FORÇATS MALADES, ETC
provenait uniqueinenl de la souris qui, au lieu de dormir, s\4ait imaginée de demander ainsi la liberté de son instituteur. Confisquée par le major, et transférée dans la salle de rofticier de garde, la souris travailla toute la nuit à penser la porte de cette pièce, attendit avec patience Theure du dîner, et rentra furtÎTement ches son maître derrière les talons da geôlier. Quelles ne furent pas la surprise et la joie du prisonnier, quand Si aperçut cet affectueux animal grimpant apn s lui et lui faisant mille petites caresses! Cependant rimpitoyahle major jugea à propos de s'emparer de la souris et de la donner à sa femme, qui la iiut dans une cage remplie d'une nourriture des mieux choisies. Soin inutile I La souris inconsolable demeura tapie dans un coin de la cage, et deux jours après on la trouva morte au milieu des mets exquis qu'elle n'avait même pas goûtés.
L'administration des bagnes n'est pas si craintive que la surveii^ lance qui redoutait une souris ; elle n'est pas non plus si cruelle que celle qui écrasait Taraignce de Polisson : ellelaisselatitude aux affections entre le condamné et les animaux, pourvu que ces derniers soient d'une nature à ne causer ni malpropreté ni embarras ; s'il en était autrement, le bagne serait bientôt converti en ménagerie, et la ration d'aliments de chaque homme lournendt au profit du pensionnaire. Les chiens sont proscrits, peut-être encore moins pour la gêne qu'ils causeraient, que par crainte de leur intelligence que le condamné pourrait exploiter dans un but de correspondance illicite, et c'est principalement en faveur des oiseaux de petite espèce que la tolérance de rudrninislratioii se lait seulir.
Dans la salle des invalides à Brest on peut siji^naler le singulier attachement d'un vieux condamné pour un concou, qui est bien l'échantillon 1(> plus triste, le plus disgracieux de toute l'espèce cmplumée^ On dirait que Toiseau a le sentiment de l'adoption dont il est
* J*ai fait h reman|ne carieuse, dit le doeletir Descitret, que le plm grtod nomlwe de célibetaircs dont j*ai constaté le suiciilc n'avaient avec eux aucun animal domestique qai ait pu les distraire nu li-i- (onsolcr. Don» len vidiles que j*ai faites pendant vingt-lmis uns aux indigents du H'' arrondissement, jW maintes fois rt^marquc que les plu« iiiallu-un ux partnfreaient encore leur pninelleur IViyor nvic un diieii ilnnl les cares«cs nircrhicnscs les payaient iargcmcul de retour. Il v a sept à huit un», j'ai vu, dans la rue Mouiïetanl,
89t LES BAGNES.
Tohjet, il semble honteux de sa naluralisatioD, il cache sa ttlc daii!< ses plumes... Le Torvat invalide dont il est l'idole, veille attentif et. comme une tendre nourrice, guette le moment où sou élève fera entendre sa voix mélancolique... il y a plusieurs années que le condamné attend. Chaque jour il se dit : le coudoa va chanter ; c'est une espérance, elle soutient le vieux forçat. Les camarades du condamné se préoccupent beaucoup de savoir qui cédera, de la patience de Féleveur ou de l'obstination de l'élève.
li arrive quelquefois qu'un invalide de la même salle passe près des animaux, objets des soins des condamnés^ il jette sur eux et sur ceux qui les élèvent un regard ironique. Ce l'orçat qui se traîne sur une janihe de bois qui remplace un membre emporté jadis par un boult t dans une reuconlre naTale, ' est un ancien marin, connu daa:» la chiourroe sous le sobri* quet de Jean-Bart. Bien différent des Marengos (on donne ce nom à Brest aux forçats invalides, par allusion à un vieux vaisseau, le Marengo, qui servit longtemps de salie d'incurables), bien différent des Marengos qui sympathisent avec l'espèce animale, le forçat Jean-Bart est dominé par une idée Oxe de haine contre un sujet de celle nature, mais c'est contre un èlre symbolinuc. Jean- Barl a des comptes à régler avec le léopard, c'est ainsi qu'il nomme le peuple anglais, et toute la vie du matelot a été une imprécation énergique contre le léopard auquel il redemande sa jambe. Une seule fois Jean-Bart s'est laissé distraire de sa rancune, c'est le jour où il a commis en fraude un vol avec effraction ; mais en dehors de l'épisode des assises qui l'a amené au bagne, il n'a jamais eu qu'une pensée, qu'il nourrit sous la varreuse du forçat comme il la caressait sous la veste du marin.
