‹ Les bagnesChapitre 35 sur 66 · M. LE COMMISSAIRE DU BAGNE DE TOULON* ETC. «S · texte numérisé non relu

M. LE COMMISSAIRE DU BAGNE DE TOULON* ETC. «S

faclioii ton*? ors plrapoiiliris. parce qu'on sait qu'ils ont été conquis par lîi bonne coiulinte, el (pie clKU iin d'cnv sert do conclu; pondant la nuit ù riiomnic qui u mérité par un triomphe sur ses iastincts de remplir une tâche facile ou quelque emploi de faveur. Ud homme est au repos sur son petit matelas d*éloupe; il est là comme sur od piédestal; il tr^ne; c*e«t le forçat plongeur. Il attend^ les bras croisés, qu'on ait besoin de son senrice cl qu'on vienne le requérir pour quelque travail sous-marin, il est habile nageur; il pourrait imiter un de s^cs camarades, et chercher sa liberté sous les Ilots; mais il suit que son camarade, malavisé, s'est asphyxié ; cl, plus résijîné, il se contente, quand il s'écarte de quelques brasses, de faire la chasse aux coquillages; c'est un petit commeroe dont il tire profit, en même temps qu'il remplit sa tâche eo bon forv^t...

Un antre attend avec joie le moment où le garde-chiourme viendra le prendre pour le conduire vers Taumônier, qui Tappelle afin de ranimer par sa parole son courage, qui chancelle dans cette vie (Je misère

Cependant les trois cents élu? (pu reposent là n'ont pas encore conquis la même somme de hien-étre; de distance eu distance, il y a des intervalles où Ton remarque l'absence du petit matelas d'étoupe. Là cependant couche un condamné, mais il n'eat pas encore admis: il n^èst qu*cxpectant; il restera quelque temps sur la limite de la terre promise ; il faut qu^il en prenne possession en avançant chaque jour par une action méritoire.

Une observation qui frappe quiconque a pu feuilleter les ma*

* M. Bloreaa-Clirisloplic dii n lori, dans l'Élat 0elwtâeB Prisons en Frnnrc : Aycuû eDMignemcnl moral, ailrune inslruciîon religieuse, lU! sool pratiqués dans les tMignea. « Voici ce qne dif h cv sujcl M. !«• oommi'>*aire de marine Ctaize : Je ppr^uadé que hcaucûiij), en allniilà lu iiic^^c, n'en piitlilirait ni <|ue coulraiiiU el funcs, il (|uf, |Kirmi le» aalra<, il j eu auniil un gi diul nuiiihre qui trupprorheraienl des aulels que pour eu ohleuir qucfques douccui-s, eu ajmilaul l*hypocriiiic à leurs crime» ; mais comme il ei>( parmi cu% àtn hommes nfocires tusqools il est eMenliel de procurer to« aecanrs d« U religion, le« «nntaiera oui nue chambre ïneliiHée oonTcmblemenl, où ils peuvent s^enlrelenîr i perl «I en peix avec les condamnés qui demandcot à leur parler. — A Toulon, il > a plu* sieurs cbapclles ; et un des derniers rapports géni-raii\ do SI, le comnii>'«tire Houjour portr le nonilire des condamnes qui sc sout approché» sacrcuuul», daii» lu courant d'une auoéc, à un cliiltrc vtcvc.

m LES BAGNES.

Iricules d^an bagne, est l'immense disproportion entre les mêmes

degrés de criminalité, et les peines infligées par les diverses cours d'assises. I.es aichives des chioiii ines sont un triste nioiininent de la l'aiHihililc (les appréciations hiiinaines. Tel exjiie par vingt années de travaux forcés un crime commis dans le ^ord, quand on voit, à la même époque, venir d'une eour d'assises méridionale un criminel qui expiera le même crime par une condamnation dé cinq ou dix années. La comparaison de cette double destinée, si démesurément pesée, doit bien souvent priver Tarrét de la justice de ce respect qu'elle doit inspirer même en frappant. La salle d'épreuve peut être du II «^land secours à lui aduiliiistrateiir humain et inlellij^ent, pour allénucr autant que possible, au bn«:ue, celle disproportion cuire les misères, et pour mettre un peu de baume sur une blessure trop cuisante.

