APRÈS LE BA€NE
fait (iaiis sa vu* lahoricuso. II fnul dire, à la louan<îo t\o l.i classt^ aisée des grandes villes, qu'il y a peu d exeiïiples qu'elle ait marchandé le prii du sang, et que presque toujours clic est plus prompte que la loi à satisfaire la juste exigence du blessé.
Cette réparation que le code apporte, émane à la fois d'un sen* timent de pitié et de justice; mais les jurés tueront moralement un homme, la Providence lui viendra en aide, il ressuscitera pour la société, et ceux qui auront été les instruments de la catastrophe ne seront pas contraints d'élever une chaumicro à cet homme qui n'a pins (Kasili d assurer des vêtements et du pain à la nouvelle existence (le leur victime !
llemeusemenl pour le pauvre Ilouillez, une population cbari- • table et intelligente s'est substituée, pur son propre élan, à l'œuvre que d'autres, peut-être, auraient dû accomplir; une place d'instituteur était vacante dans la commune de Nord*Leulughem ; on cherchait, pour la remplir, un homme qui fût peut-être encore plus honorable qu'instruit, car, dans cette localité, il est de tradition que l'homme du village en sait asseÉ quand il peut dire sa prière, écrire h la famille, et contrôler arithmétiqucment les cotes du percepteur d'impcMs; mais, ilatis celle commune, on i toil aussi que les bonnes ([n;ililés ne sont que le résultat de la enlinro soignée et intelligente des instincts ou des natures, cl c'est pourquoi on voulait un brave homme qui put donner à la génération naissanté les bonnes qualités existant en lui. llouiliez, qui sortait du bagne, fut nommé instituteur de la commune de Nord-Leulughcm.
Les idées du public, en ce qui concerne les forçats libérés, sont confuses et erronées. 11 ne dislingue pas, ou plutôt il ne connaît pas les diverses classes de libérés, cl il est enclin à ne voir dans ceux-ci que des forçats. A Paris, celle dernière catégorie ne l'oi-me guère que le quart de la classe des liliérés autorises à y résider. Non— seulement elle est moins ji<uni)rt'use que celle des réclusion naires, mais un rapport au roi établit que jicndant une période de cinq années, sur 3,308 condamnés sortis des bagnes, 646 ont été poursuivis et jugés de nouveau, ce qui donne 19 récidivistes sur 100 libérés, tandis que sur 28,807 détenus sortis des maisons centrales, S,488 ont «té l'objet de pounuites et de cou-
damnations nouTcUes, proporlion qui fait rensortir un plus grand nombre de condamnés en récidive, c'est-à-dire 21 sur 109. La diflérencc en faveur des bagnes est d uulatit plus reniai ijiKible, dit le rapport, que la population des maisons cenlralcs rcînlcrme des femmes qui lombent en récidive bien moins souvent que les hoMMiif s, et que iVv9> lors, cette population semblerait devoir offrir moins de condamnés relaps que celle des bagnes; d'ailleurs l'expérience a mis en lumière cette vérité, que le redusionnaire et le correctionnel peuvent être beaucoup plus corrompus que l'homme sorti do bagne.
Dans le département de la Seine, îl existait an janvier 1836, 1867 libérés soumis à la surveillance, savoir :
Forçats 456 86 542
Rcclusionnaircs 395 7>7}T\ 030
CorrectionneU 319 76 395
Totaux 1,370 497 1,867
Sur ce dernier nombre, on comptait à-Paris 1712 individus des deux sexes, appartenant aux trois catégories ci-dessus indiquées; les mouvements d'entrée et de sortie qui s'opèrent chaque année à
Paris se balancent de telle sorte, qu'on peut afRrmer que celle ville ne renferme pas, année comujuiiu, au ilclà Je 1700 libérés de toutes t lasso?.
