LE8 ANCIENNES
Le l'** janvier 1756, des troupes envahissent la retraite des ré-
Ibi-més ; chacun cherche son salut dans la fuite ; un vieillard, nommé Fahie, membre d'une famille honorée, est pris. Son jeune fils, déjà en sûreté, apprend le danger que court celui qui lui a donné la vie; il revient, jette aux gcnonx du chel' des gardes et implore comme un bieu&it la jiermission de l'emplacer son père.
Fabre l'obitent, il est jugé, condamné aiix galères. S;i p:ràce lui est offerte à une condition : c'est que Paul Rabaut, ministre influent du parti proscrit, et qu^on cherche en vain, quitlt ra la France. Fabre n'accepte point cette transaction, il prend la livrée du crime, il la porte six ans à Toulon avec résignation, victime de la persévérante cruauté du ministre Saint-Florentin. Le duc de Choiseul brise enfin ses fers, mais la persécution pèse encore sur Fabre. Elle arrêta lon^^ temps la réhabilitation du jeune homme et empêcha une louscrij)tion de cent mille francs proposée en sa foveur.
Louis XVI abolissant la question, le bagne vil diminuer sa population de mutilés. Les lois fiscales, abondantes, pounoyeuses, continuèrent d'alimenter les eliiourmes; mais Ir^ tm iilles de Texécuteur ne l)risèrent plus les artieul. liions du luaïuniuer qui taisitit ses eomy)liees; les brodequins de 1er a'ssèrent de broyer, p«r leur étreinte, le |)ied du faux saimier. Les l)a^nes ne furent plus une infirmerie de martyrs, ils devinrent un cliantier de travailleurs valides.
La révolution de 1789 «léchira les vieux codes, la loi brisa les ohatncs d'un giimd nombre de victinu s de la jurisprudence fiscale. Elb maintint U peine des galères, dont le nom.se transforma bientôt en celui des travaux- forcés à temps ou à perpétuité.
En 1 793, le bagne attira l'attention des législateurs ; ce ne fut pas pour amender Tinstitution, il s'agit seulement alors d'une grave question de coifiure.
Après avoir brisé l'antique couronne qui parait le finnt des rois, la révolution prit un dégoût subit pour le chapeau de feutre qui, depuis plusieurs siècles, couvrait la téte de tontes les classes de la iociété; elle préféra et adopta la coiffure phrygienne, ou, pour parler plus intelligiblement, le bonnet de laine en usage depuis un temps immémorial jKirmi les pécheurs grecs; on appela le bonnet ronge le
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Iwnnct de la nation... Mais, pjir une coïncidence singulière à laquelle on ne fit pas d'abord attention, il se trouva que le bonnet de la nation était précisément celui des galériens.
Un membre de la Convention nationale se préoccupe gravement de cet incident; il monte à la tribune et demande que le Imnnet rouge dis|)araisse de la téte des condamnés. {Tonnerre d'applaudissements.) La motion est adoptée. Un commissaire, chargé de l'exécution du décret, se présente à Toulon et fait enlever tous les bonnets. La Convention n'ayant jkis pensé à régler le mode de coiffure que l'hôte des bagnes devait substituer à celle dont on le privait, nonseulement à cause de la couleur, mais encoi*e à cause de sii fonne, il fut décidé, faute de décision, que le for^"îil resterait nu-téte provisoirement. Le provisoire ne dura |)as longtemps.
La nation ne persévéra |ia8 dans son goût pour le bonnet |>Im^'gien, et |M!U à peu elle reprit le feutre héréditaire, et les furyals ix*prirenl la coiffure distinctive dont la loi leur a restitué depuis la |H)ssession exclusive.
