‹ Les bagnesChapitre 9 sur 66 · BONNETS VERTS, ETC · texte numérisé non relu

BONNETS VERTS, ETC

ment que je tirerai .des &ils viendra après. J^élargis Tespaoe et je prends indislinctement dans les chiourmes de Rechefort, de Bkest et de Toulon.

Quand Charles Nodier, à Texemple des romanciers espagnols, donna à son héros Jean Sbogar plusieurs noms ou plutôt plusieurs masques , plusieurs natures , et pour ainsi dire plusieurs individus^ iités dont il fidsait usage sniTant les inddents de sa TÎe agitée , l^écrivain ne croyait pas être en cela le plagiaire des sommités du bagne. .

La prévoyaiu-jî du forçat, hors ligne, tient toujours en réserve plusieurs baplistairos , pliis^iours actes d'F.tat civil; c'est ainsi que souvent il érhappe à Tapplication de la loi des récidives.

Quand le célèbre Salvador, dont je vais dire la vie, comptait parmi les justiciables des assises, il dut souvent à un nom vierge de condamnation l'indulgence des juges. 11 parait que son véritable nom était Jean Fsrey.

On pouvait comparer Salvador à Mandrin par le courage de la résolution, arec cette différence qu^il ne se servit jamais de ses armes que pour se défendre. U avait la vivacité de conception et la promptihide d'exécution de Cartouche. U s'échappa trente-deux fois de prison , et neuf fois des bagnes.

Grand, et de proportions parfaites, il portait avec aisance fous les costumes; sa figure était marquée d'une certaine distinction; il donnait à volonté à sa phjnonoroie une eupremon de fermeté et de douceur qui le servaient admirablement dans ses nombreuses aventures.

Salvador dut sa chute à un profond sentiment »i orgueil blessé, et peut-être aussi ;i un de ces grands ébranlements (pie certaines constitutions ne peuvent éprouver sans que le moral n'en ressente la réaction. Salvador était néj^ocianl dans une ville dti nord de la France, il était marié; à son i-etour d'un voyage entrepris pour stîs intérêts, il trouva sa maison déserte, sa femme avait pris la fuito avec un jeune commis. Les magasins étaient dévalisés, la caisse pillée.

La pensée d'être le jouet de l'opinion publique, toujours cruelle en pareille circonstance , ébigna Salvador du commerce des hommes ; il fuit la ville. On troubla sa retndfe par des menaces de

poursuites coiiiinercinlcs. U s'irrita contre ceux qui réclaunaieiit à juste titre leur bien , et il se til un litre à ses yeux de cette |>enécution pour faire une guerre implacable au bien de tous; il n'aspira plus ([u%\ une célébrité honteuse.

U est condamné à Paris à. dix ans de fers pour vol avec dfraction et à Taide de fausses clefs. U s'évade, mais est repris. Cinq ans se passent, un nouveau vol avec complicité lui vaut une nouvelle . condamnation de douie années.

Arrêté, après avoir lutté contre douze i^nts de police, blessé, meurtri de coups , et prêt en apparence à rendre le dernier soupir , il est conduit à la Force ; on le place dans une inBrmerie qui donne sur la rue Pavée , sa gaieté le suit sur le lit de souffrance , il stï distrait pat- TesjK'ce (rautorité qu'il exerce sur ses confrères. Il établit el distribue des primes.

« Quelle est, disait-il à un coiuinmné qui lui demandait des secours, la cause de ta détention? — J'ai volé. — Quoi? — Une montre en argent. — Vn-t-en, infnnir ! » Un autre succédait : « Pourquoi fn-t-oti arrru? J'allais forcer une caisse; mais, surpris... — Bravo I prends cette poignée d'or. »

Cependant ses blessures étaient profondes, son mal empirait, le médedn TaverUt que sa mort était prochaine; le moribond se résigna.

Le lendonain , il n'y avait plus de Salvador... à Tinfirmerie , il roulait dans une chaise de poste sur la grand*route en compile d*une dame mystérieuse qui avait facilité Tévasion. Le captif avait fait un trou on mur de Tinfinnerie , et avait gagné la me par escalade ou plutôt au moyen de ses draps.

Pris en Suisse, après un grand vol, el condamné à la peine de mort , il touchait au tenne de son existence ; il regrettait d'autant plus la vin , qu'il était j)arv<'rui à c rtniser une profonde t'xcavalioii qui s'ètt'udail jusqu'an-iicssous des iiiiiis i\o sa pris*)»; mais on avait jugé prudent , depuis la lecture de s«)n arrêt , de le garotter étroit<Mnont .

La veille de rexéciilion , le captif alTcrlf le ])1us profond ropcntir , la résijxnation \^ plus absolue, il va jucinc jnscpTa proiiK Urt' d'importantes révélations. Le juge se rend près do lui. Salvador lui

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|>rorael el (-onimeucc la confession de (oiite sa vie; puis tout ù coup il pousse un cri qu^il sVITorcc un vain de retenir.

« Qu'avez-vous? dit le magistral. — Ce n'est rien , excusez-moi... monsieur, les gardiens ont tellement serré les chaînes de mes jambes que les fers entrent dans mes chairs. »

Le magistrat se baisse et détache les liens des jaml)es de Salvador.

Le condamné reprend son récit , émeut l'audileur... hii-mémc vei*se des larmes. . . el de nouveau sa physionomie prend une expression de douleur !... Le juge comprend que les entraves des bras torturent Salvador... Tous les fers lonil)ent.

