‹ Les bagnesChapitre 43 sur 66 · FORÇATS MALADES « ETC · texte numérisé non relu

FORÇATS MALADES « ETC

Dans un de ses antographi s qui contient plus de soixante mille lettres à la paj^c, qu'on ne ppiit guère lire qu au movoii de la loupe, il a Uacé en lorm«' (riirc-pn-riel des citations des livres saints; puis après ou lit : Que ia paix du Seigneur soH à moimeur Scribe, ococat à la cour de cassaiion^ el à touê let bons Français fut sont dont la lumière d$ la droitt a jtute raiton, «tqutia binidietiùn de Dieu uni tuf tout ce pt'ili possèdent, . . Amen . . . Amen .

Dans une autre supplique adressée à la femme du .commissaire du bagne, Abraham écrit :

Le bon odeur qui sort de voire clémence est semblable à celle d'un champ plein de bone fleure que le Seigneur a combti de tee bénidieiioni» Que Dieu acerûieseet muUipUetMre race, afn que vouitmadame, eaifex la sapiirieuire deplueieun peuplée à jamaie, c'eet ainti que eera bini qui e*intire$$e à la dHivranee du pauvre malheureux Ahmham^ en soutenant Us bonté de sa cause, eeUm VEsprii-Saini, dit Job, cbap. 33, V. 23 : Si un ange choisi enlre mille parle pour lui et (ju ti unuunce Véquité de l homme , Dieu aura rnmpassion de lui, et il dira à ses ministres ; délivrez^Cf afin qu'il ne descende pas dans la corruplion. Mais gomment pourrait-il trouver un ange qui s'intéresse pour lui devant le terrible et redoutable jugement de Dieu^ e'il ne $*intéreese point pour délivrer un pauvre maUmareux qui est eondamni vmoceniemeiU*

Talts-nLirsns Madami,

Vnlre IrteJidnfale d trtf^hcissant csclaw« !(' pstirrc malhptireuï père de si» paa« %re» petits enfants qui périss«nl , ~

Abbaham.

Sur la suscription on lit ; A la main de son aUes>e in tri'<:-il lustre madame '" , dame de notre bon, doux el très-agréable général d'administriUiim de i empire du bagnCj de la cité du juste, la ville fidèle de Brest.

Quand Abraham a terminé une de ses épitres, il la remet à un garde-chiourme, et quoiqu'il ne doute pas qu'elle parrienne à sa destination, il renouvelle sa fourniture d-encre d*airain si elle eèt

(>puisce, cl il continue sa correspondance. Je n\ii pas connu le procès d'Ahraliam, mais si, comme il y a lieu de le croire, la justice a frappé un grand coupiible, Tarrèi semble avoir tué Tintelligence du condamne; cependant son cerveau a conservé Tempreinle des idées religieuses, et la foi de cet homme en la miséricorde divine, qui a survécu au naufrage de sa raison, offre en se révélant solennellement au bagne, un spectacle étrange. Au milieu d'une population qui subit Tinfamie avec insouciance, la pitié revient forcément sur Têtre que la flétrissure a foudroyé, et chez lequel clic a détruit ces facultés morales dont Tabsence fait la brute.

J'ai dit que l'époque fixée par la loi pour la translation des condamnés septuagénaires, dans les maisons centrales, était plus redoutée que désirée par eux.

l'n de ces boinnies, au moment d'être transféré à Eysse , pré-

FORÇATS MALADES, ETC. 337 senta au commissaire du bagne un certificat du maire de son village, rectifiant une erreur d'âge dans la copie de l'acte civil. Le forçat avait espoir que cette pièce prolongerait d'une année son séjour au bagne ; malheureusement l'administrateur reconnut que c'était l'œuvre d'un faussaire, et l'invalide fut contraint d'obéir à la loi.

Un autre vieillard, qui n'avait plus que quelques jours à rester à Brest, se présenta au barbero pour se faire raser, et à peine

le forçat barbier eut-il placé la lame de son instrument sur la joue du condamné , que le vieux forçat fit un mouvement brusque en avant, et se jeta sur le tranchant de l'acier avec l'intention de se donner la mort. I>c barbero détourna le rasoir assez à tcmpg pour préserver cet homme d'une blessure mortelle.

Ces faits témoignent de l'esprit de justice dont est empreint, dans son principe, le régime des chiourmes. Quand le coupable est atteint par l'âge et les infirmités il quitte à regret le bagne : il est retranché de la communauté, la pitié lui est acquise!

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