X. LE COMMISSAIRE DU BACNE DE TOULON* ETC. SOT
strapontin, le forçat vil sur la planche, serré, blotti, empaqueté, connue une cargaison qu'un négrier emporte. L'air tlévoré j);ir ces poitrines brûlantes peut à peine se renouveler et pèse, délétère, en se mélaot à Todeur des aliments. C'est l'atmosphère d'Afrique, la peste en plus.
11 foi un iemps où, pendant la visite des étrangers dans les hagnes, des condamnés les précédaient et brûlaient sur leur passage des aromates. Cette mesure ne serait vraiment pas inutile de nos jours, quand ce ne serait que ponr rappeler à radministration .qu'une nombreuse population vil au imlieu d'un air corrompu; cette demeure est celle des cuiidaninés qui ont une courte peine à sabir : l'imposer aux autres, ce serait uu arrêt de mort. 11 est honteux que des hommes soient réduits à user jusqu'à la vermoulure ces vieilles carènes où l'asphyxie est le moindre dea fléaux, quand le port est dominé par des montagnes de rocs, et qu'il y a dans les chiourme.s huit mille bras prêts à renouveler les prodiges de construction qu'on a réalisés quand on a voulu faire de sérieuses expériences sur les hommes et les institutions. Depuis cent cinquante ans on repète, « les bagnes flottants sont une localité indigne du port de Toulon, » et aucune réforme n'a été ap~ portée. Il y a une année on a dit à la chambre des députés : « les bagnes seront supprimés, » et depuis une année on a jeté les iondations en pierre d*une annexe pour le bi^ne.
L'aspect dù baiar contenant les ouvrages des condamnés me fournit nne preuve du sentiment de bienveillance et de l'esprit de justice qui anime l'administration actuelle du bagne de Toulon. L'industrie prut t que chacnn exploitait autrefois à sa volonté et dans un intérêt isolé, a subi une organisation réj^iilare, île ItUe sorte que le travailleur infirme ou plus étroitement resserré que les autres, peut aujourd'hui tirer profit de ses produits aussi bien que le forçat valide et celui qui jouit de quelque liberté.
Le bazar est le dépôt général de tout ce qui se fabrique au bagne sons la dénomination d'ouvrages de ikntaisie, tels que les objets en coco , en paille , en aloès , en cartonnage , etc. Chaque confectionneur place sa marque sur ses œuvres, et les, remet à l'un des deux entrepôts ou boutiques qui sont près de l'entrée des
salles. Ces bazars sont régis par des condamnés de la salie d'épreuire
nommés par le comiiiis.<.iiit>. 11^; venilenl aux visiloiirs, et inscrivent nn compte de chacun des lahrit anls le prix par eux, an taux iixé par le dépositaire, l ne faible remise est accordée aux vendeurs, l/intérèt des travailleurs de tous ordres est garanti par cette règle. Quelquefois, plusieurs ouvriers ont été mis en œuvre pour la confection d*un objet ; les forçats sculpteurs emploient des polisseurs de cocos, des monteurs, des ajusteurs, et ils ont des comptes courants pour ces labeurs avec de nombreux camarades ; suuvent des rixes snr\enaient quand il ^ .i*iissail do liquidation, et somcnt le prix de la wnic était dissipé avant (pic tous les intérêts eussent été satisfaits. La nouvelle mesure prise par l'admiuistration donne un droit au forçat créancier sur le bien du forçat débiteur ; le flacon en coco, la boite de paille, le panier d'aloès, sont une hypothèque. Ces hommes, que la loi regarde comme morts, voient renaître pour eux une propriété, un droit ; ils rentrent par «ne convention dans la vie légale, et c*est encore là un des petits ressorts (Idiil riiitelligence administrative peut tirer parti. Ils rattachent riioiiiriic à l'esprit d'ordre par la ))osst'>sioi) , et à l'esprit de justice pat Thabiludc de régularité qu'elle lui fait contracter dans ses obligations envers autrui.
Les forçats qui tiennent les bazars sont ou des condamnés qui n*ont plus que peu de temps à rester au bagne ,> ou des hommes que leur bonne conduite et leur intelligence rendent dignes de la confiance.