Qu'on ne croie pas que le libéré succouibe toujours sans avoir combattu. « Lorsque j'étais cbef de la police de sûreté, dit Vidocq, les libérés qui avaient obtenu la pemisston de rester à Paris et qui ne pouvaient trouver du travail parce qu'ils étaient marqués au front, et stigmatisés par les préjugés de la surveillance, venaient souvent me voir et me demander des secours. Je leur ai donné longtemps, mais enfin je fus forcé de cesser; alors ils volèrent pour vivre. En présence de tels résultats, il faut de deux choses Tune, ou extirper le préjugé qui porte les niasses à repousser) IIm réet à lui refuser de l'ouvrage, ou modifier, sinon supprimer la surveillance, de manière à ce qu'elle laisse à celui qu'elle frappe la possibilité de cacher sa position. C'est peut-être moins, en effet,
APKÈS LK BAGNE. 40ÎI contre la surveill.mee elle-même qu'il faut s'élever que contre la manière dont elle est exercée.
C'est une lutte terrible que celle engagée par le libéré contre les répulsions de la société. On a vu de ces hommes , malgré toutes Icsw? misères et tous les mépris , persévérer dans la voie du bien qu'ils avaient reprise ; plusieurs, pourgagner un pain honorable et chèrement acquis, se sont livrés à la fabrication mortelle du blanc decéruse, qu'ils n'ont pas quittée malgré de longues maladies occasionnées par leur travail même; d'autres se sont mis au service des équarrisseurs , ou bien ont accepté les emplois les plus répugnants dans certaines parties du service de la salubrité publique. Près de ces entrepôts putrides de débris d'animaux, dans les boyauteries, dansées fabriques d'alcali dont l'atmosphère est pestilentielle, des hommes soumis à la surveillance ont cherché de l'occupation, et ont préféré cette existence à une vie de débauche qui |)résenlait des chances à la récidive.
Il est d'aulres hommes encore qui ont racheté par de nobles sentiments une faute passée; et, dans les dernières classes de la
410 LES nAGNES.
société, on a vu de pauvres travailleurs payer pnr le sacrifice de leur vie dans un incendie on dans une iaondatiou, le pardon qu'ils avaiorit o1)1(M)u de leurs coiu ilovt ns.
A Paris, (les lihéros se sont maintenus lionnèln^ , malgré les provocations au \ul que leur lirunl d'aucieus coni[>agnons de vice, el ou a connu deux de ces anciens condamnés dont Tun porta la hollc du chiffonnier, et l'autre habita l'échoppe d'écrivain public dans la Cité ; ces deui hommes, que la même chaîne avait liés à Toulon, conservèrent Tun pour Tautre une sympathie dans laquelle ils puisèrent la force de résister aux tentations du mal. Chaque matin , ils fraternisaient le verre à la main, et quand ils se rappelaient Cartiiagène, c'est le sobriquet sous lequel ils dési<rnaienl Toulon, c'était pour jurer, sur le ( oriij)(()ir du marchand de vin , qu'ils ne feraient jamais un second voyage.
Parmi ces hommes qui ont vécu avec l a fcrnir résolution de mettre fin à leur vie passée , quelques-uns sont sortis victorieux de l'épreuve, témoin le forçat Postol, dont T lus toi rc touchante est affichée dans chaque localité du bagne de Toulon , exemple que Tadministration offre continuellement au souvenir de ceux que la loi retient.esclaves, afin qu'ils en fassent profit à l'heure fatale qui les livrera aux misères de la liberté.
Postol avait vécu seize ans au bagne ; il était revenu à Pontoisc, sa ville natale, cl l.î, il s'était mis à lulli r contre lepréjiij^é qui le repoussait, el les répugnances qui hii enlevaient le lra^ail. Sa probité fut plus forte que la misère, el son énergie plus puissante que le mépris public : il le vainquit, il parvint à inspirer la pitié, et bientôt il gagni^l* Admiration et l'afTcction de tous. Admis comme modeste ouvrier dans une fabrique, il donna l'exemple de l'assiduité et des bonnes moeurs, il fit tourner ses épargnes au soulagement de ses camarades moins économes que lui , quand ils se Irouvèreni sans ouvrage ; il se fit une joie de secourir tontes les infortunes qu'il connut. La veuve d'un pliannacien, restée sans ressources après une longue maladie , aurait succonihe a la misère et aux privations, si Postol ueùi passé la nuit au travail pour procurer à la malade les médicaments nécessaires ; et quand cette femme eut cessé d'exister , malgré les soins que pendant douxe ans
De«4tné |Mr KrtTtcnt-LouAi. Gt*^i f*r RoiciT.
