CHAPITRE VIL
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... Il y avait tout à la fois du tigre et de Thomme dans cette figure hideuse, empreinte de scélératesse et d'infamie; il devait avoir bu du sang!»»
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Le supplice du fouet, de la bastonnade , ou la peine des verges existait chez les anciens sous la dénomination de tympanam. Tantôt on faisait étendre le criminel par terre , on le frappait avec le bâton quelquefois jusqu'à ce qu'il eût rendu le dernier soupir; tantôt dépouillé depuis les .épaules jusqu'à la ceinture, il présentait son dos aux coups multipliés d'un foaet de cuir de bœuf. Cet usage, que l'humanité réprouve , que la législation bannit, n'existe en France que pour l'homme des bagnes. La plus légère infraction au règlement de l'établissement, le murmure, le geste même qui prouve une souffrance, attirent sur le con-
damné cette punition atroce. Leà forçats sont rangées sur deux rangs , le coupable vient luimême, ou s^il résiste, est conduit par un gardediiourme; il s'agenouille sur un banc. Jean Skibienski , forçat lui-même , condamné à vingt-ans ^ nommé exécuteur des hautes œuvres du bagne , lève sur le patient un bras vigoureux armé d'uilé grosse corde ou double garcette , et en appliqué suivant le délit un nombre presque toujours suffi* sant pour mettre le forçat hors d'état de travailler. Un raffinement de barbarie vient encore inspirer l'horreur k ceux qui assistent à ces exécutions. Déchiré par la brutalité de l'exécuteur, affaibli par les blessures , le forçat se voit privé d'une part des alimens que le règlement lui alloue , et par une justice distributive entachée de je ne sais quelle bizarre cruauté , cette confiscation a lieu au profit du bourreau I ! ! 1
Jean Skibienski est d'une haute stature ; quoi* que bancal, il est d'une prodigieuse force de corps. Ses fonctions terribles l'ont souvent rendu victime d'une vengeance j un coup de couteau dans la main , plusieurs autres blessures sur le corps attestent là haine qu'il inspire. Un forçat m'a âésuré avec calme que Skibienski, dont lé temps est bientôt expiré , ne survivrait que dé
quelques mois à son élargissement. On le butera, disait-îl en son langage de prison , voulant dire qu'il serait victime d'un assassinat. Skibienski est le Brutus des bourreaux ; ni les liens de la parenté, ni les droits que Fintimité peut avoir , n'affaiblissent la rigueur de ses corrections quand la condamnation est prononcée. Son neveu , forçat comme lui, ayant mérité une bastonnade, fut, diton j si vigoureusement châtié par son inflexible oncle , qu'il faillit perdre la vie.
Jean Skibienski est aussi qhargé des recherches minutieuses que la surveillance exerce sur la personne des condamnés. Son œil inquisiteur devine ou recherche dans quelle partie du corps un condamné peut avoir caché des limes ou autres instrumens d'évasion.
Le fugitif, qui à peine libre de sa chaîne , a été repris avant que le signal d'alarme ait fait connaître sa fuite , est livré à Jean Skibienski ; la bastonnade le punit d'avoir obéi a la première loi de la nature, il subit des tortures parce qu'il a préféré la liberté à l'esclavage. Mutilé par la barbarie d'un traitement qu'aucune loi ne légitime, c'est à l'hôpital qu'il va finir le soir le rêve de bonheur commencé le matin en limant le premier maillon de sa chaîne.
Le forçat Pitrou offre le plus hideux exemple de l'abus de la mesure atroce qui livre aux verges Fhomme que la loi n'a condamné qu'à la captivité. Pitrou désire vivementlaliberté; prompt à combiner les moyens d'une fuite, il échoue sans cesse dans l'exécution. Il a reçu plus de vingtcinq bastonnades. Il est impossible d'imaginer une plaie cicatrisée plus affreuse à voir que le corps de ce forçat ; depuis la nuque jusqu'au talon, il semble avoir été brûlé ou écprché.
Sa résignation à subir une semblable condamnation , son silence au milieu du supplice , son calme dans le récit même qu'il fait de sa souffrance, devraient être une preuve bien convaincante de Pinutilité d'un suppUce aussi cruel : le souvenir de la punition pour une évasion manquée ne sera jamais assez puissant pour étouffer Tespoir d'une circonstance plus heureuse. Au moment où Skibienski frappe le patient, peut-être un projet d'évasion occupe-t-il sa pensée , et le dernier coup de fouet ensanglanté devient souvent le signal d'un nouveau départ. Quels hommes êtes-vous donc , qui soutenez de semblables institutions ! Vous devez' être bien près de la brute, s'il est vrai, comme le dit Montesquieu , que la raison porte à t humanité.