‹ Les bagnesChapitre 29 sur 66 · D'INTÉRIEUR · texte numérisé non relu

D'INTÉRIEUR

Il est impossible de séjourner à Toulon sans entendre prononcer, dans quelque classe que ce soit, le nom de l'aumônier du ba«îne, M. l'abbc Marin. Le matelot, l'indigent, le malade, le eofidatniié, ont sans cesse ce nom à la houc lie, comme an dix-.se|itit ine siècle le malheureux eut celui de saint Viuccut-de-Paul , et depuis y celui des abbés Montes et Perrin.

G^est un don surhumain que cette fucalté que possèdent quel* ques hommes d^exciter à leur aspect la sympathie et la vénération \ et personne peut-^tre n*eut à un plus haut degré que M. Tabbé Marin cette puissance magnétique. 11 avait eu poar prédécesseur dans les fonctions d'aumônier du hagne, un Espagnol du clergé de Toulon , ecclésiastique fort ei iidil , mais qui ne possédait pas le don d'imjK)âei' le respect et l'affection ù la population gangrenée qu'il avait à diriger.

-Le forçat aime la prière quand il aime celui qui lui apprend à prier. S'il approche de la table sainte, je ne crois pas que dans la communion il ait, pour la première fois, une pensée plus élevée que le besoin, de Timitation, et quand vous le verres recueilli, pénitent, pieux, c'est presque toujours une force morale qui, à son insu, le pcnieà se régler sur les actes du prêtre qu'il vénère^

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Plus lard, le sontimenl religieux peut se révéler, mais d'aboni c'est le sentiment syinpathiqne pour Tliomnie qui agit.

Le prêtre espagnol, qui avant M. Tabbé Maria était aumônier des chiourmes de Toulon, ne pouTait se présenter aux condamnés sans que des nrantiures ou des blasphèmes sortissent de tontes les bouches. S*il catéchisait ces damnés, ils répondaient parles chants de leur obscène répertoire.

Gomment donc, d*un jour a un autre, s^est-il fait que cette population impie, insolente, révoltée, soit devenue soumise à la voix du pl. tir j respoetueuse envers son ministère? Comment un honnne modeste a-l-il osé franchir le seuil de cet enfer , où toutes les natures déchues faisaient chorus contre son prédéce&seur, qui avait cependant des qualités personnelles propres à combatire la répulsion qui se manifestait à son approche? comment enfin M. Tabbé Marin put-il prendre possession de sa charge et la remplir sans aToir recours aux répressions disciplinairest

Il est curieux de le dire, c*est la comédie qui est venue au secours de TEvangile, et voici comment :

Fénelon avait dit : Heureux qui s'instruit en s'amusmU^ bien avftnt qu'un écrivain ecclésiastique, M. d'Exauvillers, composât de petits livres de morale religieuse, dont la forme toujours attrayante attache le lecteur à la solution des questions les plus sévères et les plus élevées. Quelques-uns des petits livres de M. Tabbé d'Ëxauvillers renferment des dialogues dont les personnages sont pris dans les rangs les plus infimes de la société.

M. Tabbé Marin 8*avisa, pour faire connaissance avec les forçats , de leur prouver qu'il y a un Dieu et qu*il faut une religion. S'i^ se fut avisé de faire dresser dans une des localités du baçne une tribime ou ime chaire et , qu'en surplis et en bonnet de prédicateur , il eût parlé à ces sourds le langage biblique , il n'eût j)as , sans doute, mieux été accueilli que le prêtre espagnol ; mais il agit diflëremment et procéda à l'aide des petits livres de M. d'Exanvillers.

L'aumftnier fit acquisition d'un nombre d'exemplaires de petits livres égal au nombre des personnages qui étaient mis en scène par l'auteur; il entre dans une salle, et après avoir In à hante voix le

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