne qui frappait le pavé. Un seul eut une velléité de désobéissance, il voulut chanter; mais il lut maintenu pai- la niasse, et la chaîne traversa, en ordre et silencieuse, toute la longue rue jusqu'à la vieille église, dont la vaste enceinte reçut les condamnés, qui y passèrent la nuit. Le commissaire récompensa cet acte de soumission par une nouvelle £iveur. J'ai dit qu'à Bkètre, on avait lait une première vuite pour saisir les instruments d'évasion. Le règlement voulait que cette visite se renouvelât pendant la roule , et d'habitude cette inspection se faisait dans un champ e| en plein air , ce qui avait quelque chose d'humiliant pour le coupable ; l'agent supérieur de- la surveillance; promit que le
PBRS. - ACCOUPLKMKNT, ETC. ' ifi7 rapiot ' uiiiait lieu , pi iuiaut le voyage, dans un endroit couvert et à l'abri des i^gards des curieux.
Les condamnés se moutrèreot sensibles à cette nouvelle preuve de bienveillance.
Le commissaire remporta encore un petit triomphe sur une natoie qui porwasait peu disposée à suMr avec calme le joug de la chaîne; un Parisien, dont la gaieié qfniqne éclatait de temps en temps, 8*était amusé, pendant une nuit, à tiesser avec de la paille nn énonne chapeau , dont la forme élevée se lecouiinit en espèce de trompe ; il s^étatt ccnffé avec orgueil de ce bonnet excentrique qiu attirait tous les irgurds. A une étape, le coiiHiiissaue, qui aurait pu ordonner à cet homme d'ôler celle coiffure , lui eu proposa ladiat, moyennant quelques pièces de nioiuiaie; l'artiste en paille, fier de sa marque distioctive, ret'iisa. Je ne sais trop quelles paroles le conmnssaire dit à cet homme en s'approchant de lui à plû~ sieurs reprises sur la route; peut-être lui dit-il qu'il était plus avanlagpmi d'arriver au bagne avec des notes certifiant du repentir, qu'avec une renommé d'insoumis ou d'incorrigible ; peut-être prouva-t-ii à cet histrion de la chaîne que dans toutes les positions sociales 11 y a des règles de pudeur et de - soumission dont l'obserw vanœ montre un sens droit et révèle quelques bonnes qualités. Sup* posant le commissaire occupé à quelque œuvre de couvei-sion , je n'eus pas Tindiscrétion de me mettre en tiers dans la conférence, j'en attendais le dénoùment, el je faisais mes observations sur d'autres individualités , quand tout à coup, me retournant, je vis le Farislm tête nue , se couvrant d'un mouchoir noué simplement , et ayant sur la figure l'expression d'un homme vaincu par une logîqae supérieure i la sienne; il venait de jeter stm grand bonnet de paille, et toute la chaîne l'avait foulé aux pieds.
Ces détails , qu'eu peut trouver oiseux, sont des arguments très puiflsaots et curieux pour l'étude de ces natures exceptionnelles, de la conversion desquelles souvent on désespère, faute de connaître les secrets du traitement. Comme Vlioméopathie , la médecine mo-
> Sffjflof, Vame d« prtoM |wwédftiia le Ingaige admiolslratir, q«i exprime nue tntpec* Um mr It iMnome de» eowtonnte.
raie doit agir par les infiniment petits, et la concession du bonnet de paille aurait été pent^-Atre le premier symptôme d*une cure complète , si le traitement spécial eût pu être continué par celui qui 1 .tv.iil ( oiiimencp, La conquête faite sur les iii.n»vais instinct» (l'un iutlivitlu isoli; peut réagir sur les èlres qui sont en contact avec lui , et la parabole de la brebis galeuse , dont ou a élraugenieal abusé quaad il s^est agi (rapprécier les clasâ4;s dangereuses, peut être bien souvent réfutée par des faits; et si dans Tordre physique une simple émanation de parfum se diTÎse à l'infini et détruit de grandes masses de miasmes fétides, ne peul-on pas transformer au mortd cet effet physique, et croire que les bonnes qualités d*un seul peuvent s'infiltrer dans une masse, et fondre les mauvais instincts coHectirsT
L n grand nombre de faits cond>attenl pour raffinualive, et l'a- "vantage reumori»- sur Thounne au chapeau de paille vient eneore à l'appui. Plusieurs de ses compagnons, qui avaient manifesté des tendances à l'indocihté, tirent soudain un retour sur eux-mêmes, quand ils virent leur chef de file s'amender.
Une atteinte névralgique m'ayant empêché de continuer la route , je fus obligé, avec bien du regret, de quitter M. Toumemine, le quatrième jour de la marcbe; mais comme il prenait des noies étape par étape , j'ai pu , depuis son retour à Pàris, connatfre le résultat de ses observations. Sa modestie a voulu me cacher le bien qu'il a pu faire; mais, entre antres faits que j'ai pu connaître par des tiers, il en est un qui m'a révélé le degré de puissance morale que cet administrateur intelligent avait conquis sur les condamnés.