Au nombre de ces marchands se trouve à Toulon nn condamné pour bigamie, i'.ol lnuiime, dont les niarii«'res et le Lingage annoncent une ])niiiie éducation et d'aneiennes relations sociales clniisies. aurait sans doute été déjà l'objet de la clémence royale, si par une bizarrerie inexplicable, il ne persistait à se dire victime d^inc substitution de personne ; il nie être l'homme à deux femmes, il n'a point commis de crime et ne peut implorer une grâce se trouvant complètement innocent. Le procureur du roi qui a porté la parole dans cette cause est venu visiter le bagne , il a engagé le bigame de Valence à reno ' 'er à celte version qui ne }>cut plus être un système, mais qui paraît plutôt une manie. condamne a re-
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pondu qu'il «ubiraït les fers à perpétuité plutdt que île dire qu'il est le coupable*
S*il iaut en croire Topinion de personnes qui paraissent bien informées, un autre condamné aurait peut-être des droits plus
positifs d'adoucissement a son sort, mais il faudrait qu^il re- Dûiiyat à s'exprimer en vers duas ses luéinoircs à cunsiiller. J. Cravo, condamné en 1837 par la cuui d assises de la liaulc- Mariie pour faux, ou plutôt pour falsification de papiers, dans le but d'établir une identité sans nul profit pour lui, semble avoir été une première fois victime d'une de ces animosités de petites villes quiy moins sanglantes que les vendetta des Corses, n*ep spnt pas moins quelquefois bien cruelles. Le modeste patrimoine de cet homme pourrait bien avoir été l'objet d'une criminelle convoitise. Pendant quelques années, Grave a eu delà résii;iia(ion. Sa fille venait Mniicnir son courage; mais le eliagrlii a fait uin* victime. L'eufaul est devenu fou, et J. Grave n'a d'autre espiùr qu'en sa poésie^ à laquelle il dit ses tristesses. J'ai eu entre les mains plusieurs pièces de sa composition. Ce sont vraiment des ven d^honnéte homme; ils ont un parfum classique, une émanation de bonhomie, qui rappellent le règne des poèmes descriptifs. Quand la pensée de J. Grave s*éloigne un instant de la tombe de sa fille, elle erre avec des troupeaux, elle se parfume de fleurs, s'arrête aux vieilles églises pour prier, s'agenouille devant la Notre-Dame-des-Ghamps, pour lui deinauder d'aboudaules moissons au profit de tous.
llaiheureusement pour le condamné, s'il fait un appel à la clémence du roi, c^est sa muse qui écrit; elle oublie qu'elle porte des fers, elle s'élève, monte dansla nue, ou bien court la campagne.
Un simple et laconique récit des faits judiciaires présentés en vile prose, par quelque bienfaisant avocat de Toulon, au garde des sceaux; un certificat du eoniniissaire du bagne, (jui ( onslateiait les douces hahiludes et le bon naturel de cet lionunc qui a su s'attirer raffeclion et la pitié de tous ses camarades, seraient, je pense, un moyen plus puissant que ses inspirations poétiques, pour faire recouvrer à ce condamné la liberté, dont il ne ferait pas un mauvais usage.
sou LES OAGNËS.
J*ai été à même de voir les facilités que le commissaire du bagne accorde à la correspondance. Une inspection sévère existe, mais elle pas tracassière jusqu'à dis]Hiter un morceau de papier.
Quelquefois le condaiiiné pousse jusqu'à l'abus la liberté qu'il a de correspoirdrc avec radniinistration. Ke ooimiussaire se fait un devoir de lire chaque soir une vuluiuiiieuse autogtaphie. S'il se laissait déborder plusieurs jours, il lui serait difficile de se r»* mettre au courant.
M. le commissaire de Toulon partage Topinion de son confrère M. Glaize, relativement aux relations de famille qu'il est important d'entretenir dans Tintérét des condamnés. C'est un moyen de ranimer cl de soutenir le courage des coupables, et do faire régner la tranquillité parmi celle Itisle populaliou. Cependant je n'ose assurer que M. Bonjour soit entré largement dans ce moyen, dans la crainte de sortir de la sphère administrative. M. le commissaire de Brest est allé plus loin* Cet administrateur parle ainsi de son œuvre :
• «Au nombre de nos premiers devoirs, dit H. Y. Glaiie, nous mettons celui d'établir des relations entre les condamnés et leurs
parents, lorsque, par leur bonne conduite éprouvée, par leur résignation cl leurrcluuruu bien, par line longue et sévère expiation, ils oui donné des garanties que leur rentrée dans le monde sera non>seulemcut sans danger, mais encore sans inconvénients.
11 y en a beaucoup qui avaient cessé d'avoir des communications avec leurs familles; honteux de leur position, se croyant abao'donnés pour jamais, ils avaient cessé de correspondre avec leurs pères, leurs mères, leurs femmes ou leurs enfants. Nous avons fait renaître en eux Tamour du foyer domestique, nous les avons engagés à écrire à ceux qu'ils avaient aimés, et dont pendant leur vie orageuse ils avaient perdu le souvenir; de jdus, nous avons écril nousmêmes aux autorités locales, et nous avons eu le buaheur de réussir en une foule de ci rcon stances. »
Hâtons-nous de dire quel a été le résultat des généreux efforts de M. le commissaire du bagne de Brest. Sept cents dossiers complets et satisfaisants ont été le résultat de ses efforts, sept cents condamnés ont été, grâce à lui, réclamés après leur iibéra-