‹ Les bagnesChapitre 41 sur 66 · FORÇATS MALADES. ETC. S · texte numérisé non relu

FORÇATS MALADES. ETC. S

A l'exception de ces sympalhies brub]e$ qui se révèlent parmi les condamnés , et pour la répression desquelles la surveillance n'est pas toujours asses active, on remarque cependant que le sen- Uiueiit (le réjçoïsinf domine dans la jiupiilalion du bague; cliaciiu y vit j)onr soi. I.a crainte d«^ la délaliou est, sans doute, pour beaucoup dans 1 absence de tout épanchement mutuel ; cependant l'instinct naturel, qui pousse Thomme malheureux à porter sur quelque chose ou sur quelqu'un son affection, a, de tout temps établi un lien entre les captifs et les animaux. G*est surtout au bagne qne se manifeste le penchant de Thomme pour lés animaux.

Que de bizarres contrastes présente Tétude de ces natures insen*sibles, sanguinaires, indomptables, ( ji présence de la société, rendues souvent douces, hospitalières, malléables, par uu des plus petits êtres de la création.

Tn homme, associé à un meurtre, avait vu de sang-lroid deux de ses frères tomber sous le poignard ; il payait à Toulon la dette de la complicité. Ce condamné possédait, au bagne, un mulot qu'il avait habitué à tourner une meule mécanique. Pendant une nuit le petit animal mourut. An réveil, le forçat fut tellement saisi de cette perte, qu'un sombre accès de désespoir s'empara de lui et •qu'il fallut le porter à l'hôpital, où , pendant quelques jours, on craignit pour sa vie. (]ct liommc avait, jusqu alors, lait preuve du naturel le plus farouche.

A Toulon, longtentps U'S visiteurs du bagne s'arrêtèrent avec complaisance devant la cage d'un joli moineau franc; son maître rélevait avec donceur, Tinslruisait avec patience, le caressait ûvec amour. On s'intéressait à l'éleveur, en voyant les soins qu'il prodiguait à l'élève; on aimait à supposer que la place morale de ce forçat devait être au plus bas de l'échelle du crime. Cet homme si patient, si doux, si candide, c'était... Fronto le parricide!

* léVi pluit ifruiKles critiuaaliles 9on\ biru souvent rœiivrc de l'iiislincl plulùl <|iie rt-llc de l'inlclligence. Non» dlerans pttnr«x«inplc le jeune forçat cO'iidainnë aux galères à perp^iuilë pour rame de parricide; c'Mf une face mignonne et dovce, rnpp4>Unl celie de ta .geaelle oudelmleTrelte. Enfanl, il gardait les chèvres, et lesalul paternel du aoirel du malin élnit une volée de l)oi« vert. Un jour il IrouTe »on père endormi, el Pécnuie d^uii coup de karre mir la l^lc. Mis en prison, il ne s'est donl^ ni de rënormilé de son crime.

sso LES BAGNES.

Un ancien avocat, coodamné aux traTanx forcés pour fani, et qui avait obtenu <le rester àBicétre, avait recueilli un gros limaçon qui s^était trouvé dans un chou ; il en prit soin, et finit par Tapprivoispr si bien que, le limaçon, sortant à demi tous les matins de sa coquille. traînait le long des murs, venait se promener snr le lit du prisuaiiicr, et rentrait tous les soirs dans la feuille qui lui servait de retraite et de nourriture. 11 avait paiement apprivoisé un rat, un moineau et un chat qui , tous trois, vivaient dans la plus grande intimité.

A Brest, le payole de la salle des invalides, forçat manchot, porte une vive affection i une jolie perruche qu*il a élevée, et à laquelle il semble avoir communiqué la pensée. Ce charmant oiseau attentif aux gestes de son maître, comme initié aux émotions qu'il éprouve, s'attriste ou se réjouit suivant que la ligure du coiulanine exprime la satisfactiou ou le souci ; quand celui-ci est pensif, la perruche penche langoureusement sa téle de côté et sa paupière tombe à demi sur son œil mélancolique ; si le maître se met à rire, l'oiseau exprime par de rapides battements d^ailes, par de vifs mouvements de tdte, la part qu*il prend à la satisfaction de son mattre. Des visiteurs ont offert des sommes assex fortes au payole pour rengager à céder sa perruche, il a toujours opinifttrémentrefiiiNt ; je doute même qu'il la cédât au prix de la liberté.

Mais, de Inus les fuis ici ueillis qui constatent rattachement mutuel qui se forme entre les animatix et l'homme captif, aucun n'ofire autant d'intérêt que le petit drame dont Je principal acteur était une souris, et qui s'est passé dans les murs de la prison de Magdebourg, où le baron de Trenck était prisonnier.

Le célèbre captif avait tellement apprivoisé le petit animal dont il avait fait son commensal, qu'il venait manger jusque dans sa bouche. Une nuit, la souris fit tant de bruit , que le major de la forteresse, appelé par les sentinelles, visita lui-même la serrure et les verrons de la prisuji pimr s'assurer qne le baron n'essayait pas de s'évader. Celui-ci déclara alors que tout ce tapage nocturne

ni de sa iin sur réchafaud ; il pa$««i( soa temps à dormir, à élever un iiutiiieau, cl le jour de sa conduniuition, il pleura parce que Momoineaa élail niorl.

H. Lacvucrc.

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