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CHAPITRE XIII

!.▲ PILLE pu F0ftÇ4T.

.... Un père est toujours père; Rien n'en peut eifacer le sacré caractère.

CORHBILLK.

Dans mon séjour à Rochefort , j'aimais à me promener dans les sombres avenues du jardin public. Assis sur la terrasse qui domine le port , je regardais les couples des forçats qui charrient de loiurds fardeaux , et achètent k la sueur de leur front Tavantage d'échapper quelques heures à Fair méphitique du bagne. J'avais remarqué 'une jeune fille qui passait et repassait devant moi, et prolongeait ses regards avec une. cu^ riosité avide sur le bâtiment de la Corderie.

La jeune fille portait le costume vendéen. Elle s'assit sur un banc adossé aux charmilles , et là Besta rêveuse. Je m'approchai , je la reconnus :

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je l'avais vue la veille chez le concierge du jardin , et j'avais appris le but de son voyage. La jeune fille allait se marier , et son père était au bagne.

Eutrope était le prétendu de la ps^ysanne ; il connaissait le crime de son beau -père futur. Habitant le même village , il savait tout ce qu'il pouvait perdre en considération en épousant la fille d'un condamné; mais Tiennette était aimée ^ et la passion cachait à Eutrope les conséquences de ce mariage ; il voulait épouser la jeune fille, mais il désirait qu'on ne parlât plus de ce père qui était mort aux yeux de la loi , qui n'avait plus aneon droit sur da fille et dont il fellait éloigner le souvenir.

Tionnette aîaait aon père y el son affeolioii pour lui se doHblak pw le mépris dont tes autres frappaient l'auteur de sés jours ; oDe voulaît qu'il signât le consentement à son OKinage et qu'il lui doimât sa bénédietion, Eutrope avait loiig-temps> combattu le désir de Tiennette; il sa relusait encore à la démarche qu'elle désirail £aiire ^ et ce n'était qpi'aveo regrdL qu'il avait entrepris le voyage de Rechafort* Eutrope était un garçon de bonne miite^ qui avait des làanières lran-<> cbes el ouvertes , et dant Fabord prévenait au

pnemier eou|h-d'œîl ; il ne tarda pas à venir se j<»ndre à nous; il avait été faire quelque eml^tte. Je servis d'interprète aux sentimens de Tieonette* Je dis k Ëutrope qu'un père n'est Jamais coupable aux yeux de sa fille : qu'il n'y a point de lois , point de juge , point de jury , point de Cour prévôlale qui puissent nous dé-* g;ager des liens de la nature , et que la piél^ filiale de Tiennette devait être , pour lui , un gage précieux des vertus de son épouse.

Tiennette ne disait rien, mais ses regards étaient attachés sur le yisage d'Eutrope , elle éfitaii tptt9 sf» mouvemens comme pour saisir ui» acquiescement à ses désirs.

Eutrope m'éeoutait les yeux baissés : dès que j'eus fini de parler, saisis répondre , sans faire la moindre objection, il prit le bras de Tiennette^ et les deux amans s'acheminèrent yen le bagne. Je les suivis , et la jeune fille , qui apparemment regardait ma présence comme un aj^ui contre rhéntation d'Eutrope, m'encourageait du regard k ne pa& les quitter.

CependaiVt le vieux forçat était malade depuis plosienrs jours ; il n'éiak plus au bagne , il avait été oûnduit k Phâpital. Nous traversâmes silencieusement la longue cour, nous montâmes lesj

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âegvés de Fescalier. A rentrée des salles , uni tinemblement violent agita la jeune fille ; ses joues étaient pâles , son cœur devait être bien serré. Ëutrope et son amante furent introduits jusqu^au lit du forçat. Un garde-chiourme me repoussa , et je ne pus suivre que de loin les détails de ce tableau. Au pied du lit du condamné se tenait Eutrope ; la jeune fille approcha avec un mouvement de crainte qu'elle ne put comprimer. Le condamné leva sa tête affaiblie, tourna un regard éteint, et laissa échapper un sourire entre ses dents dont la blancheur contrastait avec son temt bruni. Un gardechiourmé avait conduit las deux jeunes gens; ' il était resté comme témoin à cette scène. Une bonne sœur de la charité soutenait le malade ; il prit la plume qu'on lui présenta , il regarda Pacte dressé d'avance , et , soutenu , il apposa au bas son nom déshonoré : étendant vers Tiennette ses bras décharnés, il l'attira sur son cœur ; le mouvement qu'il fit donna une secousse à sa chaîne dont Eutrope avait pris un anneau qu'il regardait d'un œil hébété : un des chaînons froissa la robe de ia jeune fille qui laissa tomber une larme sur ceS: fers rouilles. La tête du moribond retomba bien-, tôt sur le traversin. Xîennette saisit ce moment

pour glisser furtivement en tremblant sa main sous le drap; un regard qu'elle prolongea sur le garde-chiourme qui se détournait, trahit, heureusement pour moi seul, Poflrande que la jeune fille laissait à son père. Eutrope qui semblait mal à son aise, fit un signe à Tiennette ; tous deux sor^ tirent lentement , tête baissée. Près de la porte, Tiennette porta un dernier coup-d'œil sur le lit de douleur, et peut-être en ce moment son cœur demanda- 1- il au ciel d'abréger les tortures de ^/ son père, en l'appelant de l'asile où l'on souffre /^ dans celui où l'on pardonne.

U" Accordée de village est un des chefs-d'œu? vre de Greuze ; là , tout respire l'amour , la vertu , l'innocence et*Ie bonheur. Je crois que si un de nos peintres, M. SchefFer par exemple , voulait traiter l'action que je viens d'essayer de décrire et dont j'ai été le témoin , il pourrait lutter avec Greuze , non pas de grâce , mais d'intérêt et de pathétique.

Quand les deux amans eurent descendu l'escalier des salles, la jeune fille sauta au cou d'Eutrope. « Cette démarche, lui dit -elle, nous portera bonheur. » Les deux jeunes gens entrèrent ensuite dans la chapelle de l'hospice civil, y firent une courte prière, me saluèrent

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avec reconnaissance, et montèrent daos une carriole qui les conduisit dans leur village.

Oui , Dieu te bénira, pauvre fille, qui n^as pas abandonné Fauteur de tes jours, qui n'as pas cru que tout était rompu entre lui et toi, parce quUl était coupable , et tes enfans rendront à ta vertu Thommage dont tu n'as pas craint d%onorer un père criminel.

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