CHAPITRE XVIII
&IS COMU , I0U»-001»S , AROOUSim , CAPS IT OARDBf*€aiOirRlf U.
An iron race.
Une race de fer.
aRAT.
Tu fois la un affiwux métier , homme.
SCBI&LBIl.
C'est un phénomène inexplicable que retendue de Fimaginaiion des hommes en fait de barbarie et de cruauté. On dit dans un ouvrage sur les prisons : Il y a quelques années à Bicétre, quand les condamnés se promenaient siu* la cour par un temps pluvieux, ils cherchaient un abri sous Tauvent des guichets ; alors les gardiens les en chassaient avec des fouets de poste pour les forcer à faire ce qu'ils appelaient le man^e. On a vu des vieillards , le front chauve, la tête nue , tomber sous les coups de ces fiiries à visage d'hommes. Un détenu avait -il commis
ime firale, fls le eonduîsaieiit au greffe , ei, Ma* leur seul rapport , le concierge le faisait mettre au cachot ; une paire de menottes serrait les mains du patient , et lorsqu^l était parvenu à la seconde ou troisième marche des degrés de la prison, ses conducteurs lui lançaient un coup de [ued entre les deux épaules, et il parcourait, en roulant du haut en bas , tout Tescalier des oubliettes. Un détenu avait tenté une évasion; déjà il était parvenu sur les toits ; mais il est aperçu , une compagnie de fusiliers le couche en joue. Le fugitif fait signe qu'il va descendre , il demande grâce; un respectable ecclésiastique, Taumonier des prisons , se jette au-devant des fusils. A peine s'applaudit-il de conserver la vie à ce malheureux , qu\m gardien esl dgii parvenu sur le toit ; ils^approche du prisonnier, d'un coup de pied ' dans le dos le précipite dans la cour de la prison , et son sang et sa cervelle rejaillissent , et couvrent la soutane du digne ministre de paix , témoin de cet affreux spectacle. La visite d'un inspecteur , nommé par le gouvernement , mil un terme à ces scènes sang^smtes. Les barbares qui torturaient les prisonniers furent renvoyés de cet asite de réclusion. Ne seraient-cé pas les mêmes que nous retrouvons aujourd'hui dans les
bagnes, sou» le costume de garde-chîounne ?
Les dénominations d'agens dans les bagnes se sont conseryées du temps où la garde des forçats participait du régime des galères , sur lesquelles les chiourraes étaient embarquées. Ces divers agens sont divisés en agens de police et de surveSlance intérieure , et en gardes. Les premiers sont les cornes ou comités, au nombre de trois ou quatre , les argousins trois , les sous-comes dixhuit , sous-argousins dix-huit, et les caps, espèce de piqueurs , pour diriger les travaux.
Dans les premières années de Forganisation des bagnes , la garde des forçats était confiée à la compagnie des pertuisaniers. De 1 794 , époque à laquelle cette compagnie fut supprimée , jusqu'en 1798 , les forçats furent gardés par des détachemens des troupes de la gamiscm^ Alors ce service fut fait par des hommes de couleur du dépôt des colonies. Vers 1803,1a compagnie des gardeschiourmes fut créée , et fit d'abord le service en commun avec les soldats du dépôt des colonies; Au licenciement de ceux-ci, enl 81 2, la compagnie des gardes-chiourmes resta seule affectée à cet emploi ^ Ce doit être un recrutement dtfficile à
' La prime d'engagement est ée ([|i«rante fi*ancA.
effectuer que celui dW régiment de bourreaux^' Pourquoi de semblables individus souillent-ils le costume militaire ? Leur livrée ne devrait-elle pas plutôt être coupée dans la même étoffe que la veste du forçat? Rien de hideux et de repous*sant comme Taspect d'un garde-chiourme ; l'idiotisme est peint sur sa figure , un sourire brutal anime ses traits, presque toujours couperosespar Texcès de la boisson. Maître presque absolu des couples de forçats qu'il conduit ou qu'il surveille, il les rend constantes victimes des accès de sa brutalité ; il sait que prouver sa cruauté c'est faire acte de zèle. De long-temps je n'oublierai le premier trait de barbarie que je vis commettre par un de ces tigres enrégimentés.