Aussi de quel œil de pitié l'ennemi des Anglais regardc-t-il les éleveurs de perrutiies, de coucous, de cliar(i(uiuerets enchaînés; il ne parle que de museler, (rabattre, (rélouiler le leo])ard, et si le visiteur veut obtenir quelques paroles de cet homme, il faut qu'il manifeste une profonde horreur pour sa béte antipathique.
£n parcourant la même localité on ne peut se défendre d'une
Ma cmfNUid apprivoisé qui ne voulait pas quiUer Je gruiial sur lequel gisail le corps d'un inalliettraut vieillard dont il était depuis longteup» l'unii|ue aoeîM.
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émotion en approchant d*un vieillard dont la fignr« sévère est i moitié encadrée dans une longue barbe grise. Assis sur son banc, drapé négligemment dans sa couverture qui laisse passage à une main amaigrie , ce condamné est incessamment occupé à écrire,
il ne suspend son travail assidu (jue pour rej^'.irdcr une pelilu latnpe qui brùle sans cesse près de lui, et à la llainine de laquelle il présente au boul d'une pince un ccu ps inélallique, qui bientôt entre en fusion et tombe dans une écritoire qui sert de récipient. A rimmobilité de cet homme^ à l'expression do celte physionomie rêveuse sur laquelle rayonne une secrète pensée, on pourrait se croire devant un alchimiste saisi par le pinceau de Rembrandt, an moment où il expérimente Fceuvre de la transmutation des métaux*
Mais questionnez legarde-chionrme, il vous dira que ce forçat se nomme Abraham, qu'il ost juif converli, condamné à perpétuité pour viol sur sa propre tille; que lanl que le jour dure il proteste devant Dieu et devant les hommes contre l'erreur des juges qui, selon lui, ont été dupes d'un complot de famille. Abraham veut que sa parole écrite soit durable, il a demandé aux arts une composition qui donnât une durée éternelle, et le relief aux caractères qu*il trace sur le papier, et il a inventé une liqueur qtt*il nomme encre d'airain, quHl compose au fur et à mesure de ses besoins, à Faide de la lampe qui prête sa flamme à son œuvre. La production doit se renouveler souvent, car la consommation est ra^Hilt^; Abraham écrit et prie en même temps : à ses lèvres et sous sa plume se présentent sans cesse le nom de Dieu, des avocats de la cour de cassation qu'il nomme les saints de la terre j c'est surtout à M. Scribe qu'il adresse ses suppliques, dans lesquelles il mêle en style souvent étrange la Bible et le Code, les prophètes et les administrateurs du bagne. Ses lettres ont une forme graphique, tantôt bixarre, tantôt symbolique. Voici un échantillon du style du juif revenu à la religion du Christ :
foicnt bu 3'civViciir tni6 Icô biMu^ ^raucûîô
avec toud leé ^upcncuro u la @our l>e Œai)atiou , et monficiir Btti ht , avocat , avec toud mefliettTé (ed (SonfeiUerd
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avoir hr varier, encre , plumc0 , etc.
— 3o6, 33,»erôet 23: — un ange entre itttHe ^xU (ui et qu'il annonce l'équité bc
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$((ra^nt en (et* tre6 b'airaiu, et foulent il e^t obligé be »enbre fon pain be bouleur et b*afflictioii