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UN GA2ETIER DE HOLLANDE

LES FRÈRES DES PKiSO.NS.

J'ai (lit quo je donnerais dans un autre ouvrapo ' la dest rip- (ion de la prison exceptionnelle du mont Suinl-Michel. Quand ce tableau paraîtra, quelques-uns des plus tristes souvenirs de ce lieu de détention auront heureusement perdu beaucoup de leur actualité ; les douleurs récentes se seront calmées, Therbe aura poussé sur des lombes, les noms des victimes contemporaines se seront unis dans Thistoire aux noms des martyrs des temps passés.

Cependant un fait caractérisera notre époque ; c^est la résistance du vaincu quand le vainqueur a voulu faire abus do lavicloiro « Ide la force. De nnv ji urs, il est à croire qu'on ne Irouvcirait plus tic ces natun.'s paî?siu?s touimc c( Ile du ^Ni/clifi- Dubourg : coupable do la rédaction d'un article di- journal contre Louis XiV,il fut enfermé au mont Saint-Micbel où il passa sa vie dans une cage de bois, dont il s'amusa à sculpter lentement les barreaux. Cet écrivain poussa le stoïcisme jusqu'à donner la chair de ses membres en pâture aux rats de son cachot, et pendant une longue existence, il n'eut pas une inspiration de désespoir (juî poussât ses geôliers à un meurtre.

Il n'y a plus de ces bonimes-la , pas plus que de ceux qui mon~ * Priitm de$ érptartmgHls tt de l'étranger.

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feraient, en chantant des romances on en écrivant des églogues, dans les tombereaux révoliilionnaires.

Un écrivain a dit: De nos jours la criiatitô n'est plus possible. Puisse ce mot èlre entendu et avoir sa preuve lians l'avenir !

La dernière fois que Je fiaachis les grèves du mont Saint-Micliel, il y avait encore plusieurs prisonniers politiques dans le vieux cloître devenu prison d*Ëtat.

l'étais porteur d'une lettre de recommandation du sous-préfet d*un arrondissement voisin; un homme honorable qui avait puissamment coopéré à l'organisation du travail dans plusieurs maisons centrales m'accompagnait, et cependant j'aurais couru risque de rester au premier guichet, si la pensée ne m'éhiil venue de parler d'un nouveau proeédi'' de fabrication en usage daus une localité du pays, qui me semblait de nature à être adopté au mont Saint- Michel pour les détenus criminels. 11 pouvait y avoir profit pour l'entrepreneur; à l'instant les portes me furent ouvertes, età la réserve de l'aire de plomb , préau solitaire où chaque condamné politique venait à son tour respirer un peu de brouillard, nous pûmes visiter la prison de la base au sommet, parcourir toutes les divisions du vieui temple que rarchifeclure chrétienne du moyen âge avait fait si vaste, et que la maçonnerie cellulaire du dix-neuvième siècle a rétréci.

Chercliant au milieu des ateliers de tisserands cette vaste salle des chevaliers de Saint-Mieliel , occupée aujourd'liui par une population de malfaiteurs , découvrant sous des couches de plâtre ces bouquets de trèfle, de lierre, de chêne et d'acanthe couronnant les Bveltes colonnes qui aujourd'hui servent de point d'appui à des cloisons grossières, j'évoquais les temps anciens oii ces clotties * qui reposent sur les voûtes de la salle des. cbevalieis étaient, comme dit un vieux chroniqueur, des plus agriabUifttmmi bien, quoique petit» quUl s'm puim trouver en fhnw», dont lemifieu était en plomb, sur lequel on trouvaii nii j/rtit jardin de fleurs; je revins à une pensée qui s'est présentée a nwi toutes les fois (jue j'ai visité le mont Saint-Michel. Je me demandai s'il ne serait paspos-

' Aire de plvmb.

LES FRÈHES DES PRISONS. 483 stbie de faire subir à ce vieux monastère une nouvelle tranforma-

tion ; si, en tenant compte de la marche du temps et de la civilisation, on ne pourrait pas restituer cet ancien foyer de l'association religieuse à une nouvelle association civile qui s'unirait dans une fraternelle communion pour faire tourner au bien et à la régcné- ' ration d'une classe flétrie les pensées et les travaux de la solitude.

