L'AUMONIBR 0*UN BAGNE. ETC. 26S
Le magistral, après avoir reçu l'aveu circonstancié du coupable, SP rt^lira ; le pn^lre rpvinl près âu forç^àl. Cet homme reconvm la force pour faire un récit fidèle de toute sa vie passée, et il mourut confiant en la sainte et consolante parole qui lui promettait le pardon.
L'aveu du forçat, à Theore de la mort, fitqudque impretsion rar les témoins de la scène solennelle qui s'était passée à l'faospioe. Mais bientôt des doutes s'élevèrent dans l'esprit du magistral ; il craignit d'être le jouet d*nn dévouement. L'homme du bagne, au moment de quitter la vie, avait pu, disait-on, exploiter son agonie, et tendre, par un repentir hypocrite, un piège à la rrédnlili ,
On chen lia à rapprocher quelques contradii tions ; oi) pri'lendil que le péniteut n'avait pas donné des notions précises sur l'arme qui avait servi à la perpétration du crime, et cet épisode eut été tout à fait euseveli dans l'oubli, sans une circonstence qui vint réveiller l'attention et eicitor en faveur de Boissienx un intérêt dont sa iTature apathique et résignée dédaigne de tirer profit.
Un jour, un étranger pénètre, on ne sait trop comment, dans l'arsenal. Cet individu paraissait asses bien renseigné sur la loca^ lité, et il parcourut, sans planton ni gendarmes, les chantiers où les condamnés se livraient au travail.
Après avoir adressée brièvement la parole à plusieurs, il s'arrêta devant un forçat :
« M'étes-vous pas Boissieux ? dit-ii à un des travailleurs éloigné pour un moment des regards du garde-chiourme.
— Oui, dit le forçat auquel l'étranger s'adressait, je suis Boissieux,
— J'ai un dépM précieux i vous remettre, mais il me tant votre parole de condamné que vous ne chercherex pas avant ctni| jours à connaître le contenu du patjuet que je vais vous donner.
— Je vous la donne, » dit Boîssieux.
L'étranger remit au forçat un petit paquet cacheté , il s'éloigna en toute hâte et disparut.
Boîssieux place sous sa veste le paquet qu'il vient de recevoir ; il est assez henreux pour le soustraire à la visite lors de la rentrée au bagne, et il dépose sous la couverture d'herbages dans laquelle il s'enveloppe pendant la nuit et qu'il roule en forme de porte-
29h LES BAGNES.
manteau à Theure où le traTail appelle le condamné dan» le port.
Le forçât fui fidèle à sa promené. Sa nature indolente n^eicita peut-être pas sa curiosité; il attendait avec patience le jour prescrit
pour la rcvélalion du mystère.
Ce jour-là arriva; mais, par une fatalité que rien ne pivsag«'ail, au moment oh il allait coniiaîtr»^ le «socrt't de la venue de l'étranger, un coup de sit'tlet reteulil à la porte de la salle : c'est le s,\p\n\ de rarrtvce du commissaire. Chacun se découvra et se demande ce qui peut motiver la présence de radmiuistraleur en chef, à une heure à laquelle il n'a pas coutume de se montrer.
Le commissaire» suivi du premier adjodant et de plusieurs sous* officiers, vient pour procéder à une visite extraordinaiFe. Tous les condamnés ont Tordre de descendre promptement du tollard, et aucun n'a le temps ni le moyen de soustraire à la perquisition ce qu'il peut avoir intérêt à cacher.
Arrive à la place occupée par Boissieux, le commissaire des chiourmes trouve le iiiys^léricux paquet.
Il interroge le forçat, et celui-ci raconte franchement son aveo« ture.
L'administrateur brise le cachet et trouve deux rouleaux de pièces d*or : le premier offert à Boissieux comme restitution d'une somme qui lui a été dérobée par l'inconnu qui lui a remis le pa^ quet ; le second rouleau contenant une somme offerte en indemnité du mal que ses ennemis repentants lui ont causé ; et avec ces pièces d'or, plusieurs autographes indiquant au condamné tous les fils de la machination ourdie contre lui pour lui fainî perdre la liberté et l'honneur, (ies pièces donnaient le nom des perbonues auxquelles il fallait qu il s'adressât pour suivre la voie du complot ti'amé contre • son iouocence.
Je priai de ces événements à M. l'abbé Marin, et il me confirma la vérité de tous les détails qui étaient parvenus i ma connaissance. L*aum6nier avait foi dans les paroles du mourant. Ce qu^il racontait des derniers moments de cet homme que Tagonie avait régénéré, militait puissamment en faveur de Tinnocence de Boissieux. Cependant cet homme est encore au bagne, et- quand j*ài demandé pourquoi le pouvoir judiciaire ne cherchait pas à dénouer ce drame,