JOURNAL MANUSCRIT DE M. RAYNAUD. 3S
En lisant les notes de M. Raynaud, on reconnaît les heurenx résultats des réconi penses accordées à la bonne conduite, et c'est surtout de l'espérancu des commutatMns He prinr**! pt d<'s grâces qu'on voit saillir de grands avantages pour la moralisation et Tencouragement au travail. Tous les administraleura qui ont fait une étude sérieuse des diiourmes sont d'accord sur ce point ; mais ils coDTiennent aussi que les faveurs qui 6*arrêtent sur les êtres dé* nioralisés, ou les grâces qui sont la récompense de la délation, jettent le découragement et la perturbation dans les bagnes. Souvent n'est-iipas arrivé que le payole, prenant un ascendant sur les agents subalternes, les a prévenus delavorablemenl contre des condamnés qui refusaient d'acheter leur protection? N'a-t-on pas vu quelquefois aussi les faveurs s'accorder aux membres habiles de cette affiliation criminelle dont il a été parlé, et qui forment une puissante camaraderie dans la haute pègre? N'a-t-on jamais tarifé à dii francs la concession des fonctions de servant? Et quant aux grâces, des démarches faites par des prolecteurs n'ont-ellés pas eu souTent plus d'influence sur le sort des condamnés qu'une exacte assiduité à remplir ses devoirs? La contîance des chefs en quelques condamnés presque élevés à des fonctions administratives n'a-l-t;ile pas servi h diminuer la chance que des malheureux pouvaient avoir à participer aux bienfaits de la clémence royale? £t les premiers noms placés sur le tableau des grâces ne sont-ils pas quelquefois ceux des hommes qui ont servi pendant leur captivité la police du bagne?
C'est cet abus que voulait frapper un magistrat quand il demandait * que la cour de cassation fût appelée à prendre part au droit de grâce.
Sans doute, quant aux crinuîs d'Klal, ie roi peut bien à lui seul se (h'cider dans 1 emploi de ce pouvoir suprême ; mais il faut reconnaître que, quant aux crimes nombreux et de toute nature qui donnent lieu chaque jour d'invoquer la clémence royale, le monarque ne saurait faire usage de son droit que sur l'avis de ses conseillers. Quelle est donc la marche que suivent les demandes
' M. «Je Muliiic?. iuuic'ii jiriii iiiTiir ilu rui.
SBO LES BAGNES.
en grâce t E8t-<;o bien le ministre lui-même, etlr-ce bien le secrétaire général Ini-même, est-ce bien le chef de division lui-même,
qui peuvent étudier les énormes procédures eiinuuelles transmises au niinisféro, à l'appui de ces demandes? N'.irrive-t-il jamais que les uns et les autres se contentent de jeter un coup d'oeil sur un rapport qu'ils ont demandé à un employé, ou à un jeune avocat travaillant dans les bureaux du ministère? Ne se peut-il pas aussi que le sort d*un condamné digne de pitié soit laissé entre les mains d*un homme dont Fàge ou Fexpértence n'offre pas assez de gvanties? Pourquoi ne sorait-ce pas à la cour de cassation qu'un avis serait demandé sur le recours en grâce ? Elle a été obligée d'exauiiuer i;i procédure; elle est composée de magistrats respectables ; aucun u\is ne peut être aussi digne que le sicu de servir de base à la décision royale.
M. Raynaud donnait le plus de solennité possible à la proclamation des grâces; il eût même vonlu que cet acte de haute clémence motivât une cérémonie imposante, à laquelle eût assisté toute Uadministration supérieure. Et en effet, ce pourrait être un grand ressort d'émulation pour les condamnés graciés et pour ceux qui peuvent conserver Tespoir du pardon, que cet affranchissement pronoiK ( [nthliqucment et devant une foule représentant la société dans laquelle ic gracié rcnlre, et qui, j>ar sa pn sence, s'unirait a l'œuvre d'indulgence émanée du trdoe. Je crois même qu'un admi> nistrateur des chiourmes n'oserait violer ouvertement le principe moral de l'amnistie, en présentant à une assemblée présidée par de hants fonctionnaires, un homme qui n'aurait eu pour titre a sa grâce qu'une action immorale.
