‹ Les bagnesChapitre 55 sur 66 · L... JeTjaîUel · texte numérisé non relu

L... JeTjaîUel

Mo» clier U..., je t'écris de cette ville pour l t im connaître ma position depuis mon départ de Bre?t, c'est-à-dire depuis le 21 avril. Je rouie d'une ville à l'autre sans pouvoir trouver du travail ; ce qui en est la cause c'est que les papiers qu'on nous délivre en sor* tant du bagne ôtent la confiance plutôt que de la donner, de sorte que je ne sais plus que devenir.

Tai remis à ton père et à ta femme les objets dont tu m'avais charge. Ils m'ont offert cinq francs que je n'ai pas voulu recevoir*

Je te sulue d'amitié, ton ami,

Jacques Ch.*.

Cet homme s'étaulbien conduit pendant sa captivité de 20 ans, il est à craindre que la misère ne le ramène au bagne. Cela n'arriverait pas s'il trouvait du travail pour vivre*

Sur toute sa route et lors de son arrivée à sa destination, le forçat libéré est tenu de se présenter à Toflicier public du lieu ; mais l'autorité s'esl-elfe assurée de la discrétion de ces derniers? A voir ce qui se passe, on ne peut douter que la question ne doive être résolue par la négative.

APRÈS LE BAGNE. iDfi

Dans certains endroits, dans presque tous, même, c'est un événement que UarriTée d'un forçat, et Tof&cier public qui le reçoit n'a rien de plus pressé que d'en informer ses Toisins. BientAt le forçat devient l'objet de la curiosité publique, le sujet de toutes les

conversalions du pays; chacun se redit la nouvelle, chacun accourt sur sou passage, c'est une véritable espusition qui Jure depuis l.'instant qu'il se met eu roule jusqu'au moment où il arrive à sa destination j que dis-je"/ eiic se perpétue au delà de ce terme; car dans celui qu'il a choisi pour sa résidence, la curiosité n'est pas satisfaite alors qu'on l'a vu arriver, et elle se continue jusqu'à ce qu'elle trouve son aliment dans d'autres événements*.

Avec un tel luxe de précautions qui ne permettent pas au libéré de cacher sa position dans son pays où le préjugé s'élève avec tant do force contre lui, que voulez-vous qu'il fasse? Que voulez-vous qu'il devienne? Comment voulez-vous qu'il trouve de l'ouvrage?

Placer un malheureux dans celle position, c'est le mettre audessus d'un précipice, sur une planche à hascule et lui dire a marche! » Bientôt l'équilibre. se rompra, la bascule jouera et l'homme roulera dans rabime.

A sa sortie de prison, vous dites à un libéré : Vous ne pouvez habiter les ports de mer, vous ne pouvez habiter les places fot^ les, etc. Quelle ville voulez-vous habiter? C'est retenir d'une main ce qu'on offre de l'autre : c'est une dérision ; et où voulez-vous que cet homme réside et travaille? Tous les endroits qui sont des centres d'activité et d'industrie, et qui par cela môme réclament des ouvriers, leur sont interdits.

Les libérés privilégiés qui obtiennent la permission de résider dans les grandes villes sont lorcés de se présenter, à de certaines époques, au bureau de police, de sorte que s'ils parviennent à cacher leur position réelle, ils ne tardent pas à être pris pour des mouchards, et ils ne gagnent guère à cette erreur, car, par une de ces bizarreries de notre caractère national, libérés et mouchards sont frappés d'une même réprobation. On craint constamment les uns, on a besoin des autres pour qu'ils vous en garantissent, et on

' L'n mot sur la f^ueslion du jour.

lès méprise tous également : c'est une inconséquence dans nos préjugés.

Quant aux libérés que ia surveillance parque dans les communes rurales, ils sont soumis à l'arbitraire d'an dernier garde cbam-

pêlre; cl ceux d'eniro eux qui cultivent la terre ne peuvent quitter leur commune pour veudrc leurs lé{i:nmes au inarelié de la \ille voisine, sans rompre leur banc et s'exposer a une peiiu- correctiouuelle; pour eux, la surveillance est une captivilé après une captivité.

Le préjugé contre le libéré se montre tellement inflexible qu'il atteint môme les hommes que Terreur de lenrs semblables a envoyés dans les bagnes; et quand l'innocence de la victime est reconnue, la pitié, qui n'est plus que justice, semble ne s'approcherdn martyr qu'à regret.

L'erreur judiciaire qui rendit un instituteur de Salperwick justifiable (l'un eriiue (ju'il n'avait pas eiuniuis, est trop récente pour qu'on ait ouhlui les détails de cette déplorable affaire : M. Ifouillcz qui, après avoir soutenu une terrible lutte contre trois cours d'assises, succomba sous le poids des probabilités, et fut envoyé aux travaux forcés, ne dut la découverte de son innocence qu'à des circonstances presque imprévues et miraculeuses. Cet homme sortit du bagne ; mais rentré dans le monde, — si la flétrissure ne pesait plus sur lui, il n'en était pas moins encore victime de funestes préventions. La pitié s'approcha de lui, mais comme en tremblant: la société a toujours peur de l'homme qui a foulé la terre du bannie; line sousci iphon s'ou^nl pour le nialliefireux qu'un jury avait envoyé pur dans 1 asile du crime, et pas lunom d'un seul des jurés ne parut sur la liste ! N'élailpcedonc pas à ces douze juges é<j:arés que revenait Tinitiative d'un Acte de justice? r<i'était-ce pas à quelques membres de la nombreuse magistrature bourgeoise, souvent trop facile à émouvoir, que la conscience devait imposer le soin de l'existence à venir de l'homme reconnu innocentt Quand l'homme opulent écrase ou mutile un malheureux snr la voie publique, faute d'avoir pu dirijier avec adresse les chevaux de son équipage, cet bdinuie i sl contraint par la loi à donner une indemnité à sa victime pour compenser, autant qu'il est po^^ible, le tort qu'il lui

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