La conférence se prolonge , la nuit approche ; le juge , fatigué , mais curieux de connaître juscpi'à la fin les détails d'une vie si agitée, se retire ; mais il reviendra le lendemain. 11 permet que le prisonnier passe la nuit sans ses liens; une garde nombreuse veillait, de lourdes portes fermaient le cachot profond et bien voûté , et le lendemain, dans ce cachot, quand il vint avertir le prisonnier de l'arrivée du juge, le guichetier ne trouva que les bardes de Salvador, qui, pour pénétrer dans le trou qu'il avait creusé, avait été obli<;é de s'y gliss<M* sans vêlements.

Ne diraît-on pas que Salvador a deviné la scène de Burîdan el de Marguerite de Bourgogne t

La dame mystérieuse qui accompagnait souvent Salvador, appartenait , (lit-on , à une famille distinguée. Un ancien magistrat, qui a gardé nieiiioire de Jean Ferey, m'a appris que celte compagne, qui le suivait dans sa vie errante, était sa femme, el qu'avant sacrifié à son tour le séducteur au mari , malgré la position honteuse qu'il s'était faite , elle lui était revenue , et avait montré , depuis ce jour , un dévouement sans bornes à l'homme sur la destinée duquel elle avait eu une si fatale influence.

Pendant une de ses fréquentes captivités, Salvador, qui avait Tart de séduire les geôliers et les gendarmes, implora et obtint la fiiveur de souper dans la prison avec sa consolatrice. La dame apporte au prisonnier des comestibles qu^on visite, et entre autres choses , une salade de céleri. Le lendemain , Salvador avait scié les barreaux de sa fenêtre , et il était parti ; les côtes du céleri cachaient des limes.

Salvador affectait quelquefois une bizarrerie moqueuse dans sa manière de braver la société. Par exemple , pendant les longs séjours qu'il a faits dans les prisons, il n'a jamais souffert qu'un condamné marchât à l'exposition dans un costume négligé ou malpropre ; il voulait qu'il se pré^^enlât au carcan avec élégance , et on Ta vu vendre ses propres habits pour contribuer à la toilette de ses Gonfreies*

Salvador gardait à ses complices une fidélité à toute épreuve ; il était renommé parmi eux pour sa discrétion et pour son adresse à éloigner tous les soupfons de la police. Dans un vol de marchandises, il fut aidé par un commis du magasin; arrêté bientôt après , il fut conduit dans le lieu même du délit. Tout indiquait qu*il n'avait pu enlever les objets sans avoir eu des intelligences avec les employés de la maison. On les fait tous rassembler, el Salvador est amené; le magistrat épie les regards de Salvador, persuadé qu'ils se porteront d'abord sur son complice : Salvador entre sans regarder personne, et voulant empêcher le coupable de se trahir lui-inénie : a Je ne (ounais aucun de ces messieurs, dit-il, je ne vois personne ici qui m'ait aidé. »

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Celle vit' (le liillcs iiice^santt^ii conlre la sociét<^ el s<'s lois Cmii par brisfr rénergie do Salvador; conduit an bague (\o Horhcfort, il voulut que celui-ci fût son ioiiihefui. 11 renonça à brisor ses fers; il semblait meFiio fati^ié de la supériorité «jn'il conservait sur les criminels^ sa renommée lui pesait; il eût pu laire ses adieux à la vie par une de ces grandes scènes de révolte générale dont il eût été le chef et bienlèt la victime. U préféra affecter une opposition froide et periévérante aux réglementa, et un jour qu*il trouva qué le châtiment dû à son isBubm^ination ne répondait pas à la sévérité qu^il espérait, il prît une lame de couteau, et, comme s'il eût voulu n*afvoir que la mesure précise du sai^ qu*il fallait prendre à un autre pour donner le sien en échange, il fit une légère hlessiire k nn surveillant.

La peine de mort fut prononcée, cl Jean Ferey, ou Salvador, alla

au supplice le sourire sur les lèvres.

La vie de cet homme, osons le dire, a quelque chose de moins répugnant que celle de la plupart des criminels, C'est qnr la lâcheté ne vient pas jouter aux coupables actions que le glaive de la justice a frapjiées.

Sons le bonnet vert se montre de temps à autre le forçat genlilhomme. 11 y a quelques années, j'ai vu à Rochefort le célèbre marquis de Chambrçuil ; il était alors âgé d'à peu près cinquante ans, affectueux dans ses manières, expressif et distingué dans ses gestes, et faisait des vers comme nn en fait dans le grand monde. Toutes les recherches ont été inutiles pour lever le doute que laissait son nom et l'origine qu'il se donnait. Alors on conservait encore à Rochefort le souvenir d*un autre aventurier qui affectait de pOTter son prétendu blason, brodé en soie, sur un bonnet de galérien. C'était le comte d'Arnbeim. Maïs le condamné qui soutint avec le plus d'audace le vol d'un noble nom, vol qu'il semMa vouloir quelquefois racheter par des actes dignes d'estime et de récompense, ce fut Gognnrd, plus connu sous le nom de comte de Pontis de Sainte- Hélène.