M. Raynaud donne les détails d'une mise en liberté par suite de grâce royale. Toute la chiourmc est rangée en bataille dans le port , devant le bagne. En tète sont placés ceux qui portent le bonnet vert, au centre les éprouvés, à la gauche les autres catégories; chaque adjudant ou sous-adjudant est à lu tête des hommes de sa localité ; les rondiers sont placés sur les flancs.
Bientôt le gracié parait; il porte sa chaîne et est revêtu du costume de forçat; il est accompagné d'un rondier, suivi d'un cha>
JOURNAL MANUSCRIT DE M. RAYNAUU. 357 Ioupi«;r luiiui de lout ce qui est nécessaire au deft-rremenlj un second chaloupier lient le vêlement qui doit remplacer^ pour le libéré y la caMqne du bagne. Le commissaire et raaaiÀnier paraissent : le coup de sifflet qai commande le silence est donné .par le premier adjudant.
Le commissaire primonce une allocution, et donne lecture des lettres de grâee, puis il ordonne que le condamné qu'elles désignent soit déferré : le chaloupier procède au déferrement. L'homme dégagé de ses chaînes est conduit sur toute retendue de la cnlotine, il revient près du commissaire, et les for^'ats, deux a deux vÀ le bonnet has, défilent devant lui en lui adressant quelques paroles d^adieuz' ou de félicitations. Il fut une époque où un rorps de musique militaire^ composé de condamné», animait le défilé par une bruyante exécution.
L'boDorable M* Glaixe, commissaire du bagne de Brest, a lût, de son c6té, connaître avec quelques développements les moyens qu'il croit les plus efficaces entre les mains du chef du service des chiourmesy pour augmenter et assurer son autorité et sa lurce, pour maintenir l'ordre et la tranquillité dans celte maison, pour inspirer de la confiance à des hommes malheureux, pour ranimer l'espérance dans leurs cœurs flétris^ en faisant entrevoir la fin de leur captivité ou une amélioration à leur sort a des condamnés longtemps éprouvés par une conduite exemplaire, et qui sont authentiquement réclamés par leurs familles ou par les autorités de leur pays.
Tous les ans une commission spéciale, composée de plusieurs officiers de la marine attachés aux diverses directions du port, d'ingénieuTN des constructions navales et des travaux maritimes, ainsi que d'un officier supérieur d'arlillerie, du commissaire des hôpitaux, et du chef du service des chiourmes, se réunit sous la présidence du commissaire général de la marine, et examine successivement tous les noms dont le chef du bagne a préparé la liste après avoir compulsé avec le plus grand soin tous les dossiers des condamnés.
Celle liste contient les noms de tous ceux (jui, outre le temps d^expiation exigé, ont montré le plus de résignation et de rcpeulir,
et ont accompli toutes les conditions do règlement sévère relatif à
ce travail aussi considérable qu'important
C'est avec une ,ittention rpli*;irusc qu'il est pi r|)arô et qu'il est cxaininé par ia l uinmission, qui arrcli» le tableau des malheureux sur lesquels elle croit <l('voir appeler la clémence royale. Ce tableau est ensuite présenté «au conseil d'administration du port, présidé par Tamiral préfet maritime, et, lorsqu'il a été approuvé par ce conseil, il est transmis en double expédition à M. le ministre de la marine, qui en adresse une expédition à M..le garde des sceaux.
Ce n'est pas tout encore. Comme il est essentiel d'empêcher qoe l'ordre social no reçoive do nouvelles atteintes de la part des condamnés, les procureurs généraux des cours royales où ces individus ontélé jugés, sont consultés sur la (pieslion de savoir s'il n'y a pas danger à leur rendre la liberté et à leur permettre de rentrer dans leur paya, comme aussi s'il convient de réduire la peine de oertains autres.
Sur les assurances Cayorabies données par ces ma^strats, sur Topinion exprimée par eux qu'aucune appréhension n*existe plus, et que les fautes commises ont été suffisamment punies, les propositions de grâce entière, ou de commutations ou remises de peines, sont portées sous les yeux du roi par M. le garde des sceaux, et signées par Sa Majesté à la date du jour de son avènement au trône.
Ce jour est un beau jour pour le bagne I
Bien que le nombre des graciés ou des commués soit peu considérabloi puisqu'il n*est r^lementairement que leirSfrttAnedu personnel de la chiourme, on ne peut imaginer les transports de joie, les ravissements, les cris de bonheur qui retentissent dans tontes les salles à la proclamation des noms de ceux sur lesquels la clémence rovale est descendue.