L^iyiiizuu by GoOglc
APRÈS LE BAGNE. 411 le libéré lui prodigua, une tombe B^éleva puur elle : ce fui Fostol. qui l'édifia I L*œnvre de bienfaisance n'était pas encore complète :
deux jeunes filles avaient f'iirvLt'u à leur iiu re , elles trouvèrent <lans Poslul un piolccleui- , et le IViiit de son travail servit à donner une instruction utile aux orphelines que plus tard il dotera.
Les mérites de Postol eurent leur récompense : le prix de vertu; fondé par le vénérable Monthyon , est venu sanctionner la réhabilitation morale qne lui avait décernée la population témoin de ses dignes œuvres , et la réhabilitation civile ne tarda pas à rendre au libéré son titre et ses droits de citoyen.
On a remarqué qu'il y a moins de récidives parmi les libérés qui habitent le village (fuc parmi ceux dont la résidence est uife petite ville. Dans les j^raiides cités, celle élusse (riiouiines peut vivre presque inaper(;u(;; tle nombreuses iiulustries faeililenl son existence; il y a même des libérés qui ont passé de longues années dans des ateliers occupés par de nombreux ouvriers, sans qu'on ail en soupçon de leurs antécédents judiciaires. Dans les petites villes, le libéré est connu dotons, il ne peut pas compter sur le mystère ; il ne peut espérer qu'en la pitié, il la trouve rarement. Au milieu des campagnes, il y a encore possibilité pour le libéré de vivre incognito, et alors même qu'une indiscrétion a trahi sa position, il n'est pas rare qu*on lui conserve une bienveillance intéressée. Le paysan spécule sur le libéré, tout en se méfiant de lui ; il lui donne du labeur, mais il le lui accorde à un prix beaucoup moindre que celui qu'exigerait un homme (jue la loi n'aurait pas frappé. J'ai vu, dans un village de Seine-et-Marne, un libéré réduit, pour vivre, à faire des journées de labour on de terrassement à raison de 30 et de 40 centimes ; cet homme profitait des belles nuits pour doubler son salaire; il vécut peu de temps. La cupidité lui avait accordé, do son vivant, rang parmi la population ; mais, après sa mort, l'orgueil campagnard lui refusa place dans le cimetière du village. Le corps de cet homme lut envoyé à un hospice, ou plutôt à l'amphithéâtre de la ville voisine, dans la charrette qui d habitude mcuaitles chevaux chez réquarrissenr.
Dans le joli village de Moutfermeil, un scutiment moins égoïste animait la population, et j'ai vu longtemps au milieu de ses bons
habitante, un homme paisible et laborieux, autrefois condamné, passer une TÎe allégée par la bienfaisance. On désignait, dans le pays, cet homme sous le nom du vieux condamné, et sonrent, dans
les repas de famille, la piliés'unissant quelque peu à la supei slilion, on laissait une part, soil d'un gàlrau, soit d'un mets, qu'on envoyait ail libéré et qu'on appelait la part du vieux condamne. Les bonnes gens pensaient que cette offrande leur porterait bonheur» D'autres, moins bien traités, ont demandé la (in de leurs maux au suicide, ou sont morts de froid, de faim et de misère, sur la voie publique; d'autres enGn ont porté leur espérance vers des êtres qu'on ne suppose pas accessibles aux instincts de la charité, et sous les haillons du mendiant, on a vu des libérés s'acheminer vers Brest, Toulon ou Rochefort ; la, ces hommes se sont approchés-dé la porte du port,
ils ont guetté b; moment où quelques couples de condamnés sortaient sous l'escGrle des f;ardes, ils ont tendu la main, et l'aumône des forçats n'a pas manqué à celui qui n'avait pu émouvoir la pitié des gens honnêtes.