Plusieurs couples de forçats travaillaient sous le bâtiment la Dryade , qui est en consCruction ; les uns étaient occupés à l'empilement des bois , d'autres aplanissaient une partie de terrain et chai^feaient les brouettes qu'ils conduisaientàl'endroit de la décharge des décombres. Deux forçats rouges étaient auprès d'une civière à roue fortement chargée ; l'un d'eux disait au gardechiourme : a Je ne puis plus me tenir sur mes jambes , je ne puis suivre le camarade. » Ses membres tremblaient, ses dents s'entre -cho^
quaient , le frisson s^emparait de son corps ; enfin tous les symptômes de la fièyré se manifestaient, a Tn iras à lliôpital demain , répliqua le gardien ; jusque-là, travaille, et ferme ; tiens, y'ià un coup d'tisane. » En disant ce mot, le garde- chiourme lui applique sur Péchine un vigoureux coup de baguette. Le forçat valide avait chargé la brouette , ce devait être à son compagnon de chaîne à la traîner ; mais , moins cruel que le surveillant , il se plaça dans le brancard et se mit en route. Le camarade moribond suivait k pas lents ; à peine pouvait-il trakier sa chaîne ; enfin il fléchit. Son compagnon l'aperçoit , le prend dans ses bras , le porte sur la brouette , Tassied , et sous cette double charge arrive a destination. Là il place le fiévreux par terre , vide la brouette , y fait rentrer de nouveau son compagnon jusqu'à l'endroit où il la recharge , et là il replace encore le malade sur cette chaise roulante improvisée. Je m'arrêtai à voir ce tableau qui n'était pas sans quelque charme ; mais bientôt il devint hideux par la brutalité du surveillant , mécontent de la pitié que semblait éprouver le camarade qui se vouait seul au travail. Le garde-chiourme le frappa à plusieurs reprises; voyant cependant que le
traitement cruel dont il punissaii une actioD qui n'étak rien moins que blâmable, excitait encore à la continuer , il saiât le momem où le forçât y charge de son camarade , passe auprès dVm monceau de pierres, sur lequel des ancres et des grappins avaient été déposés ^ et là , sous le prétexte que la marche est trop lente , dai» un mouTcment d'impatience calculée, il pousse le forçat malade en même temps qu'il renverse la lM*ouette, et la tête du condamné va frapper fortement contre la pointe des grappins , le ma* lade roule sur les pierres, la chaîne qui le lie au camarade et qu'il avait attirée à lui, lui serre for^ t^inent la goi^e, et les coups de canne tombent de nouveau sur lui et sur le camarade qui cherche à le dégage... Midi soniNi : c'est l'heure où les condamnés rentrent dans le bagne. Le forçat malade reprit un peu courage , il se releva , et tenant d'une main sa chaîne , de l'autre s'appuyant sur son compagnon , il se traîna péniblement et pas à pas jusqu'au banc de sa salle , où il ne fut peut-être pas encore à l'abri de la barbarie. Je donnai quelques pièces de monnaie à cet homme, et j'eus encore la douleur de voir le gardechiôurme lui appliquer un coup de canne en le traitant de mendiant.
Je |>m le signalement de ce monstre pour le faire oonnakM à Tan des chefs, qui, saans doute, i'éôt pum, onTeût du mmns réprimande d'un td actede férocité. Mais le lendemain, quand je chenckkik lecoimaître, je trouvai tant de ressemblance dans toutes les figures de cette brigade de smreîl-» lance, qu'il me iut impossible de désigner le coupable sans risquer de commettre une erreur.
Bien m'en prit peut-être de n'avoir point poussé plus loin mon enquête. En demandant une punition pour l'auteur d'une lâche action , j'aurais peut-être obtenu pour lui une récompense. La joue saignante , le visage mutilé du forçat Ganzère , ont été des preuves à peijie suffisantes pour mettre en accusation un membre de cette compagnie de sang. Ganzère reposait sur son banc dans le bagne; le garde - chiourme Tremblay, pris de boisson , s'élance comme un tigre furieux sur ce condamné et lui porte des coups de sabre sur la tête et sur les membres. Ganzère échappe comme par un miracle à la furie de l'assaillant. Il conservera long-temps les traces de ce cruel traitement. Le coupable est livré au conseil spécial maritime, et il est condamné... à un mois de prison et a seize francs d'amende. Voilà donc les représailles auxquelles l'humanité a droit ! Un
honune attente à la yie de sop semblable, et parce que la yictime est placée hors de la sphère sociale , il s'ensuit qu'il a sur lui le droit de mort ; Toilk la législation du bagne 1 Le même crime conduit Tremblay aux arrêts , et Salvador à Técha£aiud!