Nous Tavouons avec plaisir, c'est aussi un beau jour pour nous ! dit M. Glaize.
Qu'on se représente notre entrée dans chaque salle, lorsque tous
' I,a prfmii'ro rontliiiAn irnno<M»o. rVsl «ravoir Tnil dix ans, lorsque le coiiiiamno est M Vif on à \iM^'l ;itis, cl nii moins l,i iiioiiii- lU- la conilnniiialion. lni-s,ju"olli' était au-dcs- >uu5 (le >iu^l .lits. La secundo esi d'ciic rcciniiie oUiciclleiiicut et on Imnnc lorino par les ramitles, «ini »'ciigageiità (ournirirae rxtAlciwe «iDiiirfk* au rérUmic.
lOllUNAL MANUSCRIT DE M. KAYNAl 1). 5&» les condamnés, fatiguée, le visage noirci parla poussière, le charbon, la boue des ateliers et des excavaCions» et revenant des travaux du port, apprennent que le Uramil gràcet est arrivé et qu$ U eommiitaim «a Uiproetamtr,
Au coup de sifflet d'attention, les grilles s'ouvrent et nous en" trons.
Nous appelons les noms inscrits sur riieureuse liste. Nous dirons à chacun des ^;raciés ou commués lu faveur qui lui est accordée, et qu'ils ignoraient tous une minute auparavant.
A chaque nom, des cris de joie s^élèvent, et semblent poussés par des êtres qui ont perdu la raison.
Des condamnés à la figure grave et austère sentent leurs muscles, depuis longtemps comprimés, se détendre pour la première fois, et de douces larmes mouillent leurs paupières depuis bien des années desséchées par Ir désespoir.
D'autres, qui croyaient n'avoir rien à atlrndre, lombcal atterrés de la félicité qui leur arrive. Ils ue peuvent y croire; ils demandent, et demandent encore ce dont il est question pour eux; ils ne savent pas comprendre, et ce n'est qu'après qu'on leur a répété plusieurs fois la grande nouToUe inespérée (qu'il faut que nous leur confirmions nous-mémés] , ce n'est qu'alors qu'ils répètent les mêmes cris de reconnaissance et de bonheur.
Ces émotions, ces transports se renouTellent à plusieurs reprises dans toutes les salles, parmi la plupart des condamnés.
On comprend qu'il ne s'agit pas ici des forçats qui ne donnent aucune garantie de leur retour au bien, et qui pcmstent dans leurs mauvaises passions.
S'ils ne partagent pas la joie de la masse des condamnés, s'ils restent froids et insensibles à la proclamation des grAces, s'ils s'occupent peu du grand événement annuel qui rend au monde plusieurs de leurs compagnons, c'est parce qu'ils savent que leur sort, à eux, est irrévocabtemenl fixé, que la société est trop intéressée à se défendredc leur horuble présence, pour que jamais elle puisse leur faire grâce de leurs aiïreux antécédents et de leur persistance dans le crime.
Pour ces^ hommes féroces et sanguinaires, inaccessibles au re-
MO l,ES HA (.NE S.
mords et à la pitié^ qui oe révent que meurtre, vol et pillage, qui ne connaissent que la TÎolence el qui cherchent toutes les ooea** simit de rompre leurs chaînes, pour ces misérables qui ne peuvent inspirer que de Thorreur, nous n'aTons et nons n'aurons jamais qn'une inflexible et inexorable sérétilé.
Jamais nous ne consentirons à leur accorder la moindre faTeur» et nous nous garderons bien plus encore de les présenter aux bontés du roi, lors même que leurs familles, st^dnitos p.nr leurs promesses lallacienses, les réclameraiimt offici<'lienient en suivant toutes les formes voulues par les lois et règlements.»
L'histoire des condamnés graciés serait un ouvrage à la fois cnrieuz et utile. Quel triste enseignement ne tronTe-l-on pat dans Pépisode de Renaudin, raconté par M. Appert!
Pierre Renaudin avait seixe ans lorsqu'il commit une première faute ; il fut condamné à cinq ans de réclusion.
Sa jeunesse et son repentir lui valurent des protecteurs, et sa peine fut commuée en ciiH| années de détention.
