‹ Les bagnesChapitre 39 sur 66 · FORÇATS MALADES. ET · texte numérisé non relu

FORÇATS MALADES. ET

If sublime dévouement de ces sœnrs de la Sagesse de Saint-Vincciil de Paul et de Yiuceut de Paul, objets de la vénérationdes maleiots cl des condamnes.

ËD 1826, à Brest, un très-grand nombre de malades atteints d'une dyssenterie d'un asses mauvais caractère , furent déposés dans le lazaret de Trébécon, hôpital anneie du port, à une distance assez éloignée en mer. Le personnel du service de santé se porta sur les lieux; mais les héroïques sœurs des hos* pices de là marine Youinrent, malgré toutes les représentations, se rendre au poslc que la religion et l'humaiHlé semblaient leur désigner : cependant, à la rigueur, on eut {ui se passer de leurs pieux secours; mais il fut impossible de résister à leurs touchantes soIUgî talions, elles partirent avec joie. Un vent vio- ' lent de S.-O., la mer très-grosse, rendaient la traversée d^une extrême difficulté. Trébéron se trouve justement dans celle aire de vent. Trois fois Fembarcation fat obligée de rentrer au port; mais elles insistaient, elles suppliaient pour qu*on reprit la mer, et, bravant tous les obstacles, malgré le mal marin dont elles étaient atteintes, elles ahorcUrent enfin àcette île tant désirée. Pendanlplus de deux mois, elles se livt èrentauxsoins delà plusferventejiuinnnité.

L'histoire recommande à notre admiration César, monté sur sa barque, commandant aux éléments au nom de sa fortunée! de son ambition; quel tableau d'un sublime plus vrai, plus grand, dit Técrivain qui a livré ce lait à la presse, nous présente ce Irait de dévouement des sœurs de la Sagesse, qui prient au nom de l'humanité et de la religion ! Que les sentiments religieux les élèvent bien an-dessus dn conquérant dévastateur!

Plus laid, quand une m il ull» < pidémiquc décima les bagnes de Toulon et de Brest, les steurs de charité scnihlèrcut se multiplier; elles veillaient sans cesse, et leur exemple inspira une classe d'hommes dont on ne se croyait pas en droit d'attendre un pareil dévouement, je veux parler des forçats servants.

A l'occasion des forçats servants, nous retrouvons encore M. le baron Tupinier en opposition avec Tordre de choses existant. Les hôpitaux maritimes, dit>il, sont pleins de ces forçats ; ils y séjour^ nent an titre de servants, d*infirmiers, de garçons de cuisine, et

€*est des mains de ces hommes que la société a si justemeot réprouvés, que les malades reçoiYent la nourriture et les médicaments dont ils attendent leur guérison. Si M. le direclenr général

des ports nV'-Uiit pas si préoccupé Je faire trioniplicr ses préventions, il |>ourrait ajouter que les coudaninés, matelots ou oilicicrs, reçoivent Je cef^ hommes que la société a réprouvés, îles soins cl des marques de dévoucmentquc souvent ils ont vainement attendu^ des hommes que le monJe n'a point rejelés de son sein»

Lorsqu'on 1832 et 1834 le choléra sévit cruellement en Bretagne et frappa Brest, le bagne et les hdpitaux, les forçats infirmiers et servants se distinguèrent par un courage et un dévouement au-dessus de tous les éloges; plusieurs succombèrent) mais anssi un certain nombre de ceux qui survécurent obtinrent de la clémence royale des remises Je peine et Je commutation très-légitimement gagnées ; et quand les conJamnés Jonnaieiil Texemple du courage et du dévouement, des établissements desservis par des infirmiers libres furent lâcbement abandonnés.

Les hommes qui veulent toujours du nouveau^ dit M. Glaise, ont voulu remplacer dans les hôpitaux de la marine les forçats, mémo les sœurs hospitalières : jusqu'à présent les ports de mer ont pu échapper i cette mesure contre laquelle ils se sonténcrgiquemcnt prononcés; mais on revient encore à la cliarge.

Sans doute, dans une population aussi nombreuse d liantmcs dangereux, il peut s'en trouver quelques-uns qui cachent sous rhypocrisie les plus affreuses inspirations ; ainsi la bonté chrétienne d'une de ces sœurs de ciiaritc ne put trouver grâce devant la furie d'un homme de sang. Le forçat Baudelot était devenu infirmier au bagne de Brest ; il voulut qu'une des sœurs de service secondât son désir d'évasion. Une lutte s'engagea entre cet homme et la faible femme, l'éveil est donné par un cri, un spectacle horrible remplit l'hôpital J'épmivante : le forçat s'était arméd'un couteau de table, avait saisi lu silIiuic par les cheveux, et, d'un seul coup, lui avait tranché la tète. Condamné à mort, il subit son jugement au milieu des imprécations des condamnés, dont l'immense majorité n'avait pu rester indifférente aux preuves journalières de pitié que leur donnent les sœurs qui desservent rhôpital.

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