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CHAPITRE XXIII

LXTTASS DE GRACE '. COMMUTATIONS. LA SAIKT-CHAELES.

Le droit de grâce , qui met le monarque au-dessus des lois , relèverait au-dessus des hommes , si celte royale prérogative était toujours infeillible eu son choix entre le malheureux et le coupable.

EMILE DE GIRARDIH.

Le forçat est livré comme ime pâtm*e aux hommes qui le gardent. Ces geôliers, qui ont toute la férocité des gladiateurs à qui étaient confiées les bétes de l'amphithéâtre, ne regardent point les forçats comme des hommes , mais comme des choses que la barbarie et un

' ▲ la Restauration, il y a eu soixante-cinq lettres de gr&ce ou d'amnistie.

arbitraire brutal peuvent défigurer ou détruire à leur gré. On voit que la matière ne coûte rien aux agens de la surveillance, et qu'ils comptent sur les vices de la société pour remplacer celle qu'ils détruisent ou qu'ils mutilent. Cependant les bagnes mêmes ont leurs jours de joie et d'espérance. La fête du Prince se fait sentir à toute h' nation. Dans tes grandes solennités publiques, dans les fêtes où le Prince et la nation se livrent aux transports de la joie, la main royale usé de ce droit de pardon , le plus bel attribut du pouvoir suprême. Des lettres de grâce amveni au bagne. Vont-eUes arracher au supplice des malheureux qui eussent ignoré le crime s'ils n'avaient pas connu le besoin? Rendentelles à la liberté des captifs qu'une imprudence funeste ou le délire d'un moment ont chargés de chaînes? Hélas ! souvent (tes preuves affligeantes ont montré que ceux-là qui inspiraient le mains de pitié ont joui de la plud grsmdepËirt du bienfak* Il est des condamnés quil, au milieu iaèste de l'infamie dont ils sont entourés , ont trouvé le moyen d'aj0uldr encore à leur charge de hoate. Ils achètent par une basse adulation, par des délations souvent menscHigéres , .({uelqiie adoucissement à leur peine. La protection du chef dont

ib £iciliteot la survriUance détient néeessâirerneul leor récompense. Bientâl leur nom est porté sur mie Ible protectrice , mie noie colore leur bassesse du mot de repentir touchant , de reloor au bien. Des^ buteaia de la police an bagne , le plaeet parvient au ministère ; M re^ tourne k Rochefort, revêtu de la signature royale , et k peime eelui qui est Fobjet de cette exeeptioB a^t-il entend» Farrêt qui rompt son basiez qu'il dresâ^ déjk une demsfnde d'mcorpovation dafis kss brigdéeâ de 1» police ! Et ▼oilà coQime l'iûÉittîê reçéil la part ^oe laf clémenée a £aîie au tep^mir !

Si 6g Boi le sopaii ^ ! Ce e^iest surtout au bagne «ne gAve accusation contre Fincurie des administnteiGrs.

Si le Bai le savait , on ne massacrerait plus les forçats , on ne leur refoserait plus les secifurs éè tai rdigion , ni les consolations de la pitié. Ils ne seraieM plus entassés dans un entre Mect éè Fair ne peut pénétrer. Ota ne

' Grâce à Factive philantropie de S. £x. le Ministre <fe l'a Marine, pour amener une amélioration ou détruire Viti abus , il suffit de dire aujotrrd^Iiui : M. Hyde de Neuville le sait.

les abandonnerait pas à la plus stupide ignorance. La bastonnade serait abolie; la double chaîne ne serait plus en usage ; Thomme , mis en liberté , ne sortirait plus du bagne avec la livrée de la honte ; les forçats seraient enfin des hommes condamnés à des travaux et non à des tortures.

Sî le Roi le savait^ une lettre de grâce arriverait bientôt à Rochefort; un condamné de Saintes re verrait ses foyers. Ce condamné était un homme du peuple, pauvre et chargé de famille ; il fut dans la nécessité , pour subvenir aux premiers besoins de la vie , de souscrire une lettre-de-change. Bien que la somme fût légère , il ne put la payer à Péchéance. Il alla trouver l'huissier chaîné des poursuites, et lui représenta le mauvais état de ses aflPaires , le manque de travail, sa femme et ses enfans absorbant son faible salaire ; il sollicitait quelque délai. L'huissier se laissa attendrir et ac^ corda au débiteur le temps demandé ; mais soit qu'il changeât d'avis aussitôt que l'ouvrier fut parti, soit que le créancier lui-même voulût hâter les poursuites, l'huissier se rendit à l'instant chez le débiteur. Cependant celui-ci , joyeux du sursis, qu'il avait obtenu , était rentré chez lui et faisait pari

du sujet de son allégresse à sa femme. On frappe à la porte , c'était l'huissier qui arrivait avec des recors. Au nom de la loi, il enjoint à l'ouvrier de le suivre en prison. La nature Mt oublier la loi sociale. La tête du malheureux père de &mille s'exalte ; il saisit son fusil , fait feu ; mais bientôt la réflexion lui montre l'horreur de sa position. Il est arrêté. L'huissier ni aucun des assistans n'avait éta atteint du coup de feu. La pitié espérait trouver la loi indulgente pour ce malheureux. Il a été condamné à vingt ans de galères! Ses compatriotes ont plaint le coupable sans lui retirer le titre d'honnête homme. Etant à Saintes^ j'appris ces détails de la bouche d'un des' médecins de la prison de la ville. Il avait donné ses soins à ce malheureux père de famille; il avait vu souvent cette victime d'un emportement, sans doute coupable , mais auquel on ne peut refuser la pitié. Le docteur m'assura que les principaux habitans de Saintes avaient fait des démarches pour soustraire ce malheureux à sa peine *. « Je l'ai vu partir , me disait-il ; la dou-

X Les démarches que j'ai feites pour me procurer le nom de cet homme ont été infinctueuses ; je ne pouvais rester qu'un jour à Saintes. Dans un prochain voyage à Rochefort, j'obtiendrai les détails nécessaires à une supplique que je présenterai à Sa Maiesté.

leur étakf pdniesurloiâis ses traite , son regard se promenait sans honte sm les assistans' f car le père de famfllé n'avait point perdu Taffection de œax cpii fe connaissaient^ Ses amis Ihî serraient d'escorte^ ib Ini firent des adieux coomie s'il allait faire im long voyage dont en espérait le voir revenir. »

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