APKÊS I.E UAGNE. 413 Les hommes qui écment sur la péualité et sur les lieux de réclusion affichent depuis quelques années nu insatiable besoin de savoir ce que les temps anciens faisaient et pensaient en malière de criminalité. Tel publiciste qui aurait pu eipérimenter sur le personnel des classes dangereuses qn*il avait sous la main, a évoqué^ à propos du système cellulaire, tous les conciles et les Pères de rÉgiisc. Je n'ai point la prélenlion d'imiter ces réformalcui6 dans leurs laborieuses et scientiliqucs rcehcrehes, et, à propos de la surveillance, je croirai, de prélérenec à suint Augustin, l'anteur d'un ouvrage qui a pour titre ; Qudquef^ mois sur une qucS" lionà l'ordre du jour \ Il y a dans cette brochure plus de faits qu'il R*en faut pour bien illuminer la question, et je ne serais pas étonné que quelques publicistes ne s'appropriassent les réflexions qu'elle renferme, en se croyant dégagés de l'obligation de nommer l'auteur. Puisque l'ancien chef de la police de sûreté de Paris a lait un bon livre, je ne vois pas pourquoi on ne le signalerait pas h l'attention de ceux qui s'occupent des classes dangereuses. Il serait à désirer que tous ceux qui ont eu des contacts quels qu'ils soient avec la population flétrie, donnassent d'aussi bons cnsei^goemeuts.
Voici ce qu'où lit dans l'ouvrage dont je viens de parler, cl auquel j'ai emprunté plusieurs faits : « Lorsqu'une peine produit forcément des rechutes morales fréquentes, elle est jugée, elle doit ou disparaître de nos codes, ou subir dans son «ipplication de notables changements. La société a bien droit de punir, mais elle ne peut pas avoir celui de dépraver.
« 11 semble, an reste, que les léf^islatcnrs eux-mêmes aient longtemps compris le peu de valeur juuiale de notre lui sur la surveillance. Pondant lon^rtcmps, ils ont laissé au libéré la faculté de s'en affranchir, moyennant le dépôt d'une somme dont le chiffre a varié, mais qui ne s'est jamais élevée au delà de quelques cents francs. Belle garantie, vraiment, pour la société, qu'une pareille somme! On a fini par s'apercevoir qu'il était monstrueux d'accorder au libéré la faculté de racheter une peine, de faire ainsi
* Vùlocq, Aucien clicf de la |)ulicc île sùrclc , in-S" de îo6 |i«gcs. 1844.
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d'un châtiment une marchandise vénale; et maintenant tous les libérés restent soumis a la surveillance. On eût mieux fait de les en affranchir tous, si on ne voulait pas remédier aux maux qu'elle produit. Ces maux sont réels, ils sont immenses, et ils produisent leurs effets. Voyex les tables de recensement; les récidiTes aug« mentent progressÎTement. Vous avez généralisé la surreillance, en ne permettant plus aux libérés de s'en affranchir; elle frappe, par cela m(^nie, sur un plus grand nombre d'individus, et les récidives sont plus nombreuses. Si Ton voulait établir une rè^^le de proportion, on trouverait, je n'en doute pas, que le rapport entre les récidives et le nombre des libérés parqués ou traqués par la sur^ veillance a constamment été le même. »
Ne cherchez donc pas ailleurs la cause de cette recrudescence de crimes qui effraie; attachez-vous à combattre et à détruire celte cause, et n*alleK pas ciiercher le remède dans un nouveau système' de réclusion : ce serait mettre le baume h côté de la plaie que vous voulez fermer.
Un homme aussi modeste dans sa charité qu'élevé pur sa pensée, qui craint autant de voir révéler ses h niii s œuvres que ses belles idées, et que je ne nomme pas ici, pour obéir à son ardent désir de rester inaperçu, m'écrivait il y a quelques jours, etappré> ciait ainsi le régime fatal de la surveillance :
«Je pense, monsieur, que le système cellulaire sera atroce si Ton ne s'occupe pas d'en adoucir le régime, en ménageant au pri* son nier de nombreuses et consolantes visites, et surtout si l'on n*abolit pas cette malheureuse surveillance, désespoir du con- (lauiué, et cause souventdc nouveaux désordresaprès sa libération. Quelle prodigieuse absurdité! on veut corri<j:er le coupable, on a la prétention de le ramener au bien, et on imprime sur son front un sceau d'ignominie qui l'accompagnera partout, qui lui fermera toutes les portes, ne lui laissera aucun moyen d'existence, aucun, si ce* n'est le vol et l'assassinat ! Le détenu, cellulaire ou non, ne travaillera jamais sérieusement à devenir honnête homme, s'il doit toujours être regardé comme un malfaiteur. A tous les sages conseils qu'on pourra lui donner, il n'aura qu'une réponse : Que me servirait de devenir meilleur, si toute ma vie je dois être consi-
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(léré et traité comme un mcchanl? Que nos législateurs expliquent cette contradiclion étrange; ils ont aboli, comme chose immorale, la marque, qui ne paraitjsail pas, et ils laissent subsister, commn chose très-inoralo apparemment, la surveillance^ celle marque hideuse qui ne peut pas se cacher H
«Veut-on sérieusement ramener le coupable? Qu^on lai rende, après TexpiatioDy les droits qu'il avait perdus par ses crimes; qu'on le relère en lui tendant une main amie, qu*on lui apprenne à se respecter et à respecter les autres, en cessant de le mépriser et de le torturer lui-même. Alors seulement la peine aura porté son fruit, le bot du législateur sera atteint. Mais vouloir faire du libéré un homme utile à la société on les armant riin contre Tautre, en irritant celuî-c.i par la répulsion dn eellf»-là, c'est prétendre arriver au ciel par la voie qui mène aux enfers.»
