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FOKÇATS MALADES, ETC. 9SS

Uuc'l(|ueiuis aussi la surveillance des hunnes sœurs a été mise en défaut.

£uchalaé dans un lit à l'hôpital de Rochefort, un forçat, objet d'une sunreillanGe spéciale, coupe sa chaîne, s'affnMe d'un drap qu'il tourne autour de son corps comme un tablier de pharmacien, cache sa Idte sous une casquette qu'il a eu la patience de confectionner pendant les nuits avec des morceaux d'étolTe, passe au bout de la salle, sons le feu des regards de deux gardes-chionrmes assis sur les premiers lits, s'ouvre un passage au milieu de plusieurs sons-ofticiers qui causent, gagne le jardin derrifTO rhùj»ilal, franchit le mur, ol jouit de la liberté qu'il a acquise par uu U'uil de hardiesse peu commun.

Quelquefois le soupçon s'est élevé sur Tappui qu'une ou plusieurs des sœurs hospitalières auraient prêté à l'évasion d'un condamné : le devoir a fléchi sous le sentiment d*une bonté chrétienne qui a eu bientôt à se repentir quand elle a vu revenir au lit de souffrance le pauvre diable, repris et impitoyablement flagellé.

Le forçat Sottler, celui qui avait fabriqué le dossier et imité les signatures et sceaux ministériels à l'aide desquels uu condamné faillit recouvrer ?a liberté^ a viv , dil M. le docteur Lauvei^ne, un forçai extraordinaire et réellement un homme de génie; sa vie dans le monde est un roman, il a fait tous les métiers pour vivre : comme Figaro, tour à tour grand seigneur et valet, il a été étonnant de ruse, de souplesse, d'art et djesprit, sous un babit de soie ou une casaque de bure. Lorsqu'il fut arrêté, il courait les chemins dans une élégante berline, avec une belle dame à ses côtés. Pendant son séjour au bagne, Suttler montait de temps en temps à riiùpital pour y passer une scniain»^ ; il venait se reposer de la grande latigiie : il nv.iit le cœur légèrcnu iit liyperlrophié, et une >oussjirp au côte gauche du thorîix, sans qu'il y eût d'effusion organique de cœur : ce signe indique souvent une àaie ardente cl des passions qui ont été ou sont encore en pleine activité. Les grands joueurs, ceux dont la vie semée d'écueils a été souvent mise en présence d'un naufrage et de la mort, présentent cette voussure comme une marque indélébile des orages de TAmc.

Suttler, âgé de trente-deux à trente-cinq ans, avait oublié son

àgc, tant il avait déjà vécu; sa télc était bellc^ son front était large et lent, il y avait ^.lJ^ ce front les prévisions phrénologiques de la science et de lu sagesse; el cdpendanl d'après Sulller, loiit cela, tout ce bon lait avait tourné à l'aigre. Les yeux bleus de Sulller avaient un charme indicible ; il les faisait sourire à volonté, mais il pouvait aussi leur donner l'expression terrifiante de ceux de Satan.

Un jour Suttler montre an docteur sa signature contrefaite; je fus effrayé de Tidentilé des deux griffes.

Une antre fois Suttler parla d*nn papier écrit avec son encre

synipalliuiut , 1 1 i[ne nul i hiiniîile do runivers», hors lui seul, n'avait le moyen de lovivilier. 11 niuiilia un papier qu'il disait écrit, et sur lequel la loupe ne voyait que du blanc parfaitement uni; avec un âl d'arcbal solide et quelque peu élastique, Sulller pouvait ouvrir les serrures les plus compliquées ; Suttler est mort à sa manière. .

Après avoir échoué dans Tœuvre d*imitation des signatures et des pièces officielles dont il a été lait mention, il est calme, il rit, il 9*endort, et le lendemain il n'existait plus : il avait eu une façon

à lui de mourir; l'aulopsie ne fit rcconnaîlie aucune cause à laquelle (ui jiitt attril)tier sa inorl.

Un vieux forçat qui meurt, dit le même physiologiste, est un modèle de religion; nous n'avons jamais ouï dans une salle de cent malades le moindre mot, ou le moindre sourire errer sur les lèvres d^un seul.