Rentré dans !a société, Renaudin se livra à une profession honorable et lucrative y il se lit bijoutier.
Quelque temps après sa mise en liberté, des camarades qa*il avait connus dans la prison , mais quMl croyait revenus à de bons sentiments, lui ûrent visite; il les accueillit, et reçut même un d'eux dans sa chambre» dont il lui offrit le partage, étendant sa générosité jusqu'à partager arec loi ses économies et ses vêtements.
lin soir, Renaudin rentrant chez lui , accompagné de son père qui y venait pour la première fois, aperçut, étant sur l'esralier, uneiumière qui disparut aussitôt qu'il introduisit la clef dans la serrure. Surpris de cette circonstance et de la résistance qu^on op> posait à lui laisser ouvrir sa porte, il s'écria : Voisins, il y a des voleurs dans ma chambre. Mais aussit6t toute résistance cessa, la lumière reparut, et Renaudin trouva chex lui les nomméd Blustot et Abraham , qu'il connaissait , et qui lui demandèrent en riant s'il les prenait pour des voleurs ; qu'ils étaient venus pour le voir, el qu'ayant trouvé la j)orfp de sa chambre à poine fermée, ils étaient entrés pour l'attendre, feu satisfait de cette explication, Re-
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JOURNAL HAKDSCRIT DR M. RAVNAUD. STH
naadin, sous prétexte de montrer ses effets à son père, ouTrïl coninuulo, et, voyant que rien nVlait dérangé^ perdit les soupçons qu'il avait d'abord cunviis.
Le surienUemaîo, le motif de cette visite fut expliqué.
1^ propriétaire de la maison vient frapper à la porte de Renaii'* dîn, pour lai dismander s il n^avait pas enteodu quelque bruit, et lui apprendre qu'on aTait entièrement dévalisé la chambre voisine de celle qn*il occupait.
Renaudin, k cause de ses antécédents) avait tout à craindre d'un pareil événement. Cependant, fort de sa conscience, il suivit cette dame dans la chambre où le crime avait été commis, et il frémit à la vue du dégât et du désordre qui y n giiaienl. La proj»riélaire s'apervtil (le sim éitintion, cl l'attribua à un motif coupable.
lleutré chez lui , Kenaudîu se livra à son désespoir; il se voyait sur le point d'être arrêté, quoique innocent, et, pour prévenir les résultats d'une semblable accusation, il résolut d'en instruire le chef de la police centrale.
liais Blostot et Abraham étant survenus, ceux-ci opposcreni d'abord la négation à ses reproches, puis ils lui firent comprendre (|ue, s'il luttait contre eux an lieu de se taire,, il courait risque de »Q perdre, et qu'il risquait même la chance terrible d'èlre condamne, sur leur dénonciation, aux travaux forcés à perpétuité, à cause de sa première faufe.
Renaudio, terriiié, hésita et attendit les événements; mais, le lendemain, comme il sortait de chet lui, il fui arrêté. Alors il dit tonte la vérité.
lllùstol et Abraham furent aussi écroués. Ils nièrent tout, excepté leur présence dans la chambre, parce que le père de Renaudin pouvait en donner témoignage.
Les trois accusés parurent devant les assises. Il ne s'élevait aucune charge contre les véritables coupables ; toutes, au contraire, se réunissaient contre celui qui était innnrnil. Les voleurs avaient passé par sa chambre pour arriver a celle qu'ils avaient devaiisée; dans les deux chambres on trouvait des allumettes chimiques pareilles; l'empreinte d'un soulier boueux était restée à un rideau de lit, cette empreinte avait la proportion du pied de Renandin ; l'état
de siinreîHance du libéré , tout faisait preuTO ou soulevai! la pré-* venlion contrei'onvrier bijoutier.' Il fut déclaré complice de Mustot et d'Abrabam, et condamné aux travaux forcés à pcrpéluiié. Renaudjn seYoyait perdu sans ressources. Ses deux acentalearK,
n'ayant plus d'espoir de rimpunité, regardèrent comme inutile de sacrifier un innocent. Ils prirent le parti de révéler toute la vérité. Ils racontèrent que deux antres indi>idns les avaient aides, ils désignèrent des voleurs déjà connus 4e la police; mais on mit en doute leurs aveux tardifs, on ne |)ut trouver la (race des effets en~ gagés par ces complices au mont-de-piété, sons des noms supposés; enfin^ les deux hommes désignés par Blustot el Abraham, arréirs d*abordj furent rendus à la liberté, et tout espoir lat enlevée Benaudin.