Cet homme semblait être né punr le commamlemenl : sa slatîirc était haute, et dans des proportions correctes ; les liaits «K sa ligure, régulieri), effilés, dit M. le docteur l^uvergne à qui j'cm-

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prunte flon signalement, oonlraslaient avec la régularité «dmiràble de «a belle téle ; son r^ard et «a bouche lémoignaient de leur longue contrainte à jouer son riAe sur la grande scène du monde, r61e qu^il avait beaucoup médité et étudié, car son csil fixe, scrutateur, fsil de lynx, sHl en fîit januis, était caché dans un cadre de paupières! vingt plis qui se déroulaient à mesure qu'il parlait, et en s'échauffanl il arriviut à une conclusion toujours à lui.

L'orgueil a perdu Cognani ; évadé du bagne, s'il n'eùl pat. voulu èln; comte, ou plutôt s'il ik- s »''lail pas fait coiule lui-nièiiie, eu s'appruprianl, on n'a jamais su couuiieul, les véritables litres de la fainille Pontîp, doul il fit disparaîtn* tous les membres par un Fuoyen dont le secret est également resté impénétrable ; si le forçat libre n'eût pas rêvé une illustration militaire qui ne se concilie pas avec robscurité de la vie dans laquelle le contunux peut chercher asile, le bagne n'eût peut-être jamais repris sa proie.

Ce qui semble inexplicable dans les événements de la vie de Cognard', c'est qu'après son évanon, il se réfugia en Espagne, qu*il y connut la famille Pontis de Sainte-Hélène , et que le dernier membre de cette famille ayant cessé de vivre par mort violente ou naturelle, Gognard se fit l'héritier de ce nom et des papiers de famille, et qu'il obtint facilement une sous-lieutenance dans les armées d'Espagne. Bientôt il est fait chef d'escadron cl prend une jwirt active à Tassant de Montevideo, où il gagne le grade de lieulenaiiieolonel .

l'ius tard, il forme une h-giou rtiangère, et va prendre parli dans les luttes politiques de la Péninsule. 11 alliche une rigide pi (tlulé en matière comptable, et à propos du détournemenl (relfels militaires, il signale à l'autorité supérieure deux otiieiers couj)ahles. (leux-ei se se liguent contre leur dénonciateur, renvelop|)ent dans sa propre accusation, et le général Wempfem fait retomber le blâme sur le chef du corps, qu'il menace de faire arrêter.

Cognard, hors de lui, met le général au défi de donner suite à cette parole ; la force armée vient en aide au général, Cognard lutte longtemps, mais enfin Ucëde au nombre ; incarcéré, il s'évade ; repris, il lente une nouvelle fïiite qui réussit encore; mais saisi pour la seconde fois, il est transféré à Palma, où sont les prisonniers français.

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î.p nouveau >enu lait un rnjiiîtn jMuir expliquer ?a |)osilu)n dans les ran^-^s espagnols, et il rt \( Ir si n audace pr rs do ses compaguoiit* do captivité, par un trait dont ie dévouement doit être pour tous la mort ou la liberté.

Un l)rick espagnol est mouillé sur la haie, il faut s'en rendre maitre ; ( iognard dir^ le coup, il prend pour lui la part la plus pé-> rilleuse de ractioiiy et bieiilèt le brick, monté par les prisonniers, fait Toile pour Alger. Là on vend le navire, et les fugitife se dirigent ven Malais, TÎUe occupée par les Français.

Le comte Pontis est nommé chef d'escadron dans rétalHtnajor du duc de Dalmatie. Quand Tannée française opère sa retraite, il rentre avec elle en France ; il est fait chef de bataillon du 1 00* régiment de Bgne.

Au siège de Toutouse, le comte de Pontis à la tète dHme colonne volante prit une batterie importante; à Waterloo il paja licroïquenienl de sa personne. La deslnu'e lui refusa une place dans ce grand et gloriciix sépulcre; c'eût été une fin heuK is* la terre sainte du champ de bataille eût pnnlie la souillure pritmtive du forçat. €«gnard Tarrosa seulement de son sang : il fut atteint de plusicui's blessures.

En 1815, le duc de Berri reçut le coniie l^untis chevalier de Saint" Louis, et le nomma chef de bataillon dans la légion de la Seine, dont il devint six mois après lieutenant-colonel. Le prince ayant demandé au forçat colonel s'il était de la famille de Sainte-Hélène, on dît que Cognard répondit avec autant de grAce qu^m marquis de la régence : « Pardîeu^ oui, mon princt, je tuts notrfe et de la vtrttfe rocfts encore... »

Cétait jouer gros jeu, de se poser en téte d'un corps militaire, et de passer chaque jour, brillant par Tuniforme et les décorations, à travers cette population parisienne, qui, au premier roulement des

tambours, au plus faible prélude des orchestres de régiment, sort du logis et déborde en Ilots roulants sur les lx)ulevarts et les places publiques, entraînant dans son flux les membres de celte «;raiule famille de lihéiés, de fdons rélVaclaires, de reclusiouuaires nomades, bande industrielle dont les affaires ne âe fout jamai» mieux que dans les foules compacte».

Aussi un jour (|n(' le lieuteiiunl-culuiiel de iu iégiuii de la Seine assistait coniine chel" de corps à une déoradalion niililaire, au pied de la colonne de la place V»Mid()nu', un forçat libéré ou évadé crut reconnaître en la p<'rs<)iuu' de Tofficier supérieur un ancien compagnon de chaîne du bagne, et sa pensée spt'culatrice fut de le /'aire

chanttr ( ternie d'argot signilianl rançonner) ; mais soit que le lieutenant-colonel s'exéculiit de mauvaise grâce, soit qu'il niât l'identité de sa perstjune avec le nom que l'autre lui donnait, il l'ut dénoncé."