A Dijon , la chaîne «séjourna à la prison ; quelques habitants de la ville pénétrèrent dans la cour , où l'on réunissait les chaînes volantes au grand cordon. Cette invasion contraria le eonmiissaire, et .il dit à haute voix qii*un repos de condamnés ne devait pas. être un spectacle dont on pût jouir avec des entrées de faveur. L'insistance des curieux ne fléchissant pas , le commissaire dit en souriant , en passant devant les condamnés : « Puisque ces messieurs veulent absolument rester, ce ne sera pas pour eux un s|M;ctacle gratis, et il faut que ça devienne une représenta-
FERS. — ACCOUPLEMENT. ETC. 469 lion à l)énélicc. » l ne jeune relif.'iens<', de Tordre de Saint- Augustin, s'offrit [K)ur faire la recette; (die pénétra dans la foule, qui racheta sa curiosité par i'aumône; rofTrandc fnt abondante; chacun des boniines de la chaîne en eut sa part, et le lendenuùn les condam^ nés , couchés dans les barques et remorqués par la Tapeur , descendaient rapidement le Rhdne.
Le commissaire qui montait, avec le chirurgien , un grand 6arco orné d^une cabine en planches, et qu'on désignait sous le nom pompeui du bateau amiral , fut averti qu'un forçat indocile cherchait à ameuter «es comji aillions , mm prctoxle d'une altération dans la mtion de vin. Quand M Tdui ik lu iii sf pn-senta , le moteur du désordre porta la parole et accusa tous Its chefs , sans distinction, de faire une spéculation coupable; le commissaire devint alors un homme sévère ; il dit que c'était par son ordre que le mélange d'eau et de vin avait eu lieu pour la première fois , et que cette mesure se prolongerait tant que Ton n*aursit pas franchi les oMes du RhAne, dont les produits vignicoles sont trop capîteni pour qu'on en donne une grande quantité sans en tempérer la force ; il dit que Tivreise résulterait d'une distribution faite sans intelligence , que la rébellion viendrait après Tivresse ; que pour réprimer la révolte , il faudrait recourir aux armes et peut-<Hre verser du sang , ou du moins infliger des plantions rigoureuses , et que lui était parti de Paris avec la pensée qu'en étant juste , vigilant , sévère et humain , il devait arriver à sa destinatiofi sans avoir ordonne un châtiment ni éprouvé une évasion. Vous serez cause, dit-il au révolté, que toutes mes intentions ne seront pas remplies; les soins que j*ai de votre bien-être en route auraient dû étouffer votre plainte, et votre insubordination est plus qu'une fiiute, c*est un acte d'ingratitude dont vos camarades, j'en suis sûr , ne sont pas les complices.
Let mmu^tes! le» manehettêt! s'écrièienl alors plusieurs condamnés; et les autres, plus sévères encore, crièrent : La clef d'arrêt! la clef d' arrêtai Le commissaire ordonna les pouceiies, et un cri
1 Oa uuam tkfé^mrtt mm bam de fer pnite le long de l'épine donele, ei qui le reliant aux ht» ei k la lète par de» feneiMiiM, licai le patient dana «ne eavataDie isamoUIM.
général de : Vive le oommissaire ! sanclîonna racle de sévérité.
Au iiiumi'iit où le ( iiniaïuc de la chaîne allait (aire exéciiler le jugement , le coiipuldc j»aiut repentant cl avoua ({irune libation de vin du Ithône, obtenu pr contrebaade, lui avait uu moment troublé les esprits ; il demanda sa grâce avec instance; le commi^f^aire la lui accorda, et après un mois de marche» la chaîne» composée de deux cent cinquante-sept condamnés» arriva à Toulon.
Au retour» une nouvelle chaîne se forma de tous les hommes à perpétuité ou à vingt ans » qui » aux termes d*iine nouvelle ordonnance, aujourd'hui modifiée, étaieni destinés aux ports de Brest et (le Roohcfort. M. Tournemine ramena cette nouvelle colonne, en persévérant dans ses principes de sévérité tempérée par une l^julé intelligente, et les forçats à long terme furent aussi résignét- tl soumis que les forçats dv àiu\ à dix ans. Aucun cbâtimeat ne fut in— iligé, et il n'y eut aucune tentative d'évasion.
J'ai la conviction justifiée par Texpérience» qu'à une époque où Ton s'occupe de la régénération des classes dangereuses» M. Tournemine serait un excellent administrateur des prisons ; maïs par un de ces bisarres déclassement^ de capacités qui sont si fiéquoits aujourd'hui , rhomme qui devrait être directeur d'une maison centrale est directeur d'un théâtre.
Ou a prétendu que les mopur? ont beaucoup gagné au changement dn mode de trausporl des condanmés; c'est trancher une question qui certes est loin d'être résolue. Aujourd'hui , on transporte les forçats dans des geôles roulantes distribuées en douze compartiments, qui portent le nom de voitures cellulaires. Onze cellules , ou plutôt onze niches étroite» reçoivent chacune un condamné. Il est ierré à sa place, isolé entièrement de ses compagnons de route. La forme des voitures ne lui permet de recevoir d'air que par en haut » et ne laisse à ses mouvranrats que la liberté de se lever jusqu'au faite constamment, quand sa taille ne le condamne point à se tenir courbé. Le douzième compartiment est réservé à un brigadier de gendarmerie; il fnit les fonctions d'agent ministériel et d'économe des fonds apjKirtenant aux prisonniers, (pii ne peuvent excéder viugl-cin<i francs. Les voitures cellulaires sont menées en poste.