C'est alors qu'il adressa an garde des sceaux une supplique louchante qui se terminait ainsi :
« L iic seul* iiC(^ terrible nu* bannît pour toujours de la sociélé, « be fer des bourreaux a déchiré mon corps. Je suis sur le banc c des forçais; c'est au bout d'une chaîne que je suis obligé de ter^ « miner ma vie... et je suis innocent. »
Le garde dqji sceaux d'alors fut frappé du caractère de franchise qu'il y avait en celte réclamation. Une enquête minnlteose fut ordonnée : une grflce pleine et entière fut accordée à Tinfortané pétitionnaire.
Quand Renaud in apprit qu'il était gracié, il eut peine à contenir l'excès de sa joie et de sa reconnaissance. II fit à pied lecliemn» de Toulon à Paris pour remercier ses bienfaiteurs , mais il ne profila pas longtemps de Tacte de justice qui l'avait rendu à la liberté. Les efforts qu'il avait faits pour prouver son innocence avaient usé ses facultés et sa vie; il mourut huit jours après son arrivée chez sa pauvre mère, qui eut du moins la triste consolation de lui fermer les yeux t
François Mayenne, d'Âuch, fut accusé d'une tentative de meur* tre; c'était à l'époque où la flétrissure existait dans nos lois. Le
prévenu avoua le crime ; il fut condamné aux travaux forcés à pei*pétuilé. Le bourreau lui ])lara le fer brûlant sur l'épaule; il revêtit V habit du bagne. La resignatiou de cet homme donna lieu de
JOURNAL MANUSCRIT DE H. UAYNAUD. 505 tlouler de :>a culpabilité : on plaça près de lui plusieurs renards intelligeuUy et on obliut l'aveu du plus- sublime dévouement iilial. Les preuves matérielles constatèrent bientôt «pie François Mayenne ii*élait pas coupable, qu'il s'était offert à la justice à la place de son père, et qu'il subissait pour lui l'infamie. Des lettres de grâce arrivèrent ail bagne, et Mayenne recouvra sa liberté*
Un forçat du bagne do Toulon éprouva la puissance que peut avoir sur l'amendement d'un homme coupable un pardon inespéré.
Quelques aniicos après la restauration, un soldat de la garde impériale, releiiu lonj^U'Uips prisonnier de gurrn% renlro dans ses (oyers, et, muni d'un congé de réforme, il vient cherclier un asile et le repos au sein de sa nombreuse famille, qu'il a laissée dans la capitale. 11 né trouve plus qu'une mère veuve, âgée, sans- appui, plongée dans une eitrème misère. Son père, ses frères, sont morts, a l'exception d'un seul qui est relégué pour toujours parmi les malfoiteurs : il est au bagne ! Le soldat s'abandonne au désespoir, mais bientôt un digne ministre de la religion vient à son secours. M. l'abbé Dubois, curé de Sainle-Mai|;uLiite, console le soldat, et lui rend Tespérance; son frère n'est pas tellement coupable que la pitié duivc se retirer de lui; lu prêtre a rédigé un piacct au souverain; il implore sa clémence. Le roi Louis XYIU accorde, nou-seulementla grâce,, mais il veut y ajouter un nouveau prix en la remettant lui-même au pasteur.
La voiture du prince s'ari-éte bientôt devant Téglise Sainte-Marguerite,'dans le faubourg Saint-Antoine; à ce moment, le vieux militaire priait, et demandait à Dieu le succès de la démarche du bon prêtre; l'abbé Dubois s'approcbe de François l'... et lui dit : Le roi est dcNaal l'église, il nous demande.
Quelques minutes après, le soldat et le prêtre recevaient de la main de Louis \YI1I la grâce du forçat. Lne immense population entourait la voiture du prince.
« Vive le roi ! s'écria-tron de toutes parts. • — Mes enfants, je vous remercie, dit Louis XVHI ; mais cries aussi Vive le curé de Sainte-Marguerite! Le peuple salua de ses cris le bon prêtre, et ramena en triomphe le vieux soldat à son duimcilc.