Le général Uespiuois mande Pontis, et le salue du nom de gibier de potence. Pontis met l'éjMÎe à la main; mais, saisi tout à coup par (pialre gendarmes, il va être transféré à l'Abbaye. Il obtient de l'ollicier la jiermission de changer de linge, rentre chez lui, saisit »leu\ pistolets, et S4'8 gardes tenus à respect, il s'élance dehors el disparaît.

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Repris ût mois apiès, le comte Pontis de SaiDle-Hélèae, lîeute* naniF-oolouel de la légioa de la Seine, cltevalier de Saint-Louis et de la Légion-d'Honneur, fut convaincu de foitx, soupçonné de meurtre^ reconnu forçat évadé, et jeté pour la vie dans le bagne; il est mort il y a peu de temps k Brest.

Au ^ujct de cette célébrité des bagnes, j'ajoute une réfleximi que je livre aux méditations des partisans du régime cellulaire.

Cogiiard, l'onal vn rii|)lun' tic ban, lu» fnt reconnu ni signali' par aucun agent de rinnni'use l)rjgade de poluc. Admettons qu'à l'époque de ce fait le régime des cabanons existât, et <[u'au lieu d'avoir subi sa peine en partie, au milieu des uondiieux compagnons du bagne (pie toi ou tard il devait retrouver, le comte de Sainte- Hélène eût été emprisonné cellulairement , dans un département éloigné, avec toutes les mystérieuses précautions que le programme de la réforme promet aux nouveaux masques de fer qui vivront incognito dans les cabanons. Aucun camarade de captivité n'eût pu trahir le grand aventurier... Qui eût dit : Cet bomme qui porte Tépaulette et les crok de Louis XIV et de Napoléon a porté le bonnet vert et la casaque rouge. Pas le moindre murmure ne se lût élevé, pas le moindre nuage n*eût terni Pédat de Pastre gravissant. Le forçat Gognard serait peut-dire aujourd'hui maréchal de France... peut-être plus... pourquoi non ; de pareils faits sont réservés à Pa> venir!... . .

Passons à un autre grand type.

Il est |>cu df pci sonnes (jui u'aifui l'ulemlu prononcer le nom du fameux lorçat CluUel : c'est utic individualité sur laquelle le feuilleton et les émotions de voviiges ont quelquefois brodé. \ oici les faits principaux de cette vie exceptionnelle.

Né à Belley, déparlement de l'Ain, de parents lioiiorables et sévères, Clollet fut confié à un res|)ectfible ecclésiastique, qui Ht dr vains efforts pour inspirer à son élève le goût de l'étude. L'élève ne tarda pas à entrer au prytanée de Fontainebleau ; son passage y fut marqué par quelques traits d'un triste présage pour l'avenir.

Nommé sous-lieutenant à l'éiMMiue de 1796, il fut envoyé au siège de Brescia en Italie; bientôt dcgoiité de la carrière militaire, il déserte, trouve AH ressouires dans quelques escroqueries adroi-

lemeiit combinées, el se réfugie à Rome, où il arrive quelques jour» <ipr(^ le naufrage d'un bâtiment marchand échooé près de Civita' Yecchia.

Ck>llet apprend que tout Téquipage a péri à l'eiception du capitaine, jeune homme de Lyon, nommé Tolœani, retourné dans son paya.

Voilà un nom honorable tout trouvé pour Collet, il se grave de» armoiries, et de faux contrôles des gens de Féquipage, et il 8*en va rôdant dans Rome, visitant en naufragé philosophe les monuments, et montrant, quand Voccasion se présentait, tous les papiers et procès>verl>aux du sinistre qu^il a éprouvé. C'est ainsi qo*î! parvint à gagner la bienveillance d'un vénérable prôlre dont il lit la rencontre dans la basilique ilo Saint-Pierre ; ce prêtre était intendant de la maison du oaniitial Fescli et l.yoïinais, lié précisément par des rapports d'inlitiiilé avec la famille Tolowint.

Le [jrèlre contraignit Collet a prendre domicile dans le palais inènie du cardinal, il devint son cicérone, le lit admettre près du chef de l'Eglise, et Collet reçut la bénédiction du pape*

Le déserteur ou plutôt l'escroc met à pi-ofit les moments : il reçoit les banquiers, les négociants, qui tous le regardent comme l'hôte du cardinal, et par conséquMil son ami ; il leur propose des affaires, déroule des pians d'entreprises colossales, réunit les hommes les plus capables pour s'éclairer de leurs conseils, et à chacun en particulier il fait un emprunt, c'est-à-dire un vol qu'il déguise sous la forme d'un escompte de papiers sans valeur couverts de noms imaginaires; il réalise en peu de jours 60,000 firancs, qu'il convertit en or.

L'ahbé protecteur de Collet le charge d'une mission eodésiastique; il part de Rome en société de trois religieuses et d'un

carme.

\ peine esl-il en roule, qu'on apprend a lionie ijuel «isl Tbomnie eu (pu Ton a eu confiance. Des lettres sont envoyées au carme avec ordre de faire arrêter le faussaire, mais Collet a tout prévu. 11 prend à la poste les lettres adi-e^^sées au chef de la caravane; cependant le secret transpire -, (>ollet affronte en riant l'orage, et impose au canne au point de lui faira croire qu'il est victime d'une fatale méprise.

