CHAPITRE ni
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J*admets, comme une partie delà puoilion , ta longueur du travail et les efforts qu'il exige , mais il y a des bornes à cet emploi même ; elles sont posées par la nature.
PASTORBT.
Les forçats sont entrés dans le port : chaque couple, conduit par un garde-chiourme, se rend au travail qui lui est destiné; chaque chef d'une partie de Tadministration ou des travaux fait la demande dW certain nombre de condamnés, et aux heures du travail ils sont distribués selon les besoins du service : a Treize couples pour la nouvelle forme ! » s'écrie Fadjudant , et treize couples comptés à plusieurs reprises se détachent et prennent la direction qu'on leur prescrit, a Sergent! un renfort de quatre à la corderie et trois chaussettes à la
p0tt}ieHe 1 * et sq^t condiunnéB ^e dirigem vet^ cm deux dieli^rs. Tous cévA qu'on envoie aux traTaiix qfû se font dans rimérieur des mag&$ifi& Mni ée% roages; \» ptrU restent en troupeaux exposés k Fandeur d'un sofeil dérorant ; la pioche exk main, ils aplsffiissent le terrain Mr lei|iiel doit s'éleTer tuienouveUeforitte ; d'autres^ attelés au nombre de dix ou de dou^e, trient péniMe>ment les âiortnes charpentes qui seryent à la construction des bàtimens en chantier. La brutâdité des conducteurs ne se rsdentii point nn moment : le supplice est continuel pour le con*damnée On chkœ l'inexpérience qu'il montre dans ufi état. dont il n'a jaman ftdt fapprmitKi*sage ; fnônté sûr uïie pile de pOutres> en laî«se«t»fl tomber une , sans la soutenir atec un lerîer qu'il n^a point appris è manier ^ il est précipité dn haut en bas par le bourreau qui le surreilie^ La plainte lui est interdite, elle deviendrait ré^ bellion. Si les forcer lui manquent pour sup^ porter le poids énorme d'un cordage dont sa tête est chargée , d'un bras Vigoureux le gardechiourme le pousse , et il va tomber avec son ferdeau sur les faisceaux de gueuses \ ou route dans
^ mè<!és de "fer fbMdA <{tfi «ëi-fént de leM Mi^ MfiMâAs.
la fange que la Charente dépose sur son rivage. . . Ceux des condamnés dont les services sont préférés par les divers chefs de construction sont les verts ; presque tous sans espoir , Favenir ne leur offre quWe continuité de supplices. Peu de condamnés, même à vingt ans, se nourrissent de la consolante persuasion quW jour ils seront libres. Ce n'est que sur Faptitude au ti:avail, sur une longue persévérance à être utiles , qu'ils fondent Fespoir d'une amélioration dans leur sort. De -là reneige qui soutient leurs corps usés par toutes les privations ; de-là cette sorte d'émulation semblable à celle des bêtes de somme qui imprime plus de force au coup de collier. Souffrir sans se plaindre est devenu le principe pratique de ceux à qui l'esclavage n'a point encore ravi la faculté de penser. Dans les travaux les plus pénibles 9 alors que leurs muscles sont fortement tendus, que la sueur ruisselle de toutes les parties de leur corps , on les voit sourire quand le gardien jette sur eux un coup-d'œil satisfait. Il n'est pas sans exemple qu'un d'eux soit tombé exténué de fatigue , en voulant mériter une gratification de quelques grammes de pain , ou une faveur de trente centilitres de vin ou de vinaigre. De quelque côté que se tournent les regards dans le port,
ils sont douloureusement affectes ; il y a dans tout ce qu'il renferme une teinte de tristesse qui vient en partie de la couleur de sang qui partout y est répandue. L'œil est sans cesse en contact avec la veste rouge qui, jetée tantôt sur un tertre de terre , tantôt sur un arbre , semble doubler le nombre des condamnés ; mais il rencontre encore réclat monotone de l'ocre qui recouvre les formes et les gigantesques bâtimens en chantier, la Dryade et le Diiguesclin. Toutes les guérites des factionnaires sont peintes en rouge, et le soir , quand les derniers rayons du soleil viennent en prolonger la teinte sur le gardechiourme,*on dirait que l'homme des exécutions s'enveloppe d'un manteau sanglant.
