LES GAMELLES
Pourquoi «l'appelez-vous homme? Ce n*est point eu homme que je suis traité, je ne suis qu'un chieu. Chants populaires de VÉcoise.
A midi, les forçats sont rentrés dans le b^;De ; c'est l'heure du dîner. Les bonnets verts sont remontés sur leur banc. Le sbîre les attache aussitôt. Dans l'autre salle , les rouges sont rentrés aussi; mais ils péuyent circuler dans toute la longueur de la salle. Les forçats de corvée errent çà et là , s'oeeupant desr soins de la cuisine et du transport des gamelles. Le si* lence r^;ne. Il est commandé par le coup .de sifflet de l'adjudant. Les ccmdamnés se forment en grompes de quatre ou six indÎTidus. Au milieu d'eux, on apporte la gamelle à laqii^le»
sans doute pour assimiler le condamné à la brute, on donne la dénomination de baquet.
Des pois secs ou des fèves assaisonnés avec du beurre et relevés par le sel , qui font partie de la ration du forçat ; un pain asse^ blanc , et dans une quantité suffisante, composent le repas du galérien.
Ceux qui ont travaillé dans le port peuvent réparer leurs forces par quelques gouttes de vin. Le forçat invalide a seul 'droit à une ration de viande. Trois fois par semaine on la lui donne avec des légumes frais. Là où le caprice des subalternes n'est point la loi suprême , là où des instructions les tiennent dans le devoir , on voit la justice présider à tous les détails. Si les repas des forçats n'étaient fixés par une ordonnance royale , nul doute que le pouvoir discrétionnaire ne les assimilât à la pâture des bêtes les plus immondes. La brutalité ne pouvant anéantir une volonté puissante , s'est encore rendue coupable en cherchant à en altérer les salutaires effets. Il y a quelques, mois qu'on a voulu proscrire du repas des forçats les ustensiles de nécessité première,-^ dont l'usage pouvait rappeler encore aux condamnés qu'ils étaient hommes. Les galériens à Rochefort furent à la veille de se voir
enlever les plats , les cuillères et les couteaux. Le préfet maritime , dont le nom se présente toujours quand il y a un acte de justice à faire ou un abus à réprimer, M. Tamiral Jurien, vint encore prot^er le condamné, qui maintenant prend son repas sans présenter le tableau d'une meute qui se jette sur la curée. Pendant quelque temps , dans leur langage expressif , les forçats appelèrent la cuillère anamiral^ et le couteau un préfet maritime. Ainsi^ deux mots de leur vocabulaire rappelèrent un hommage de reconnaissance.