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Cependant il trouve pmdent de foire bande à part ; il comprend que le moment approclie où il faudra mettre en jeu toutes les int pîrations de «on intdltgence. Voici à quelle pensée il s^arréte : il se rend à Moadovi, diarj^ de l'impM qu'il a levé sur les crédules des Étals romains, il affiche le luxe ^ Tamour du plaisir. Reeherebé des jeunes gens de la ville, il éveille en eux le désir de jouer la comédie bourgeoiso, il parle d'élever un théâtre; le plan sourit, une cotisation s ouvre, le plus ambitieux se nomme directeur ; Collet se réserve le modeste emploi de costumier, c*est Ini qui se charge d'organiser au grand complet le magasin. Le jour de la première répétition générale est annoncé, il est convenu que les acteurs paraîtront avec les costumes, cela devait être merveilleux..! toutes les broderies étaient en or fin...

Mais an jour dit, on cherche en vain le costumier. On apprend qu'il est parti en poste; on ne s'explique pas cettô absence. On ne pense pas même à l'interpréter désaventageusement. Collet seul a le secret de son brusque départ : il n'a eu qu'un but en faisant ftdre ces d^ienses, c'est de se lîûre fournir par les souscripteurs tous les costumes dont il aura besoin dans la nouvelle voie aventurière qu'il va tenter. Il emporte vêtements de prêtre, de dignitaires dvils, d'autorités militaires, coslnmes diplomatiques, collection complète des * signes de toutes les chevaleries, et des croix et rubans de tous les ordres. Les jeunes gens de Mondovi attendent encore la répétition générale.

Le premier costume qni s^^rvit à (lullel fut c*'lui de général; il s'en revêtit, et prit un hôtel, des équipages, des gens.

Le second travestissement lut celui de prêtre napolitain. (x>llet se donna pour une victime du pouvoir (Mnlnrageux de la famille Napoléon.

Voicî comment Collet raconte les épisodes de cette époque de sa ' vie dans un mémoire dont M. Appert a le manuscrit entre les mains.

« Je me rendis à Sion, petite ville dmit les autorités m'accueillirent. L'évêqne me reçut parfaitement et me prit tellemeut en affection qn'il voulut que je disse la messe à la paroisse, ce que je fis pendant quelque temps. A quelque^t jours de là, monseigneur

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me proposa de desservir iiiu» roinmiiHe ( .Saiiil-Fierre ) , qui élail Irès-liicralive ; j'acceplai de grand cœur.

« On écrivit auaBÎlôt au maire de cette coininiine, qui vint luimôme me chercher pour mon installation . Je ftis on ne peut plu» agréablement surpris , car la maison qui ni'éUiil destinée ressemblail à un vrai palais de duc. Rien n*y manquait.

« Je fis dans cette commune un séjour de cinq mois, pendant les» quels j'exerçai les devoirs de curé, confessant, mariant, baptisant^ visitant les malades, les enterrant, instruisant la jeunesse et soulaiçeant les pauvres.

« On avait ilrj i fait plusieurs quêtes pour relever relise, qui tnnbait en ruines ;*coinnie il fallait la bfttir tout à neuf, ce n'était pas une petite dépense ; il y avait trente mille francs en caisse ; mais cette somme n'était jws suftisantc pour rétablir un semblable hatiiiH'ivl. Toujuurs généreux, je ni ciifiaficai par «'ci il a faiiv toutes les avances nécessaires pour cri olijel, ne dcniaïuiaiil a la commune que les (route mille irancs dcslinr? à cette opération, et la permission de faire bâtir derrière le inailre-aulel une cliajM'lle dédiée à mon patron, et oit serait plus tard déposée ma dépouille mortelle. Tout fut convenu ainsi que je le souhaitais, je fus nommé président-trésorier de la Fabrique, et tous les fonds furent réunis ches moi. Je conviai alors le maire à dîner, et en sa présence je joignis aux trente mille francs en question une somme à moi appaiw tenant de cinquante mille francs environ. Juges quel merveilleux effet produisit cet acte de générosité! Un.arcbitecte et un ingénieur furent engagés à quinxe francs par jour; tous les ouvriers que je pus recruter furent mis à Tœuvre et procédèrent à la démolition de relise. J'en vendis les matériaux en présence de tout le conseil de la Fabrique, car mon intcnlion avouée était de la faire recon- . struirc en pierre île taille. Soixante ouvriers étaient employés k tirer la pierre, d'autres à la tailler... C'était un plaisir de voir tout ce mouvement

«Mais il unjK)rlail de bâter mon départ. \f)i(i iv»nnnent il s'effectua : avant déclaré que je désirais que tout Int prel a la fois, je montai dans ma voiture avec Tingénieur, le maire et son tils, pour aller à la ville voisine acheter de» tableaux, des candélabres, un

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tabetnacie, àem ou trois autels en beau marbre, un cdice, un cib<nie, etc., etc. Les dWers oljcls furent achetés, mais non payés , qooi<p]e j'eoue sur moi tout mon ai^nt et ceinî de la fabrique. J'engageai le maire à* partir avec nos achats, et Tingénieur à aUer retrouver ses ouvriers. Je gardai avec mot jusqu'au len^ demain k fik du mure , que; je chargeai de porter une lettre à son père.