On parle beaucoup de cures morales; les statistiques criminellesy les matricules des ebiourmes et des prisons attestent que les malades ne manquent pas; ce sont les médecins qui manquent, et les praticiens qui pourraient professer la clinique de Tftme ne font défaut peut-être, que parce qu'il n'existe pas un point central de réunion ouvert à ceux qui se sentent une vocation pour Tétude de 1 humanité.

Avant d'aller plus loin, répondons a une objection qui se présente.

Le médecin des maladies morales n'existe--t-il pas dans la personne du prêtre? N'est-ce pas à lui qu'est échue en partage la mission de régénérer les natures viciées? N'est-ce pas à lui de former au bien les êtres qui n'en ont pas encore eu la révélation, et n'estce pas encore lui qni a la puissance de faire reparaître l'empreinte des bons instincts que le vice a pu effacer?

Loin de moi la pensée de refuser à la religion la part de puissance qu'elle peut avoir sur la direction morale ! je crois que son intervention au début de la vie peut faire l'honnête homme, et que si les drconstanoes ne l'isolent pas de celui dont elle a couvert le berceau, il restera pur jusqu'au dernier jour; je crois encore que le prêtre, dernier ami qui reste, sur la terre, au criminel dont le glaive de la loi va briser la vie, est l'être essentiel que nul ne pourrait remplacer; il divinise pour ainsi dire le coupable en loi révélant Dieu, pour qui le remords est l'innocence ; mais je pense que l'apostolat du prêtre devient insuffisant quand, à l'horizon de la ^eule. le coupable voit au lieu de l'échafaud, la liberté, au lieu d'un Dieu qui croit au repentir, une société qui doute de la conversion.

Ce qui rend le dévouement du prêtre insuffisant pour ramener au bien la classé vicieuse, c'est peut-être la trop baulc perfection

m LES BAGNES.

qui Ta mis, au début de la vie pour ainsi dire, au-dessus de Thumanité) de ses faiblesses, de ses passions. Le prêtre efliraie rhotnme décbu, par la cemparaison que celui-ci fait de sa propre d^radation àTélévation de l*ap6tre. Le prêtre ou plutôt la religion exige trop d'une nature qni ne peut donner que peu, et à laquelle il est sotivent impossible de se Uansforuier compléleiueut et surtout subitement.

Pour refaire le coupable à la vie humaine, il faut être peutêtre moins saint, moins pur, moins chaste que le prêtre* Pour peu qu*on se soit livré à Tétude des instincts humains, on a eu Toecasion de reconnaître que souvent on peut combattre avec avantage une passion dominante en la déplaçant, on plutdt en la remplaçant ; et souvent, pour arriver an bien, il faut descendre par «ne marche oblique les degrés du mal : ce sont là de ces artifices, de ces transactions, auxquels le prêtre ne pourra pas se prêter, lue personne (jni se livre aux expériences sur les instinctsderiionune, m'a montré un individu plusieurs fois condamné pour vol, et qui ne se rendait coupable que pour satisfaire à la débauche et à la prodigalité. Cette passion se transforma au bout de quelques années, et rhomme cessa d'être voleur pour devenir avare. Le prêtre* n'eût point accepté cette transaction ou plutôt cet état transitoire. L*homme qui afait entrepris la cure du malfaiteur obtint un résul^ tat heureux en parvenant à guérir plus tard, le ma/ads, de son esprit immodéré d'économie. Alors il n'ent plus aucun vice dominant.

C'est parmi des hommes qui auront vécu de la vie du monde, qui auront vu de près ses niisén-s, qui auront suivi leur dévclopj)enicnt au milieu du foyer des villes; c'est parmi ceux qui ont pu connaître, comme spectateurs, tous les sentiers glissants dans lesquels s'effectue la chute des êtres sans intelligence, sans force ou sans appui, que je chercherais les médecins auxquels je confierais le traitement de la population gangrenée. De ces hommes je ferais une association et je rétablirais sur des bases administratives que j'emprunterais aux institutions du clergé, qui font par leur esprit d'ordre, de simplicité et d'économie, la satire de toutes les institutions civiles.

Les oraloncas vivent encore dans le souvenir; cet ardre, daus le-

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