LES F0RÇAT8 CORSES, ETC. M
mille des Gécaldi, qui se préieiitail pour venger ceux que la loi avait jadis envoyés au bagne.
Une escarmmiche eut lieu (»ntrc les Viteibi lI les Cécaldi, qui {perdirent deux det^ leurs. Antoine Viterbi s'enfuit à Borgo a\cc sou iîls, et dans leur abseace^ ils furent condamnes a mort. Quoique les Cccaldi eussent été les agresseurs, il fut décrété que les propriétés des Viterbi eeraieot eonfisquées, leur maiioa détruite, et «ne colonne d'infiiime élevée sur l'emplaoeinent. Le père et le fils édiappèreat pendant quelque temps aux reehercbes de leurs ennemis ; mais ils forent enfin arrêtés et mis dans les prisons de Bas* tia. Acquittés sur le principal chef d'aocusatioo» le père et le fils fureut rendus à la liberté,
Oiielqnes années passèrent ; Viterbi comptait désormais couler tranqmiiemenl le reste de ses jours, mais cette (>erspccti?e s'évanouit bientôt. Un nouveau procès criminel fut intenté contre son fili et lui, pour Tassassinat de Donalo Frédiani. Le fib se sauva sur le œntinent. Le père, après avoir appelé sans succès cte la juridiotion de Bastia à la cour d'Aîx, en Provence , fot arrêté par les gen«darmes. Ses parents et ses amis voulaient le délivrer \ il s*y refosa, et leur rappela le respect dû i la loi.
Le 16 septembre 1821 , Viterbi fut condannic a la peine de mort. Ouand la sentence fut prononcée, il ne perdit rien tic sa fermeté et ne songea plus qu'à s'épargner Tignominie d'une exécution publique* Dans cette pensée, il fit appel en cassation, pour avoir le temps de mettre son projet a eiécution. 11 résolut de ne prendre aoeune nourriture^ et il écrivit jour par jour, heure par heure, le journal suivant :
« Il est maintenant deui heures après midi, et depuis trois jours
nwn pouls ne manifi^te aucun mouvement fébrile ; il est un peu plus rapide et ses palpiUilions sont plus forlcf et plus sonrdes. Jr ue me sens aucune i5t)rl(' de malaisr. La tète t^l lii»re, mon imagination active et ardente, ma vue ex ti-èmemeut claire. ^uUo envie de boire ou démanger ; il est possible que je n*éprauve de velléités ni pour Tun ni {KMir Tautre. — Dans une heure, trois jours se seront écoulés depuis que je m'abstiens de toute nourriture. — Vers quatre heures et demie, j*ai fermé le» yeux pendant quelques instants,
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ufl IrambletneDl général m*eut bientôt réveillé. A cinq heuiee et demie, j'ai commencé à ressentir des douleurs vagues dans la
imrtie gauche de la poitrine; à minuit, tranquillité absolue dans toute réconomie aDÏniaie ; a une heure, la gorge aride, une soif excessive. »
Deux jours après, il écrivait ;
« Je mérite la pitié, la compasaîon» et non dea reproches. J^ai commencé aTec la fermeté d'un Gaton ; elle ne se démenlin pas. Je supporte une soif» une faim déronnlea avec un courage à tonte épreuve et une constance ineiorable. J'ai dormi tranquillement pendant près de quatre heures; — des vertiges au réveil, le pools dans une grande agitation; à neuf heures^ le pouls devient convulsif, la soif diminue; à deux hemcs, suif ardente. »
Vilerbi avait commencé son journal le 2.i novembre. Il avait d*abord voulu se détruire pai' l'opium ; trompé dans son attente, après une première abstinence de plusieurs jours, il prit des aliments avec eioès, s'imaginant que la mort en serait la suite ; mais cette espérance encore déçue, le seul parti qui lui resta fut le parti de mourir de faim.
Le 8 décembre, il y avait six jours que le patient n'avait ni bu
ni mangé; il tenait encore la plume d'une main ferme, et donnait le biilieliu de son agonie; mais le 9, son sonuiieil tul suivi d'un vertige effrayant ; une iaiijlesse générale s'enipara de lui, la plume échappa de sa main, et cependant, voulant continuer à analyser son agonie, il dicta la dernière partie de son journal, dont je retranche les observations qui ne peuvent avoir d'intérêt que pour la science médicale.
Il disait :
« Le 9 décembre, les vertiges, une soif ardente et cotitimielle ;
la seule crainte de Tignominie, et non celle de la mort, m'a fait prcndi^î l'extraordinaire mais irrévocable résolution que j'exécnle au prix des plus horribles souKrances et d'une cliroyahie agonie. Mon courage et mon innocence uie donneront la force de les supporter jusqu'au liout. Je pardonne à ceux de mes juges qui m'ont condamne d'après leur conviction ; mais je lègue à mes derniers descendants une haine éternelle, implacable, contre l'inRime,
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l'exécnibl»', Ir sHiL^umaii*' Il — ; contre ce miséiable qui, H'écoulanl que ses aiiiriiu.-ik.s jkii M'iiiielIcs, cl poussé par le seul esprit de la vengeance, a coosommé le sacrilice de toute une famille innocente et respectable.