« Je ne fus pas plutôt débarrassé de tout mon monde , que je pris des clicvau\ de poste et allai jusiju'n Straslwui^. »

De Strasbourg, Collet prend la mule d'Allemagne, traverse les montagnos du Tyrol , rentre en Italie changeant de robe ol d'hnhits chaque jour , et suivant les incidents; sur sa parole d' hou iienr de général , il trouve cent mille francs chez, un banquier de Savone; réveil est donné, le général signalé devient évéque , il porte une soutane violette , une croix épiscopale, et se nomme Dominique Pasqualini , cvèque de Manfredonia ; il se présente à l'évéquc de Nice, lui montre sa bulle d'institution qu'il a Tabriquée lui-' même , et est reçu par le prélat de la manière la plus cordiale. L*évéque de Nice veut que monseigneur Pasqualini visite son <é~ minaire. Vingt séminaristes, qui, le lendemain, doivent devmir sous-diacres ou diacres, lui sont présentés; Tevèque prie le faux prélat de les interroger. Collet voit le péril , il Tesquive en homme d*esprit : «Votre Grandeur me permettra de refuser sa proposition , dit-il avec un sourire ; je dois croire que son intention n^est pas d'ordonner des ânes. » Ce n'était pas tout , monseigneur de Nice insista pour que monseigneur do Manfredouia ordonnât les si-minaristos , et relui-ei ne pouvatil |irolonger sou refus, se rentlil à l'aulel , se revélit des habits jtonlilicaux , et ordonna trente-trois abb<'>s.

Après ce trait d'effronterie sacrilège. Collet mit la soutane de côté, et il arriva à Fréjus insperteiir général, et pléni))otentiaire de Sa Majesté TEmpcrcur el Hoi, chaîné de l'équipement de l'armée de Catalogne; l'armée de Catalogne c'était lui. 11 montra des titres au mar6clial-de84ogis de maréchausflée de cette résidence et le confraignil à lui donner une escorte. Plus loin , il se (it précéder par une ordonnance k Dniguignan. Dans celte ville , il *e présenta

GG ' LES BAOKS.

bardé de ilécoratioDS, »m commissaire des guerres, attribua ta broique arrivée, sans avis olficiel, à des raisons d'Étal qui la jus» tiOaunt; mais comme elles ceasaienl d'exister, il pria rintendant d*envoyer un courrier pour Tannoncer au si^ le plus voisin d^un eommiflsariat miliUùre.

A Draguignan , Collet commença à former son état-major, sa chancellerie. Un chef de bataillon en retraite devient son aide de camp; à Toulon , le (ils du sous-préfel se trouve glorieux de recevoir le litre do son scrnMairc intime; il îiniiiino df»u\ officiers d'ordonnance, un intendant, un payeur, enlin t^i ^uite se uioiilc à vin«(t personnes quand il passe à Marseille, où il prend cent mille francs dans les caisses du gouvernemeul , et à ^iimes, où il enlève trois cent mille francs.

A Montpellier, Tétoile de Collet devait pâlir. Un matin qu'il avait pané une revue de très bonne heure, il déjeùnait ches le préfet, auquel il promettait de brillantes récompenses et le cordon de grand officier de la Légion-d'Honneur; ThMel de la préfecture est cerné par la force armée. Un escadron de gendarmerie pénètre dans la salle à manger , et le chef met sans façon la main sur ]*organisateur de l'armée de Catalogne , qui tombe du fatle des grandeurs dans un cachot. Tout i'état-majui de Ojllel , qui n .ivait à se reprocher que sa confiance en 1 nispecleur général de contrebande, partagea le sort de TescnK-, el ce ne lut qu après vingt jours de captivité qu'on lui rendit la liberté. Quant à Collet, il s'attendait à chaque heure à être fusillé.

Un jour, le préfet avait nombreuse société à dtner; il ménagea à ses convives une surprise et voulut montrer au dessert celui dont toute la ville s*entfetenait et qui avait si bien joué son rAk ; il fit extraire Collet de prison par trois gendarmes, qui le conduisirent à la préfecture Là on le mit dans une chambre qui servait d'office et qui n'avait d'issue que par la salle a manger , où l'on plaça deux factionnaires. Collet attendait que le spectacle commençât et qu'il hii fût ordonné de faire son entrée, quand il aperçoit un costume complet de cuisinier, tpa Un uibK |il;n'é là pKivuientiellement; il quitte ses vêtements , prend la veste , le i)onnel de coton, le tablier, .s'empare de deux plats garnis, frappe du pied contre la porte; les

BONNKTS VKIITS. K TC. 67

gendarmes ouvrent , il passe devant eux sans être reconnu , traverse la salle à manger et disparaît.

Le préfet Ht courir après le fugitif , le tocsin sonna , la maréchaussée galoppa , et )>endant ce temps Collet habitait une chambre près de la préfecture, et de sa croisée il voyait tout le mouvemenl qu'on se donnait pour le trouver au loin ; il resta là (piinzc jours.

Collet, après avoir mené pendant quelque temps une vie errante, choisit le département du Tarn jwur théâtre d'une escroquerie audacieuse.