L'agonisant du bagne, couché dans un Ht blanc, placé visHi-vis du petit autel où l'emblème du Christ semble grandir de T humilité du lieu, et un pauvre et bon prêtre, voilà la Irinilé seini-hu'niaijie el semi-divine. Combien de fois n'avons-nous pas vu le bon et respectable abbé. M. Marin, auiiionier du bagne, consoler avec une douceur évangéliquo It; j>auvre l'iu eat au lit de moi t. Le moribond est calme, rayonnant et heureux, il n'était point tel la veille : la confession des misères de'sa vie l'a déchargé d'un poids qui pesait sur son âme et sur ses traits ; ceux-cï en étaient affaisses et enlaidis. A riienre présente, il est réellement beau, le physionomiste ne reconnaîtrait plus rhoinme de la veille dans celui du

FCmr.ATS MAL\1»KS, IITC. 327 lendemain-; Ce lui ^at qui va mourir, quitte la vie sans regrel; il ne Toit ni nis ingrat, ni eunemis, ui avides héritiers. Ce qu'il a yoléf il lie Ta plus; il a expié son crime dans les galères aux yeux de$( hommes, et devant Dieu par Tabsolulion du prêtre. Combien d« Créstis, voleurs impunis, voudraient échapper comme lui, k l*heur<* de la mort, aux poignards d*nne conscience révoltée 1

La lot dans sa sagesse a voulu que les enfants ne fussent pas flétris par la condamnation de leurs pères ; elle a fait tout ce qui était on elle pour paralyser à cet égard les préjugés, de telle sorte que l'acte du décès du forçat ne fait pas mention de j^a position, et qu*il est déclaré simplement mort à l'hôpital de la itiariiie.

Souvent Thospice est un lieu de guérison morale; un forçat sur lequel les gardes-chionrmes, les surveillants ne peuvent rien, y vient, et dans ce calme et ce bien-être il retrempe un peu son courage.

Quelques vieillards que la liberté prochaine effraie, y montent avec Tespérance d*y mourir. Oa*iraient-ils faire dans du monde

qui ne les connaît plus, et qu'ils ne peuvent plus se servir de leurs bras, ni intéresser par leur repentir? ils préfèrent la grande fosse commune du eimctière où sont amoncelés les ossements de tant de générations de crimiocU que le monde n'a pas revus. Seulement une terreur les possède, ils ne redoutent pas la mort; mais la plupart frémissent à la pensée d^être transformés en sfuetefle, et de servir d*ornemeDt au cabinet d'anatomie.

Quelques autres, quand la soixante-dixième année de leur âge est près de sonner, viennent prendre à rhôpital un snrerott de force physique et morale pour gagner le dernier asile que la loi impose au eotnhiiuue sej)! ii i^cnaire. La maison centrale s'ouvre pour eux, el souvent le vieux lorrat liahitné à la longue niiscre du bagne obéit avec tristesse, et il suhit la destinée du forçat Blanc, de lachiourmede Toulon. Ce vieillard avait vécu 35 uns au bagne, il le quitta avec regret pour se rendre à la maison de réclusion la plus voisine..* Mais ce vieux corps brisé par Tège et la souffrance, pouvait à peine se mouvoir, et à peine eut-il franchi une étape, il s*affaissa, la vie s*était retirée de lui.

Chaque bagne a une salle spéciale destinée aux forçats invalides;

on n'exige des vieillards que des travaux faciles; hî régime alimentaire auquel ïU sont soumis est conTenable à leur âge; les fers qu'ils portent sont plus légers, Tannean qui embrasse leur jambe est moins pesant et se nomme manille d'invalide.

A Brest la cour des baraques où jadis les eondamnés pouvaient vendre les produits de leur industrie aux hlabitants de la ^Ue, ({ui avaient entrée franche, est maintenant convertie en préau d'invalides, triste oasis d'incurables où l'on rencontre le liitlt-ux spectacle des plaies morales unies aux infirmités physicuns. (!o(te localité doit avoir quelque analogie avec Tancienne cour des Miracles.

I.a cour des invalides a aussi son roi : l'anciennelé dé la condamnation donne titre à l'élection, et le format doyen est celui auquel revient par droit le respect des >élérans des chiourmes.

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