« Le 10, pouls régulier, soif ardente suivie d*un sommeil p«isible ; légers vertiges, ponts fiiible et régulier. S*il est vrai que dans les Champs-Elysées nous conservions un souvenir des cimes de ce monde, j'aurai toujours devant les yeux Viniage du protecteur de
rinnocence et de la vérité, du vénérable couseiller Abatucci. Puisseul toutes les faveurs de la fortune et du Ciel pleuvoir sur lui et sa postérité! Ce vœu jaillit (V\m cœur pénéiré de la reconnaissance la plus sincère. — La soif reprend toute sa force ; je continue de prendre du tabac avec plaisir, je ne sens aucun désir de manger... A dix heures, soif continuelle et toujours plus ardente ; une forte envie de manger à plusieurs reprises dans raprbs-midi. Je ne ressens ni trouble ni douleur dans aucune partie du corps.
« Le 1 1 , soif inextinguible, sommeil tranquille pendant une heure ;.i mon réveil, après nimuil, j ai trouvé mon pouls extrêmement faible : c'est l'annonce que ma lin approche. J'ai conçu et exécuté le projet le plus éliauge peut-être qui jamais soit entré dans la tète d'un homme; je le remplis au milieu de soufTrauces terribles, inouïes, pour soustraire mes parents et mes amis à l'opprobre et au déshonneur» pour enlever à mon ennemi la satisfac^ tioD de voir tomber ma tète sous la hache du bourreau, et pour montrer à celui qui fut mon atroce, mon unique et détestable assassin, quels sont Fâme et le caractère d*UR véritable Corse. Lorsqu'il apprendra la uianière dont j'ai voulu mourir , qu'il tremble qu'un éniulo de mon courage n'entreprenne de veuj^er l'ianocente victime do ses infernales macliinalions. — Doux heures après midi : mon extrême faiblesse a diminué depuis uue heure ; le pouls a repris toute sa vigueur et conservé jusqu'à ce moment .une régularité qui m'alarnie ; mon corps tout entier n'éprouve aucun dérangement, aucune altération, mais je m'aperçois d'un affaiblissement sensible* A six heures : mes facultés intellectuelles ont maintenant tc^ite Ténergie accoutumée; la soif est brûlante, mais
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tolénible; la'^faim a cessé loiii à fait ; mes forces physiques décroK- 9enl sensîMemeni ; le pouls esl fotbie et régulier , la voe claire ; l'estomac cl les iiileBliiis uc inc causent aucun inulaisc. — A tlix heures, pouls laible ei régulier; soif horrihie ; nul tïH'w de manger. Tout le reste (le Torgamsation, soit physique, soit morale, est dans un état qui n'annonce ni dérangement ni déclin. — > Deus in nomme lifo saivum foc me^ ei iu tfirtnie iua libéra me. « Mon Dieu I que ton nom soit mon salut, ek la force mon reftige. » — Ce peu da mots latins renferment tous mes principes religieux, et dans toute leur étendue. Depuis ma dbc-eeplième année, j*ai toujours cru en un Dieu rémunérateur et vengeur. Cette croyance m*a toujours soutenu dans mes épreuves. »
Pendant la journée du 12, Viterbi se leva, puis il céda plusieurs fois H un sommeil léthargique ; il n'éprouvnit nulle eiivic de manger; tantôt sa soif se réveillait ardente, puis elle s'abattait pour devenir de nouveau impérieuse.
Le 13, il se rappela avoir perdu quelques ÎDstanls la raison, et, par UD mouvement machinal, il saisit la cruche à Veau et but à longs traits ; le froid saisit alors toutes les parties de son corps; un instant après, les pieds, le nés et les oreilles devinrent glacés. Le pouls alors avait cessé de battre; tous le?; synijUomeR étaient mortels. Quelques cuillerées de vin lui reuiliieul la force et la vie. Il but ensuite pour La seconde fois une grande quantité d*eau froide ; et jusqu'au 14 au soir, luttant contre ks frissons qui couraient tout son corps, recouvrant et perdant sans retour la force physique et ses facultés mentales, sentant son cœur battre avec violence, ne pouvant à peine saisir ses pulsations, il dictait ces mots : < Tout le monde m'abandonne, mais je conserverai jusqu^au bout le plus précieux de uies hieus, mon murage. »
Le lendemain, ces paroles soitu'cnt de sa bouche: « Depuis le 2 septembre, je suis privé de toute consolation. Point de nouvelles de ma famille ; on a défendu à mes amis dans la ville d'approcher de celte prison. Des soldats inexorables sont postés dans la petite chambre où je suis confiné ; ils épient d'un regard inquisitorial mes plus légers mouvements, tous mes gestes, toules mes paroles; des précautions si étranges, m barbares, seraient plus convenables dans