I.X8 ARLAQI/lVS
Il ii*y a pas un acte administratif qui n*ait une influence morale sous le rapport de Paugmentation ou de la diminution dé nuire.
M. DB TRACT, Commentaire sut Monttsqutêit.
Le costume pénal est favorable sous un rapport de police; en ajoutant aux difficultés de l'é-^ vasion , il frappe Timaginatioti et donne au pre-^ mier aspect d'un lieu de récluûon le eso^actère qui lui convient. Il augmente la salutaire huiniliation de la peine * . C'est l'interprétation de ce texte qui avait peut-être motivé le nouvel article ajouté il y a quelques années, par le commissaire du bagne , au code réglementaire de Rochefort. Ceux des condamnés qui lui paraissaient suspects étaient
' Rapport de M. Oumont sur le projet de loi pour le régime intérieur des prisons de Genève.
revêtus par ses ordres d'un costume dont la forme était la même que celle prescrite par le règlement, mais dont les bigarrures annonçaient plutôt un vêlement de tréteaux, que la casaque d'un lieu de correction.
Le costume était brun d'un côté, rouge de l'autre ; du corps de la veste sortaient deux manches , l'une jaune par derrière , et verte par devant, l'autre jaune par devant, et verte par derrière ; le pantalon était un assemblage de diverses nuances.
Ceux qui étaient revêtus de ce costume, étaient désignés sous la dénomination d'arlequins; ils étaient toujours placés dans le lieu le plus apparent du port; ils se tenaient au repos et debout pour servir de point de mire à la surveillance des gardes. M. l'amiral Jurîen, préfet maritime, marqua les premiers jours de son administration par l'abolition de cette mesure plus que burlesque. Il prescrivit la défense de la renouveler. Un des derniers arlequins qu'on remarquait au bagne de Rochefort , était Gérard , le même qui , dîton , par les craintes qu'il inspirait, fit adopter les manilles d'acier trempé , usage dont il fïit le premier à ressentir les effets. Gérard est un des condamnés les plus subtils du bagne de Roche-
fort. Il cherche encore même dans les fers à faire des dupes. Il y a peu de temps que, par une correspondance adroite et une intrigue bien conduite , il faillit tirer une forte somme d'argent de la directrice de la poste même de Rochefort. On prétend qu'il ne lui cacha ni son nom ni sa position , mais qu'il fut près de la convaincre qu'il était un grand personnage , victime d'une machination , et que sa sortie prochaine lui assurait le recouvrement de sommes immenses. Lors de la catastrophe du 1 3 février 1 820 , Gérard se crut appelé a en profiter ; il s'évada du bague de Toulon , vint à Paris , et soiç qu'il se vît près d'être reconnu ou qu'il cherchât à en imposer et àgagner son pardon par de prétendus aveux , il se présenta pour donner des éclaircissemens sur ce forfait. Ne sachant rien, il ne put rien dire; il finit par avouer l'impudence de cette démarche ; il fut ramené à Rochefort, séparé du marquis de Chambreuil avec lequel il était étroitement lié, et qui lui avait donné les moyens et le conseil de se rendre dans la capitale. Aujourd'hui Gérard a repris la veste rouge. Le bonnet vert annonce qu'il est encore redoutable, et le surnom d'arlequin ne lui reste que comme un vieux souvenir de la terreur qu'il inspirait.