11 se présente chez le supérieur des écoles chrétiennes de, Toulouse sous le masque de la plus grande humilité , il exprime le désir de se mettre en pension chez eux et de fonder un noviciat au proGt de l'institution en lui consacrant quatre mille francs de rente qu'il disait avoir. Ouelqueîs jours écoulés , Collet fait une nouvelle visite au révérend père, s'accuse de ne lui avoir pas dit toute la vérité , en ce que au lieu de quatre mille livres de rente , il en possédait réellement vingt à vingt-quatre mille. Collet se rend le lendemain chez M. Lajus, marchand de Toulouse, il est couvert de décorations, se donne pour avoir été j^ous-préfel dans le déparle-

66 LES HAO>Ei>.

méat de l'Ain , vanie sos rich^scs , achète une superbe pendule sous le prétexte d'en faire don au directeur, et termine par iaire consentir au négociant une promesse de vente moyennant trente-trois mille francs d'une maison de campagne pour la convertir en maison de noviciat. Il a le secret de foire naître à tel point la confiance , qu'en terminant sa visite, il est déjà maître des clefs de la propriété. Bientôt les ouvriers sont sur les lieux pour faire des réparnlions et do nouvelles distrihiilions ; un mur entier est démoli sous les \('n\ nu int' du proprirlaitt'. i.t'pciuiaul t'ehii-ci comiin iit;!' ù concevoir des iiujuiétMdes , Collet lui-même craint le dénoueuieut de l'aventure; voici comment il la termine. Un jour, au rôfecloire , il dit aux frères : «Hé» frères, vous avez commis des indiscrétions, pour vous en punir et vous mortifier , il faut que vous allies au noviciat làîre vous4nèmes les démolitions nécessaires pour nos tra^ vaux. » Tous les frères s*y rendirent à cet effet; GoUet s'était reposé de la surveillance sur le directeur. U profile de son absence , fait main basse sur tout ce qu'il peut trouver dans la maison de Toulouse, ornements d^église, argent en réserve provenant d*un legs nouvellenient reçu. Collet charge son butin dans une voiture, prend la route de l'Anjou, «ne me laissant, ajoute le crédule supérieur dans sa naïve déclaration , que mes lunettes pour y voir plus clair uue autre fois. »

Il s'était logé à l'auberge de la forge de Bessac, L'hôle était un hon homme à qui (follet lit croire tout ce qu'il voulut. Son séjour dans cette auberge (it beaucoup de bruit dans le canton. Le maire le crut un homme exilé pour came politique ; il le soupçonna même d'être Pex-empereur Napoléon. Tout le monde le visitait comme un personnage important et lui offrait plus d*argent qu'il n'^ pouvait désirer. Le maire le prévint charitaUement qu'il devait se répandre dans le monde avec plus de précaution , qu'il pouvait être assassiné , et que si cela arrivait, on ne pourrait faire de poursuite, \u que cet acte semblerait avoir été nérossitc par les circonstances. Collet partit de cet endroit. A La Il()( iu Ucancourl, il prit un appartement chez le commissaire de police, pensant bien qu'on ne viendrait pas l'y cliercher. Le brave homme reyut le sigualoment de Collet; il lui fut impossible de croire que ce fût son hôte

Diyiiizeo by Googlc

DONMËTi» VËRTS, KTC. 69 qu'il eût Tordre de faire arrêter; il n'en eut pas même Tidée, et le conlumAce resta chex lui dans la plus grande séGurité.

Enfin Collet vit la fin de son impunité. Arrêté au Mans, où il faisail Thonnête homme au milieu d'une population qui avait pour ses vertus la plus grande vénération , il fut condamné à vingt ans de travaux forcés et à la marque , Il traîna sa chaîne de bagne en bagne, et !a veille du jour où ses fers allaient lonibcr, au mois de noveiiibie 1840, (.ollel expira a Tbopital de Rochefort.

Huel le l'orban est encore un de ces inialigables atbièles qui viennent se briser contre la loi après un combat acharné. Bandit n>manesque dont j'aurai occasion de dire quelques actes , il avait déjà revêtu ,1a camisole du supplicié quand une conmiutatîon lui donna la casaque du hagne.

Au moment où j'écris, dix^uit têtes de parricides portent le bonnet vert. Brest en compte treise.

Fort, que l'ambition porta au meurtre et qui voulut s'élever sur le cadavre de son protecteur , dont il enviait l'emploi et le crédit près d'un prince; Robert, dont la figure reflète l'instinct sanguinaire; André , une des sommités de la grande {)ègre qu'on pourrait nommer 1«> génie de l'évasion , si Picard , Arigonde et Victor Desbois ne lui disputaient sa renommée; (lasparini , (|ui vieillit avec la gloire d'avoir vu reproduit sur le théâtre le trait ^ d'audace qui l'a conduit aux galères; Deham, chez lequel le besoin du vol est tellement impérieux , que lorsque le sang lui bouillonne dans la téte et au bout dei doigU , il se voUraitf dit-il, Uu-mime, iil j^oumit. Tout cela fait partie de la nombreuse famUlc^ des bonnets verts.

Dans cette catégorie se trouve , à Brest , l'abbé Lacdiong» , dont |a ^^ure a conservé , sous le bonnet des condamnés à perpétuité , la sé-» rénité et l'éclat d'une robuste santé. Il supporterait avec résignation les misères du bagne , si elles n'é taient aggravées pour lui par la continuelle curiosité des visiteurs , (|ui s'attaebe de préférence aux con— damuéîs dont l'éducation cl la position dans la vie rendent la chute plus saisissante. Ce condamné préférerait sans doute un cahaiion

i L'JrltU€nHtiiÊêmidfiitUiin.