Lu révolution éliiit trop impatiente et trop expéditive dans st^s exécutions jM>ur qu'elle se donnât le temps et la peine de river lentement aux pieds de ses victimes la manillr ou la chaîne du iMgne ; la guillotine et les iKileaux <le la Loire élaieul plus expt'ditifs. CejK'n-
LES ANCIKNNKS GALÈUëS. 13
dani on raconte que Carrier, pendant son prooonsulatà Nantes, fit giice de ia noyade à cinq vieillards à la condition qu'ils se rendraient d'eux-mêmes au bagne le plus Toisin. Cinq jeunes filles èo la fiiroille de ces malheureux furent gardées en otage jusqu'à la nouvelle officielle de Teurfrlement de leurs vieux parents sous la livrée du crime.
Sous Fimpression des souvenirs de cette éiMxjue, les i>ouvoirs qui leur ont succédé aumient dù se refuser à toute barbare ou injuste extension du texte de la loi sur les travaux forcés. On auinl dù sans cesse proléger la distiiKtiuii spéciale <!<' ci's lieux <r('X|)i atiou : ils n'ont pas été créés pour rathlèt»; vaincu dans une lutte civile. Ces cliaînes-la ne sont ps faites pour les iniprudents qui ont voulu devancer le temps, et taire avec le iiabre la conquête, œuvre future, résence à la raison.
Les insurgés du Bocage sont nn exemple des déviations cou|)tibles de la loi criminelle appliquée par les passions. On a donné la livrée du bagne à des populations entières prévenues, non convaincues, de rébellion armée ; et le fer chaud marqua des épaules qui, plus tard, se mirent à nu avec orgueil, et firent de ce stignuite ineffaçable une sainte bannière qui ranima l'enthousiasme de nouveaux insurgés.
Le régime impérial s'écoula sans entendre les cris de douleur de deux cents martyrs qui expiaient à Brest, ))armi les assassins et les fiiussiûres, la fidélité à leur foi politique. S'il arriva qu'un sentiment de (ttfié brisa une chaîne, ce fut à la dure et expresse condition que le gracie irait chercher la mort sur un ( de bataille.
L'Empire lit, en un seul jour, IVnvni de cinq cents lioinuies au bagne! Que\ ébiit leur crime'? le livre d'écn>u le dira : ils avait nl combattu contre la France. CéUiient des piisonniei's de guerre du corps du ^éiif'-rai |)russi( ii Schiller. Un .sergent finançais, cfui faisait j)artie de l'escort»', faillit être fusillé |)our avoir dit qu'il était gi-enadier et non gendarme ni garde-<-hiourme. 1 81 i rendit ces cinq cents forçats à la liberté. Dix-huit cents Fspgnnls rpie le sort des batailles fit galériens furent rendus à leurs foyers à la même épo(]ue.
Au moment où j'écris ces faits, j'ai près de moi un vieux serviteur, jadis vivant dans une honnête aisance, aujourd'hui tinint sa subsistimce d'un modique salaire. Sou|>çonnc de royalisme en 1802, il a passé au bagne de Brest tout le temps que Najioléon
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laissa sur le trône. Fendant trois années il fut attache au banc de la salle des condamnés à perpétuité, sans olilenir la fiiveur d'un pénible travail dans le port. 11 a coupé tin peu de bois de sa couche de misère, qu^il conserre et montre comme une sainte relique et un souvenir des seize années pendant lesquelles il a porté le bonnet vert!
Saves-vous, lecteur, où ce vieui 6dële écoule ses jours de fôtet... Il va dans une pauvre hmille dont le éuâtt eu la même destinée que lui, avec cette différence (^iio, soldat de TEmpire, il a pris place an bagne quand Napoléon h son tour a succombé. Car, pour être juste envers tous, il faut dire : L'Empire avait envoyé au \y.i'^m les l)ra\es athlètes de la royauté vaincue, iju il noniiiiait les hrifjands de h Vendée; en 1813, on plaça le bonnet de nralérien sur la tète (les héros vaincus dans kî duel européen, et on les tlétrissait de cette désignation : les bnifaufls df la Loire.
La Unro du cimetière dv lirest rciouMe les restes de plusieurs de ces viclMues ; nous i^eumerous sans la profaner la poussière de cee sépultures.
A toutes les é|>oques mômes passions, mômes actes; il n'y a de changé que les victimes et les bourreaux, les tortures sont les mêmes.
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