‹ Les bagnes: RochefortChapitre 22 sur 45 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

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L*or qui compose ce bijou a été gagné grain à grain.

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Un sentiment de bi«afaisance a porte le gouvernement à accorder un léger salaire aux forçats travailleurs. On leur donne des vivres en quantité sufiBsante ; une ration de vin leur est distribuée; mais le condamné qui ne va pas à la fatigue , celui qui est retenu à la double chaîne, Finfirme, le convalescent, seraient réduits à une nourriture à peine suffisante, si Findustrie ne venait à leur secours. A certaines heures du jour , quand les forçats valides sont dans le port , les salles et les cours du bagne sont transformée^ en ateliers. Là chacun se livrç à des travaux dont le

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besoin lui a fait deyiner la régie et le seeret. Au pied d'un arbre , celui-ci tresse le crin dont il fait des chaînes d'un travail parfait. La paille, sôus les doigts d'un autre, reçoit mille formes variées. La noix du cocotier, dépouillée de son écorce, d'abord polie , puis ciselée , présente mille dessins. Le gaiac s'arrondit en boite. Sur tous ces objets , de doux emblèmes de bonheur où de tendresse , contrastes frappans avec les émotions qui doivent agiter l'homme du bagne , sont exécutés avec un talent qu'on doit d'autant plus admirer , qu'on sait que les outils tolérés ne sont pour la plupart que des morceaux de verre ou la pointe d'un clou. Si le style est l'homme , la plupart des forçats ciseleurs méritent la pitié , car leur burin ne reproduit que des cœurs enflammés , des colombes se becquetant, des trophées de chasse qu'un chevalier dépose aux pieds de sa dame, on des sujets religieux , tels que le Christ sur la croix, ou la Vierge en adoration. En se promenant dans le port , du côté des motr{ins , les condatonés se pressent autour des visiteurs et leur font offre de leurs objets de nqgoce, qui sont pour la plupart des chefs-d'œuvre d'habileté et de patience. Lk, dans un endroit écarté, ils reçoivent le prix qu'on met à leur travail ; ils évitent soi-

gneusement Iea.regaFdsdes chefs, car souyent Far* bitraire se mêlant à ces petits actes de transaction ^ un ordre contraint rouvrier à cédera yil pris lepro duit de s(m industrie. Marchander un objet dans le bagne est presqu'un acte de cruauté* Les oc-» casions deVente sont si rares, les besoins de Pou* yrier serenouTellent si souyent, qu'on est toujours certain d'obtenir de lui à tel prix que ce soit l'objet qu'on désire acquérir. J'ai yu un yaisseau à trois ponts exécuté en petit par un forçat ; cet ouyrage ay ait été le fruit de deux années de trayail; l'acqué* reur se présenta ayec un chef, et, malgré ses instances pour payer conyenablement le chef-*d'œu*yre , k yisiteur fut contraint de le prendre pour une très^ible somme qui ne fut donnée qu'en partie au forçat; l'autre partie reyenant, sniyant le règlement, à la caisse des forçats inyalides.

Les outils des condamnés, comme je l'ai dit, sont de très-* petits burins et souyent des morceaux de yerre. C'est ayec ces faibles moyens qu'ils exécutent même des ouTrages qui semblent demander quelquefoisl'équerre, lecompas, le yile brequin , Femporte-pièce et tout ce qui donne de la régularité au trayail. M. Cr...^ qui semble toujours à raffiât de ce qui peut rendre plus misera-, ble la position des condamnés, s'ayisa« il n'y a pas

long-lemps , de leur 6ter ces faibles ressources ; il fit enleyer les outik , sous prétexte qu'ils ser- Tsdent aux évasions. Cette mesure de rigueur ne fut pas approuvée par Famiral Jurien qui, dans cette occasion comme dans beaucoup d'autres , interposa son autorité , et réprima cet acte d'une sévérité malentendue.

La plupart des ouvrages des forçats , tels que les coupes et les vases de coco , sont enrichis d'agrémens en or, et ce métal, n'étant point contrôlé, excite la défiance des acheteurs. Alors le forçat , d'un ton énergique qui porte presque la conviction , s'écrie : Qae je ne sorte jamais de la position où je me trouve , si je vous trompe l Et , chose bizarre ! on n'a pas d'exemple qu'aucun condamné se soit rendu coupable de ce genre de duperie. On peut donc faire des emplettes de bijouterie, avec plus de confiance au bagne que dans les fêtes patronales des ^virons de Paris , pu sur les boulevards même de la capitale I Au nombre des ouvriers qui ont acquis une renommée dans les bagnes, on cite à Rochefort un horloger-mécanicien auquel il fut permis d'exercer son état. Le cuivre et les outils lui manquant, il faisait des pendules en carion dont on admirait l'élégance et le mécanisme.

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