INTRODUCTION. — LES EAUX MINERALES. XIX
croyait que les eaux thermales, à égalité de température et de volume; se refroidissaient plus lentement que Teau commune chauffée par les moyens ordinaires; Texpérience, si facile, a montré Tidentité, à cet égard, du calorique emprunté à la terre et de celui que développe Tindustrie humaine ; quant à une autre expérience, celle de Mme de Sévigné *, le thermomètre et l'étude du gaz qui fait bouillonner les sources de Vichy ont fait voir que réminent écrivain avait confondu à tort ce bouillonnement d^'une eau à 45^ tout au plus avec celui de Teau bouillante. Tout erronée que soit cette expérience de Mme de Sévigné, il est heureux qu'elle ait été faite, car elle a contribué, précisément à cause du grand nom de son auteur, à fixer Tattention sur ce phénomène de la thermalité, et puis elle s'ajoute à beaucoup d'autres faits du même genre qui prouvent ce que peut valoir, dans les sciences d'observation, le mot que l'on vous jette partout à la tête : <( J'ai vu ! »
Minéralisation — Les eaux se minéralisent, comme on sait, en dissolvant quelques-uns des corps avec lesquels elles sont en contact dans l'intérieur du globe, oa même en entraînant ces corps, sans se combiner avec eux. Ainsi, les eaux des salines (chlorurées sodiques) sont une solution du sel gemme que recèlent les terrains salifères , et notamment les marnes irisées. Cette combinaison, qui se produit et se modifie de plusieurs manières dans certaines eaux, a motivé, de la part des auteurs, des qualifications particulières. Les eaux sulfureuses, par exemple, ont été distinguées par M. Fontan en naturelles et accidentelles , suivant qu'elles ont été minéralisées par la combinaison de la base avec l'acide suifhydrique ou que la sulfuration s'y est produite par la décomposition du sulfate calcaire au contact de matières végétales. On peut reprocher à ces expressions de manquer de justesse et à cette distinction de n'être pas fondée en principe; des hommes d'une grande autorité, entre autres Ebelmen et M. Élie de Beaumont, ont pensé que, dans toutes les eaux sulfureuses indistinctement,
1. « Je mis hier moi-même une rose dans la fontaine bouillante (de Vichy) ; elle y fut longtemps saucée et resaucée ; je l'en tirai comme de dessus la tige ; j'en mis une autre dans une poèlonnée d'eau chaude , elle y fut en bouillie en un moment. Cette expérience, dont j'avais ouï parler, me fit plaisir. » (Lettre 503)
les sulfures peuvent être dus à la décomposition des sulfates par une matière organique ; d'ailleurs, que la sulfuration de ces eaux ait des causes analogues ou différentes, c'est toujours accidentellement et naturellement que l'eau s'est trouvée dans les conditions voulues pour sa sulfuration.
Anglada désignait sous le nom de sulfureuses dégénérées certaines eaux sulfatées alcalines dont le sulfure paraît avoir subi une oxygénation complète, mais qui, pour la plupart, conservent une partie de leurs caractères primitifs et des propriétés spécifiques des eaux sulfureuses.
Corps or§^anisés et matières org^aniques dans les eaux.
— Des êtres organisés, végétaux et animaux, se développent et vivent au sein de certaines eaux minérales. On y rencontre aussi une substance azotée, d'une organisation douteuse, qu'on a nommée glairine ou harégine. Les végétaux sont des conferves : sulfuraire , découverte par M. Fontan, oscillaireSj 7iostochs, anahaines, etc.; les animaux sont des mollusques. Quant à ceux d'un ordre supérieur, on en peut rencontrer dans le voisinage des sources thermales, comme le coluber thermarum^ par exemple, mais on n'en trouve pas dans les sources mêmes.
Variabilité des sources minérales. — Un grand nombre de sources minérales, sinon toutes, varient suivant les années et les saisons, sous le rapport du débit, de la température et du degré de minéralisation. Les phénomènes importants de Tatmosphère et du sol influent sur beaucoup de ces eaux de manière à rendre évidente leur origine météorologique. Les pluies et la sécheresse élèvent ou abaissent leur débit, leur température, leur concentration. Quelques-unes sont intermittentes.
Les oscillations barométriques, et par conséquent les orages, s'annoncent ou sont suivis, dans beaucoup de stations minérales, par un dégagement de gaz plus considérable, par un degré de sulfuration plus élevé, dans quelques-unes par une altération de la limpidité ou de quelque autre caractère physique; enfin les tremblements de terre apportent la plus grande perturbation, sous tous les rapports, dans presque toutes ces sources, et notamment dans les plus importantes. C'est ainsi qu'on a vu, lors du