Pendant plusieurs jours j'avais parcouru le port , visité tous les magasins , saisi l'ensemble des travaux , et surveillé spécialement quelques détails ; il en était encore un qui m'avait échappé : dans une grue, dite à tympan, qui sert à la décharge des navires , est un tambour qui se met en mouvement par le poids d'un homme qui le gravit en courant. Dans une semblable machine plusieurs condamnés étaient haletans, noyés de sueur; la corde qui se roulait sur elle- .raéme par' le mouvement qu'ils imprimaient à la
grue amenait sur le rivage les pièces de canon d'an brick qu*on desarmait. Le long de la corde jusqu'au riyage, un grand nombre de condamnés aidaient au jeu de la machine. Ceux qui étaient en* fermés dans la grue commençaient à ne plus pou- Toîr agir, car ils étaient exténués de fatigue; il fallut donc avoir recours aux moyens ordi» naires , et les coups redoublés tombèrent sur ces malheureux; ce n'était point alors sur les épaules , selon l'habitude, que le garde-chiourme frappait ; les forçats courant sur un plan incliné , {M'ésentaient , par le mouvement imprimé au tâunbour , tantôt la tète , tantôt les jambes , au bâton de l'exécuteur; le sang jaillissait , et quand la pièce d'artillerie arriva à sa destination , que la roue de la grue arrêtée permit aux condamnés d'en descendre , c'était un spectacle horrible de voir ces figures déchirées sur lesquelles la sueur se mêlait avec le sang ; les condamnés se jetk'^it contre terre pour se rafraîchir , et au moment où ils i^prenaient haleine, un coup de canne les avertit de servir de relais à une espèce de traîneau chargé de pierres que huit autres camarades avaient amené jusque-là , et qu'il fallait condiure à l'extrémité du port. Ils s^uUelèrent et partirent. D'autres condamnés , au nombre de
douze', travaillaient au pilotage , tiraient la corde d'un mouton^ qui fixait en terre un énorme pieu. Les mouvemens, d'abord mal réglés, ne donnaient point au coup l'aplomb nécessaire à son eflet. a Allons , les vieux ! dit un des condamnés , en avant la chanson de la Veuve! ^ » Et il préluda à un chant qu'ils répétèrent tous. 11 y avait dans la cadence traînante de l'air quelque chose de lugubre qui eût glacé le cœur alors même qu'il n'eût pas compris l'horrible sujet de ce chant. Quelques mots que j'ai pu saisir de ce patois méridional , mélangé de quelques mots du langage des prisons, me firent penser que c'était <!|u^qu6 hymoe funèbre en l'honneur des camarades morts ^n place de Grève. La mesure de chaque |)hrase est ealcu* lée sur l'espace de temps que le mouton met à frapper la poutre* Trois fois il l'etombe» et la , troisième mesure qu'il msu*que (ia plimiê se refuse à tracer un semblable détail) signifie le coup fatal du glaive de la justice. Celui qui entonne le chant prélude ainsi :
Oh, oh , oh , Jean Pierre , oh !
Fais toilette;
' La 'vtuvt est le nom sous lequel , dans leur langage , les condamnés désignent la guillotine.
via, vlà le barbier, oh , oh! '
Ici le mouton frappe , le chœur reprend :
Oh , oh , oh, Jean Pierre, oh!
Vlà la charrette.
Le mouton s'abattant , marque encore une reprise :
Ah, ah, ah, ah!
Faucher Colas ^.
En ce moment, la corde est lâchée simulta-^ nément par tous les travailleurs ; le billot , enlevé avec plus de force par un élan général, retombe lourdement. Le garde -chipurme écouté en souriant ce chant qui paralysé sa férocité ; il bat la mesure avec sa canne , et marquant légèrement la cadence avec ses lèvres , il répète entre ses dents la dernière phrase musicale.
^ Ce n^est là que la traduction à peu près fidèle de ce chant , dont il est difficile de savoir et surtout de comprendre tous les mots. ^ signifie couper le cou.
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