70 MÎS BAGMKS.

pénitentiaire au tollaid du bagne*. Ce serait pour lui comme une de ces cellules faospitatièroB que jadis la religion ouvrait au npentir ; là il pourrait eipier dans la solitude son dîme... s*il y a eu crime ; car bien que le oondsmné n*ait jamais lait entendre un murmure contre Varrét qui l*a frappé , une circonstance a réTcillé en moi un doute au sujet de Fépîsode sanglant qui a conduit Tabbé Laoolonge au bagne.

Pendant mon îwjoiir à Brest , des personnes étrangères au pays étaient réunies à la lable d'hôte; quelques unes venaient de visiter le port , la conversatif)n se jwrta sur les forçats, et le nom Je l'abbé Lacolonge fut prononcé.

« C'est un grand scélérat et un profond hy|K>critel » dit un des voyap^urs, et il raoïHita comment Tabbé Lac(doi^, chanoine au diocèse de Lyon, après avoir assassiné, il y a quelques années, une femme avec laquelle il entretenait des liaisons intimes, essaya de cacber son crime en coupant en morceaui le cadavre de sa victime.

« Oui , c*est un grand scélérat , si le fait s^est pastié ainsi f » ré»

pliqua un convive; et ces paroles dites, i! se tut, et promena son regard sur nous tous, comme pour sonde i 1 1 conviction de chacun. Personne ne répliqua. L'étranger reprit de nouveau la parole :

«S'il n'y avait pas eu crime pour l'homme, et qu'il y ait eu seulement faute pour le prêtre; « la complice des désordres du prêtre et des écarts que l'humanité doit couvrir de sa tolérance avait trouvé, dans l'excès même de la fiiute, une mort naturelle et spontanée que peut décider, dans certaines conditions de santé, Pacte des passions, la nature des faits se modifierait bien. Le prêtre, rendu au calme des sens, se vmt seul, au milieu de la nuit, en présence d*un cadavre... Sa première pensée, c'est la crainte d'un grand scandale; la seconde, le pressentiment d'un affreux soupvon... 11 en faut moins pour créer un de ces expédients extrêmes, une de ces déterminalions satamques , dont la nécessité cache l'hoi renr et porte l'excuse.

<i Le cadavre... ii ne faut songer ni ù l'ensevelir, ni a le porter > Iiil de camp on plaache sur laquelle le foryat repoM».

BO?iNBTS VKRTS, KTC. 71

au dehors; mais séparé, diiriflé, les articulations brisées... le mystère est assuré.

« C'est une chose bien hideuse , bien repoussante , de lacérer avec une lame d'acier des chairs qui, un moment auparavant, frémissaimt sous le toucher ; de faire un apprentissage de meurtre, nus être meurtrier... Maie c*eet aussi une chose affreuse pour un piélie

Ulyrts nwr*.

que d'enlendre la population applaudir frénétiquement à la chute de rhomme voué à la irirginité; c*est une torture aiguë que k présence de chastes supérieurs qui le déclarent sacrilège et déserteur de

la loi catholique.

« Ce doivent être d'indicibles angoisses que ces premières teintes du jour qui fondent les ténèbres et rapprochent le prêtre de Theurc où les voix accablantes le nommeront infâme, sacrilège et peut-être assassin 1 Le désespoir a ses inspirations et son courage.

Qui de nous peîit dire ce qa*il ferait en pareille circonstancet Peut-^ être Lacolonge trouva-t-il dans son oi^cil la force de tanthtt une faute; il ne ivussit pas : il fut condamné pour un crime.

«Messiinus, je dois respect à la chose j'igco, dit rélranger; je dois respect aussi au mystère que l'accusé n'a pas révélé aux assises. Ici , j'ai été entraîné comme malgré moi à vous dire ma croyauce; je n*ai pas la prétention d'influencer la vôtre. »

Ces paroles me frappèrent vivement; car le même fait m'avait été raconté avec les mêmes détails, quelques années auparavant, par M* Wollîs , avocat au barreau de Paris , qui avait suivi avec attention ce procès criminel, dont il me parla souvent comme d*un drame dont quelques scènes restaient encore inconnues.

A Brest , à Rocbefort, à Toulon , sous le bonnet vert, se montre la grande variété des meurtriers.

Là est le forçat-tigre , qui vit pour le meurtre; le forçat qui vil du meurtre, mais qui ne rexécute pas (M. le docteur Lauvorgne désigne cette espèce sous le nom de forçat-chacal ) ; là , le forçat de race moutonne, qui suit toute route tracée, qu'elle mène à la guinguette ou à l'échafaud.

Les hommes de la science nouvelle, qui aspirent au moment d'eiercer leur clinique morale, ont^^ils bien étudié toutes ces na> tures avant de rédiger leur codex de pbarmade cellulaire, déjà gros de formules, dont Tapplication ne parait pas d*une grande puissance curative.

Parmi les apôtres de la cellule, les uns veulent qu'une visite quotidienne d'hommes reconnus vertueux soit organisée, et que le visiteur, neniretenatU pas exclusivement le cellule de ses péchés, lui parle des récompenses qui attendent les travaux des hommes utiles , et que , pour varier , il cause avec lui d'histoire ou bien d'Atslotre naturelle*!!!

Gela ne semble-t-il pas une ironie cruelle, de parler de la nature, de ses merveilles, de ses richesses, de sa magnificence, à des hommes qui vivront dans des tombes.

Un autre réformateur, M. Moreau (Christophe) , fait grftce aux

* M. Suringar, COMidiiadons sur In réclusion indieidueite ilet détenns.

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