balance de la loi criminelle est'^lle toujours bien égale quand il s*agit de peser la faute de denx natures d'homme^ celle qui vil au milieu des villes, et celle qui n'approche que rarement des cités? Que de coupables, parmi ceux que les statistiques nomment h((ré$ , ont dû à cette classilicalion un sentiment de pitié ou de hieiiveillaj)c(" ! Le juré voit près de lui le fils de sun concitoyen, (|ue les excitations au jeu , à l'orgie, ont entraîné loin du droit chemin. La première pensée du juré, s'il est père, est de songer à son (ils, et, malgré lui, son ftme 8*ouvre à la pitié. S'il a à prononcer sur le sort d'un concussionnaire qu'il a rencontré dans le monde, il a pitié non^eulementde lui, mais du nom, delà lignée, de Favenirdeceuxqui escompteront le passé do condamné, et il envoie dans la maison centrale l*bomme dont la |)lace serait au bagne... Kl les chiournies regorgent de faussaires «(hscurs (]ni ont à peine les preiuièn\s nolious de la calligraphie, de hanquerouliers qui ont envoyé leur ienimeà l'hôpital le lendemain de la banqueroute, d'enVactioanaires qui ont brisé un carreau pour avoir du pain 1 Pour ces bommes-là aussi la pitié intelligente ouvre de temps en temps les salles d^épreuve. On ne trouverait pas un administrateur pour diriger un bagne, ine disait un commissaire, s'il n'y avait pas un lieu d'asile qu'on pùt ouvrir pour les condamnés sur lesquels la fatalité semble avoir pesé.

M. LE COMMISSAIRE OU BAGNE DE TOULON, ETC. m

Deux frc'res avaient été condamnés, l'un pour vol, Tautrc pour recel, aux travaux forcés. Le premier avait mérité son 8ort, mais, par son repentir et sa soumii^siori, il s'élait acquis (iiio plaee à la &alle d^épreuve ; il protestait chaque jour Je riniKH cncc de son frère, qui avait ignoré le dépôt fait dans sa propriété. Le prétendu recéteiir était tombé dans uo tel abattement moral, que Tobéissance lui était même presque devenue impossible. Le commissaire du bagne, M. Bonjour, prit cet homme en commisération ; il chercha à le rendre à la rési<çnalion, et, pour doubler sa force, il le plaça, j»res de son frère, à la salle d'épreuve.

Le jour où je parcourus celle localité, le condamné aiiiuis n y était plus; il n\ivait pas joui ionglcnips de 1 acte de bonté du chef du bague... on avait été obligé de renfermer dans une cellule de rinârmerie.*.. Le pauvre diable était fou... 11 nous accueillit avec des démonstrations de la plus vive gaieté, et nous chanta une chanson dans un patois inintelligible à tous, et qui ne ressemblait en quoi que ce fût à la langue d^aucun village.

Cet incident me remit en mémoire le forçat Boissieux, dont j*ai raconté, au chapitre [)récéclenl, la uijslcrieuse aventure. Je demandai qiiei<|nes éclaircissements.

Tous les détails que j'avais obtenus à ce sujet, et qui déjà m'avaient étéconlirmés par M. l'aumônier Marin, me furent certitié$ authentiques par M. Bonjour, qui me livra le nom de Romanel, celui du coupable mort à rbospice* 11 y a évidemment un voile sur cet épisode Judiciaire, et la justice, doit s*éniouvoir pour Thomme apathique qui n*a pas même Pénergie de réclamer en faveur de son innocence.

Je demandai a M. le c oiiimissaire du bagne si on |)(iuvail admettre que Boissieux eût lahriqué lui-même les papiers qui se trouvèrent dans la mystérieuse boite, et s'il n'était pas possible qu'il eût préparé lui-même la saisie de ces documents.

« Aucun soupçon à cet égard ne peut s^élever contre Boissieux, me dit H. Bonjour : quand il reçut dans le port la botte des mains de rinconnu , il lui eût été facile de la laisser prendre^ lors de la fouille qui se fait au moment de la rentrée dans les salles. découverte n*cn a été préparée ni auuuiée par aucun moyen dépen-

200 LES ItAGNKS.

danl (le la volonté du dépositaire ou d'un coniplico. l'ne pensée soudaine de précaution me prit un jour, sans que rien ne motivât

de ma part un redoublement de surveillance : je me présentai dans la localité où Bois^sieux reposait, et c'est sans aucun soupçon que je portai l'inspection de ce côté, comme j'aurais pu aller ailleurs. Le lendemain, au su de toute la salle, il ouvrait son dépôt.»

Du reste, l'insouciance du condamné pour la recherche de la vérité, sa soumission animale à la captivité, semblent devoir détruire le doute qui pourrait s'élever sur la participation qu'il aurait prise à une supercherie du reste fort difficile à combiner, puisqu'une des scènes essentielles de ce drame a été une agonie sur le lit de l'hospice.

C'était à regret que M. le commissaire semblait m'indiquer la route de trois localités isolées qui nous restaient à visiter. Trois vieilles frégates vermoulues présentent leur arrière sur le quai ; un escalier pratiqué à l'extérieur sur le flanc y conduit : ce sont les bagnes flottants.

C'est dans les bas entre-ponts de ces vieux bâtiments qu'un quart de la population des condamnés habite. Là, pas de tollard, pas de

Page 1