On est généralement d'accord que la surveillance, et le manque de ressources à la sortie de prison, sont les agents les plus actifs des récidives, et l'origine des nouveaux crimes commis par les libérés. Grand nombre d*écrivains ont signalé ce que cette position avait de dangereux;* mais, à cet égard, le gouvernement est jusqu'à ce jour dans l'inaction ; quelques hommes de dévouement ont pris l'initiative, et ont tenté des essais pour venir en aide à la position du libéré. Un entre antres, M. Appert, a conçu l'espoir de procurer à quelques-nns de ces malheureux une vie tranrjnillc et ignorée; il a ouvert It juriun r, aux libérés et aux enfants des prisonniers, dans 1 intérieur de la France, un asile moral, une patrie bienfaisante* où l'instruction et le travail durent remplacer toutes les mauvaises habitudes du vagabondage, de la prison. et du bagne.
C'était une noble pensée de prendre en pitié l'enfant du condamné, que l'état actuel de nos mœurs et de nos lois rend plus malheureux que l'orphelin abandonné ; car Thospice ne lui est pas
ouvert, et, pour héritage, il n'a que le préjuge qui plane sur sa triste vie; la voie publique est son seul refuge; les mauvais lieux même lui ferinenl leur porte, puisqu'il est sans argent et souvent sans vêtements; alors il a recours aux amis de ses parents, aux complices de leurs crimes, et, livré ainsi au plus horrible ensei-
gneroent, il grandit, et se laisse aller à la destinée de famille qui a conduit trois on qaatre générations des siens dans les chiounnes ott SUT Téchafand.
C'est dans le département de la Moselle, au chàtean de BémeU
fing, que le fondateur fit ses premières expériencesi humanilaircs. M. Appert se voua avec une sain le persévérance à celle œuvre, qu'il élail plus capable que tout autre de mener ;( bien. Ka solitude dans laquelle son activité pût encore s'exercer, convenait à ce citoyen, dont on a peut-être trop peu apprécié le courage et les services passes. M. Appert n'a souYont recueilli que le sarcasme pour prix de ses œuvres Traiment philanthropiques. A l'époque où il voulut 86 rendre compte de la gène que la chaîne causait aux condamnés travailleurs, quelques écrivains feignirent de' né pas comprendre sa pensée, et jetèrent le ridicule sur le ferrement qa*il subit volontairement. On oublia trop souvent que cet homme do bien et d'énerp:ie a été le fondateur dos écoles régimentaires, et qu'il eut un courage bien rare aujourd'hui, celui de jouer sa faveur contre le besoin de dire la vérité. Pour tous les hommes qui se préoccupent conscicncieuscineat de ramclioration morale des classes dan«^ereuses, ce doit être un vif regret que le non-succès de la colonie agricole et industrielle fondée pour les condamnés libérés et les 'enfants des prisonniers; la connaissance profonde qu*avait M. Appert des bons et mauvais penchants des criminels, cette vénération qu*il savait leur inspirer, étaient un garant des heureux résultats qn'il eût obtenus, si des obstacles majeurs n'étaient venus arrêter l'accomplissement de ce projet.
COLONIES PÉNALES.— SYSTÈME PENH KM lAlUE. — PUISONS